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Cet article est issu du dossier «Démission de Bouteflika : les six semaines qui ont ébranlé l'Algérie»

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Politique

Algérie : alors que les manifestations continuent, l’opposition réclame la destitution de Bouteflika

Abdallah Djaballah lisant le communiqué final adopté à l'issue d'une réunion de l'opposition, mercredi 20 février 2019 à Alger (à sa droite l'islamiste Abderrazak Makri, à sa gauche l'ex-chef du gouvernement Ali Benflis). © YouTube/africanews

Nouveau coup de pression sur le pouvoir. Cette fois-ci, il vient de l’opposition. Au lendemain du dépôt par procuration du dossier de candidature du président Abdelaziz Bouteflika, elle réclame notamment l’application de l’article 102 de la Constitution, qui prévoit la destitution du chef de l’État pour cause de maladie grave et durable.

Réunis lundi 4 mars à Alger, des responsables des partis de l’opposition, notamment l’ex-chef de gouvernement Ali Benflis et l’islamiste Aberrazak Makri (MSP), qui ont décidé de boycotter la prochaine élection présidentielle, ont appelé à l’application de l’article 102 pour constater la vacance de la présidence de la République et le report du scrutin prévu le 18 avril.


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Dans la déclaration finale de cette rencontre, les responsables politiques ont réitéré leur refus d’un cinquième mandat du président sortant, tout en soutenant le mouvement de contestation populaire qui prend de plus en plus d’ampleur au fil des jours. Après les étudiants qui ont manifesté massivement ce mardi 5 mars dans plusieurs villes du pays, vendredi 8 mars risque d’être une journée de mobilisation encore plus marquante.

Plus longue hospitalisation depuis 2013

Où est le président ? Selon nos informations, Abdelaziz Bouteflika, qui a fêté ses 82 ans le 2 mars dernier, est toujours hospitalisé dans une aile privée des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG), en Suisse, où il a été admis dimanche 24 février, officiellement pour des « soins périodiques ». Aucun communiqué de la présidence n’a fait état de son retour au pays après ses examens périodiques.

Même s’il est très peu probable qu’elle aboutisse pour le moment, cette requête n’en met pas moins un supplément de pression sur l’entourage présidentiel

Cette absence prolongée du chef de l’État, la plus longue depuis son hospitalisation à l’hôpital militaire du Val-de-Grâce puis à celui des Invalides, entre avril et juillet 2013 pour soigner un Accident vasculaire cérébral (AVC), donne du grain à moudre à l’opposition. Même s’il est très peu probable qu’elle aboutisse pour le moment, la requête de cette dernière en vue d’enclencher la procédure d’impeachement – déjà formulée la veille par la secrétaire générale du Parti des travailleurs Louisa Hanoune – n’en met pas moins un supplément de pression sur l’entourage présidentiel.

Conseil constitutionnel et assemblées “loyales”

Depuis l’hospitalisation du président en avril 2013, des voix dans l’opposition n’ont eu de cesse de réclamer l’application de la disposition constitutionnelle qui prévoit son empêchement, mettant en avant un état de santé précaire qui le tiendrait éloigné des affaires du pays. Des demandes écartées d’un revers de main par le vice-ministre de la Défense et chef d’état-major de l’armée, Ahmed Gaïd Salah, soutien indéfectible d’Abdelaziz Bouteflika.

Ce qui était valable par le passé le semble encore aujourd’hui, dans la mesure où le patron de l’armée demeure d’une loyauté sans faille. Mais pas que lui. La possibilité que le président soit démis sur la base de l’article 102 est encore plus proche de zéro, tant les institutions chargées de son application sont acquises au raïs. La Constitution stipule ainsi que la mesure de destitution doit être mise en œuvre par le Conseil constitutionnel qui se réunit de plein droit, “et après avoir vérifié la réalité de cet empêchement par tous les moyens appropriés, propose, à l’unanimité, au Parlement de déclarer l’état d’empêchement”.


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Le Parlement siégeant en chambres réunies – Assemblée nationale et Conseil de la nation – déclare l’état d’empêchement à la majorité des deux tiers de ses membres. Il charge ensuite de l’intérim le Président du Conseil de la nation, pour une période de 45 jours. En cas de prolongement de l’incapacité à l’expiration du délai, la vacance de pouvoir par démission est constatée, avant d’être actée par le Conseil constitutionnel. L’intérim est alors assuré par le président du sénat durant une période de 90 jours, au cours de laquelle doit se tenir une élection présidentielle.

Or, le Conseil constitutionnel est totalement acquis à Bouteflika. Son nouveau président, Tayeb Belaïz, en a fait la démonstration jeudi 21 février lors de sa prestation de serment devant le chef de l’État, dans la résidence de ce dernier à Zeralda. Dans son intervention de clôture de la cérémonie, Belaïz a réitéré sa « loyauté » au président. Mais l’allégeance du chef du Conseil constitutionnel n’est pas le seul écueil qui se dresse devant l’application de l’article 102, puisque les deux chambres du Parlement sont également contrôlées par le FLN et le RND, les deux partis de l’alliance présidentielle.

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