Communication & Médias

Forte de son succès sur le web, RT France lance son offre HD à destination du Maghreb

Xenia Fedorova, présidente et directrice de l'information de RT France. © Francois Mori/AP/SIPA

La version francophone de la chaîne russe RT a trouvé une partie de son public au Maghreb. Une montée en puissance qui l'a conduite à annoncer sa nouvelle diffusion au Maghreb en HD dans le bouquet Yahlive.

Dans un communiqué envoyé le 5 mars, la chaîne de télévision RT France a annoncé sa prochaine diffusion au Maghreb et au Moyen-Orient via Yahlive, une coentreprise de réception directe, lancée par l’européen SES et l’émirati Al Yah Satellite communications.

« RTFrance, la chaîne d’informations en langue française du groupe RT, basée à Boulogne-Billancourt, vient compléter le bouquet de chaînes de télévision de Yahlive », précise le communiqué, selon lequel « RT France sera ainsi disponible en HD pour plus de 10 millions de foyers en Algérie, en Tunisie et au Maroc, pour les trois prochaines années. » Yahlive n’a pas été choisie au hasard : RT Arabic est déjà diffusé par cet opérateur.

La simple collaboration entre une chaîne de télévision réputée proche du Kremlin et un important opérateur basé à Abu Dhabi prouve que le pragmatisme l’emporte dans les relations entre la Russie et les pays arabes.

Un discours « apprécié des opinions publiques africaines »

La montée en puissance des médias russes passionne. Inquiète même ? En tout cas, elle ne passe pas inaperçue : en novembre 2018, l’Institut de recherches stratégiques de l’école militaire, l’Irsem, relié au ministère français de la Défense, a publié une note sur la « diffusion de l’information russe en Afrique. »

Le document relève « l’augmentation significative du nombre des abonnés de la page Facebook de RT France. » « Il est apparu que l’écrasante majorité de ces nouveaux profils abonnés ne provenait pas de France, mais de plusieurs pays francophones du Maghreb et d’Afrique subsaharienne », explique l’auteur.

La note revient ensuite sur une hypothèse pour expliquer le succès de la chaîne russe en Afrique, selon laquelle « les plateformes médiatiques russes produisent un discours qui, pour diverses raisons, est apprécié par les opinions publiques africaines. » Appétence pour les médias en ligne ou intérêt pour une ligne éditoriale perçue comme concurrente à celle des anciens colons, toujours est-il que les opinions publiques francophones diversifient leurs sources d’information.

Pour un dossier consacré aux relations russo-maghrébines, Jeune Afrique avait recueilli le point de vue de Xenia Fedorova. La présidente et directrice de l’information de RT France, quelques semaines avant l’annonce de la diffusion par Yahlive, était revenue sur l’influence de la chaîne en ligne et sur les réseaux sociaux. Entretien.

Jeune Afrique : La rédaction de RT France a-t-elle aussi pour but d’étendre le lectorat du site à un public francophone, notamment maghrébin ? Se peut-il qu’il y ait des développements dans ce sens dans les années à venir ?

Xenia Fedorova : Dès le début, la conviction de RT France a été de proposer d’autres points de vue et d’offrir plus de diversité d’opinion au public français, mais aussi francophone. Il y a aujourd’hui 300 millions de francophones dans le monde et près de 60 % d’entre eux sont en Afrique, selon l’Observatoire de la francophonie.


>>> À LIRE – Dossier : la Francophonie retourne à l’Afrique


Nos publics en Algérie, au Maroc et en Tunisie, notamment, ont un appétit pour la diversité des sources d’information, et c’est ce que nous voulons leur apporter. Ils peuvent regarder notre chaîne par satellite (Free to Air sur Astra 19.2, Eutelsat 5WA et SES 4), sur notre site rtfrance.tv ou sur les réseaux sociaux.

Près de 30 % de nos abonnés sur Facebook sont basés en Algérie, au Maroc et en Tunisie

Au Maghreb, nous couvrons en particulier les actualités locales de la région comme les élections, les mouvements sociaux, les enjeux sécuritaires qui traversent la région ou encore les relations économiques et diplomatiques. Nous n’avons pas encore de journalistes uniquement dédiés à la couverture de l’actualité de ces pays, mais certains d’entre eux connaissent bien la région. Nous voulons faire encore plus dans les mois et années à venir, mais cela dépendra de nos capacités budgétaires. Si nous le pouvons, un de nos projets l’an prochain est d’ouvrir un bureau de correspondants dans un pays d’Afrique du Nord. Nous envisageons également de proposer à nos audiences une émission dédiée à l’actualité du continent africain.

Pourriez-vous nous donner une idée de la fréquentation du site RT France en Algérie, au Maroc et en Tunisie ?

Notre site web attire plus de 4 millions de visiteurs uniques en moyenne, avec une forte progression depuis l’été dernier. Le classement 2018, par pays, de la fréquentation de notre site web,place l’Algérie, le Maroc et la Tunisie respectivement aux quatrième, sixième et huitième places. Au Maroc, la fréquentation a augmenté de 21 % entre 2017 et 2018.

Notre média est financé par l’État russe, mais il n’y a aucune directive du gouvernement russe dans notre traitement de l’information

Derrière la France, les trois pays dans lesquels nous avons le plus d’abonnées Facebook (plus d’un million au total) sont, dans l’ordre, l’Algérie, le Maroc et la Tunisie. Pour l’année 2018, je peux vous dire que près de 30 % des abonnés à notre page Facebook étaient basés dans ces trois pays.

La chaîne est-elle associée comme semblent le dire certains à l’action diplomatique ou économique du gouvernement russe au Moyen-Orient ou au Maghreb ?

Parce que notre média est financé par l’État russe, il est souvent associé, ici en France, à une politique éditoriale particulière, mais toutes les décisions éditoriales sont prises en France. Notre rédaction est composée de journalistes français, de toutes origines, disposant d’une carte de presse.

Il n’y a aucune directive du gouvernement russe dans notre traitement médiatique. Ce qui est vrai, c’est que dans notre couverture des affaires internationales, nous  nous situons dans la réalité d’un monde multipolaire. Dans nos journaux télévisés et dans nos articles nous couvrons les actualités internationales, qu’elles soient liées à la Russie ou non. L’important est de parler d’un vaste éventail de sujets et d’aller plus loin que la vision proposée du continent africain par les médias mainstream. Les documentaires que nous diffusons s’intéressent aux plus grands enjeux internationaux, à la géographie et à l’histoire et démontent des mythes et des stéréotypes dépassés.

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