Économie

Dette cachée du Mozambique : le gouvernement porte plainte contre le Crédit suisse et Privinvest

Centre-ville de Maputo, le 9 octobre 2015. Photo d'illustration. © Christopher Torchia/AP/SIPA

En remontant la piste des 2 milliards de dollars de sa dette cachée, le gouvernement du Mozambique a porté plainte devant la Haute Cour de justice de Londres contre le Crédit suisse, trois ex-employés de la banque et le constructeur naval Privinvest. Tous sont soupçonnés d'être impliqués dans les montages financiers occultes à l'origine du scandale.

Alors qu’il se démène pour négocier ses créances avec les bailleurs lésés, le gouvernement du Mozambique a déposé le 28 février une plainte devant la Haute Cour de justice de Londres contre le Crédit suisse, trois ex-employés de la banque et le constructeurs naval libanais Privinvest. Si encore peu d’éléments sont connus à propos de cette plainte, les motifs de violation de contrats commerciaux et autres arrangements ont été invoqués, dus à l’implication directe des deux groupes dans la conception des montages financiers qui ont fait plonger la dette du pays. Celle-ci est passée de 86% du PIB en 2015 à 130% en 2016.

Depuis que l’affaire a éclaté, le Mozambique est en cessation de paiement. L’État a par ailleurs vu ses aides du Fonds monétaire international (FMI) gelées, l’organisation monétaire n’ayant pas été informée des emprunts occultes.


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500 millions de dollars d’acquisitions et pots-de-vin

L’affaire de la dette cachée du Mozambique remonte à 2013, lorsque le gouvernement de l’ex-président Armando Guebuza lançait un ambitieux projet d’exploration de pêche de thon, entreprise nécessitant l’acquisition à grands frais de navires de pêche et de surveillance. En plus d’emprunts obligataires, deux prêts d’une valeur totale de 2 milliards de dollars (1,7 milliard d’euros) ont été contractés pour financer le projet. En 2016, les sociétés publiques créées pour ces explorations font en faillite et le scandale éclate.

Avec l’aval du gouvernement de l’époque, ces prêts occultes servaient aussi à financer l’acquisition de navires militaires, et au cours de ces transactions 500 millions de dollars (439 millions d’euros) se sont évaporés sous forme de pots-de-vin et dessous de table distribués à divers hommes d’affaires, politiques et autres industriels.

Plusieurs arrestations

Dans cette affaire d’envergure internationale, plusieurs juridictions étrangères ont déjà procédé à des arrestations. Ndambi Guebuza, fils de l’ex-président mozambicain, a été arrêté par la justice mozambicaine le 16 février dernier, ainsi que sept autres hommes d’affaires et membres du renseignement. Tous sont soupçonnés d’avoir perçu plusieurs millions de dollars de pots-de-vin.

Entre décembre 2018 et janvier 2019, la justice américaine a inculpé l’ancien ministre des Finances du Mozambique Manuel Chang, en poste de 2005 à 2015, l’homme d’affaires libanais Jean Boustani, qui avait coordonné le montage, ainsi que trois ex-banquiers du Crédit suisse. Détenu en Afrique du Sud pour corruption, dans le cadre de la même affaire, la justice sud-africaine n’a pas accepté l’extradition de Manuel Chang.


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Tous auraient perçu des pots-de-vin pour avoir facilité les prêts. Ils ont aussi été inculpés pour abus de confiance, dans le cadre de la procédure lancée par le procureur fédéral de Brooklyn, Richard Donoghue. Si aucun d’entre eux ne réside ou travaille sur le territoire, la justice américaine s’est saisie de l’affaire car les fonds ont transité par les États Unis.

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