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Cet article est issu du dossier «Tunisie : les affaires Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi relancées»

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Politique

Tunisie : un proche de Rached Ghannouchi mis en cause dans les assassinats de Belaïd et Brahmi

Rached Ghannouchi dans son bureau de Montplaisir (Tunis), le 28 novembre 2013.

Rached Ghannouchi dans son bureau de Montplaisir (Tunis), le 28 novembre 2013. © Ons Abid pour JA.

« Nous dévoilerons d’autres éléments si nécessaire », avaient prévenu les avocats du comité de défense de Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi, les deux leaders de la gauche tunisienne assassinés en 2013. Samedi 2 mars, ils ont mis leur menace à exécution en convoquant une conférence de presse pour de nouvelles révélations.

Le juge d’instruction de la chambre 12, qui a saisi les documents relatifs aux deux assassinats, a notifié le parquet de ses constats, ce qui a permis aux avocats de révéler certains faits sans s’ingérer dans le secret de l’instruction. Samedi 2 mars, ils sont ainsi revenus sur un document précisant que l’assassin de Chokri Belaïd avait perçu une partie du montant de 300 000 dinars (87 000 euros) qui lui avait été promis, et réclamait le règlement de son dû, faute de quoi il allait divulguer les faits. Aucun nom n’est donné, mais on sait que Kamel Gadhgadhi, le meurtrier présumé, a été abattu en 2014 lors de son arrestation.


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Les dernières révélations portent également sur le rôle qu’aurait joué Abdelaziz Daghsni, un parent de Rached Ghannouchi, président du mouvement Ennahdha, avec lequel Mustapha Khedher – coordinateur présumé d’un organe sécuritaire occulte encadré par des dirigeants islamistes – collaborait étroitement. Daghsni serait impliqué dans les assassinats de Belaïd et Brahmi, mais aussi dans le vol de documents et de matériel de surveillance au ministère de l’Intérieur, ainsi que dans la fuite du terroriste Abou Iyadh, tête pensante d’Ansar al-Charia et organisateur, entre autres faits d’armes, de l’attaque de l’ambassade américaine de Tunis en 2012.

Ennahdha dénonce un « feuilleton » électoraliste

Au-delà des assassinats, l’affaire Kheder révèle l’existence d’un réseau parallèle sécuritaire actif qui a infiltré le ministère de l’Intérieur, selon le comité de défense. Kheder aurait personnellement supervisé, en coordination avec l’organisation des Frères musulmans égyptiens, l’entraînement et l’apprentissage du maniement des armes, la fabrication d’explosifs et la protection d’un millier de miliciens, dont la moitié a rejoint les effectifs de la police. D’autres groupes ont profité de l’expertise égyptienne en matière d’écoute et d’espionnage. Une formation de combattants effectuée sur le territoire tunisien, au vu et au su des autorités, d’après le comité.

Après avoir échoué à toutes les élections précédentes, ils craignent la victoire d’Ennahdha aux prochains scrutins

Aussitôt, le conseil de la Choura, organe consultatif d’Ennahdha, a ramené l’action du collectif à une manœuvre politique. « Après avoir échoué à toutes les élections précédentes, ils craignent notre victoire aux prochains scrutins », a asséné au micro de Shems FM Abdelkrim Harouni, président de la Choura, accusant ainsi la gauche et notamment le Front populaire d’être aux commandes de cette offensive. Le dossier, qui pointe du doigt une mainmise supposée du mouvement islamiste sur un pan de la justice et de l’intérieur, est effectivement extrêmement gênant dans la perspective des élections législatives et présidentielle de fin d’année.

Le voile se lève sur la « chambre noire » d’Ennahdha

Les révélations du comité de défense Belaïd et Brahmi tiennent la Tunisie en haleine depuis leur première conférence de presse, en octobre 2018. Tout a débuté avec l’affaire Mustapha Kheder, dont l’incarcération et l’inculpation pour possession et destruction de documents a exhumé ses liens avec le ministère de l’Intérieur et un vaste réseau de surveillance de personnalités en vue. Une partie des documents saisis lors de son arrestation a disparu, mais les quelques boîtes d’archives entreposées au ministère, dans un espace sous clé baptisé « chambre noire » par le collectif, ont apporté une série de faits nouveaux.


>>> À LIRE – Tunisie : le comité de défense Belaïd-Brahmi confirme l’existence d’une « chambre noire » à l’Intérieur


« Ces homicides ne profitent pas à Ennahdha », était l’opinion qui prévalait au moment des meurtres de Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi. Cinq ans et une enquête très compliquée plus tard, l’implication de certains dirigeants islamistes ne fait plus de doute pour le comité de défense de Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi. Après avoir mené – dans des conditions difficiles – de longues investigations, les avocats ont enchaîné les révélations sur ces assassinats politiques devenus affaires d’État.

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