Politique

Accord de paix en Centrafrique : 5 des 14 groupes armés signataires désavouent le gouvernement

Des combattants anti-balaka à Gambo, dans le sud-est de la Centrafrique, le 16 août 2017. © AFP

L'accord de paix en Centrafrique, signé début février, est dans la tourmente depuis la formation d'un nouveau gouvernement dimanche: cinq des quatorze groupes armés signataires, dont trois des principaux, ont marqué leur désaccord avec la nouvelle équipe gouvernementale.

Les uns après les autres depuis l’annonce par la radio nationale du nouveau gouvernement, cinq groupes armés l’ont désavoué, dont trois considèrent caduque leur signature de l’accord.

Lundi, le groupe armé Unité pour la paix en Centrafrique (UPC), emmené par Ali Darassa et à l’origine d’une vague de violences début 2018 dans le centre du pays, a affirmé que l’accord de paix était « menacé si le gouvernement ne montre pas très clairement un changement d’attitude ». Un de ses représentants a été nommé ministre de l’Elevage.

Auparavant, le Mouvement patriotique pour la Centrafrique (MPC), allié de l’UPC et un des groupes armés issus de l’ex-Séléka (coalition venue du Nord) qui avait pris Bangui en 2013, a estimé l’accord « caduc ». Bien qu’un de ses membres fondateurs ait été nommé ministre de la Modernisation, le MPC estime que le gouvernement n’est « en aucun cas (le) gouvernement inclusif » prévu.

Un autre groupe issu de l’ex-Séléka, le Front populaire pour la renaissance de la Centrafrique (FPRC), a fait pareille annonce dimanche, en annonçant ne pas vouloir participer à ce « gouvernement de mascarade » bien qu’ayant deux titulaires de ministères. Le FPRC n’a pas spécifié s’il se retirait de l’accord. L’UPC, le MPC et le FPRC sont alliés et ont la main sur une majorité du centre et du nord du pays.

Lundi, deux autres groupes armés, mineurs sur la scène centrafricaine, ont dénoncé l’accord. Le Front démocratique du peuple centrafricain (FDPC) a annoncé « se retirer purement et simplement du processus de paix ». N’ayant pas eu de maroquin ministériel, le groupe estime que le gouvernement « ne prend pas en compte les attentes des signataires ».

« On ne peut pas prendre tout le monde »

Le Mouvement des libérateurs centrafricains pour la justice (MLCJ), petit groupe implanté dans le nord, a demandé aux autorités de « revoir leur copie et rester dans l’esprit de l’accord ». Il n’a pas obtenu de portefeuille.

« En jouant au « on reprend les mêmes et on recommence », le président de la République (…) vient d’étouffer dans l’œuf l’espoir » mis par le peuple centrafricain dans l’accord de paix de Khartoum, selon le FPRC.

Dimanche, en application de l’accord signé le 6 février à Bangui et négocié à Khartoum, un « gouvernement inclusif » a été formé.

Mais dans la nouvelle équipe gouvernementale, aucun ministère régalien n’a changé de titulaire. Six des quatorze groupes armés ont obtenu des ministères.

« On ne peux pas prendre tout le monde au gouvernement, sinon on serait plus de 70, ce n’est pas possible! », a déclaré à l’AFP une source proche du gouvernement.

Le poste de Premier ministre, que réclamaient les groupes armés, a été attribué à un proche du président Faustin-Archange Touadéra, son ancien directeur de cabinet, Firmin Ngrebada.

Depuis la signature de l’accord, quelques incidents armés ont eu lieu en Centrafrique. Lundi, des barricades ont été montées par le FDPC aux alentours de Zoukombo (nord-ouest), à une centaine de km de Bouar.

Un accord obsolète ?

« Madame la préfète et la Minusca (mission de l’ONU en Centrafrique) sont en route pour Zoukombo pour passer un message du Premier ministre au FDPC », a indiqué lundi une source préfectorale. « Le Premier ministre veut leur faire comprendre qu’ils auront des places dans le gouvernement ».

« Il y aura peut-être des incidents, des difficultés, des tentatives de recul, mais est-ce que cela voudra dire que l’accord est obsolète ? Non !« , avait martelé fin février le ministre de la Communication, Ange-Maxime Kazagui, face à des journalistes sceptiques.

Cet accord de paix, soutenu par tous les partenaires de Bangui et préparé depuis 2017 par l’Union africaine, est le huitième signé depuis le début de la crise en 2013. Aucun des précédents accords de paix n’a abouti à un retour de la stabilité, pas plus que la Minusca, déployée en 2014 et forte de 11 000 Casques bleus.

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