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Cet article est issu du dossier «Démission de Bouteflika : les six semaines qui ont ébranlé l'Algérie»

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Politique

Algérie : marche vers la présidence, gaz lacrymogènes, slogans… retour sur une journée de mobilisation historique

Des tirs de gaz lacrymogènes pour disperser la foule manifestant contre un cinquième mandat d'Abdelaziz Bouteflika, vendredi 1er mars 2019 à Alger. © Sidali Djarboub/AP/SIPA

Une semaine après le début de la contestation contre un cinquième mandat d'Abdelaziz Bouteflika, une nouvelle journée de mobilisation a rassemblé vendredi 1er mars des centaines de milliers d'Algériens dans plusieurs villes du pays. Répondant à des appels sur les réseaux sociaux, les manifestants ont dénoncé la candidature du président à l'élection du 18 avril.

• Des manifestations et des marches d’une ampleur sans précédent ont eu lieu ce vendredi dans plusieurs villes d’Algérie, pour protester contre la candidature du président Bouteflika à un cinquième mandat. À Alger, des milliers de personnes ont défilé dans plusieurs quartiers, scandant des slogans hostiles au chef de l’État. Le Premier ministre et d’autres responsables ont également été la cible des manifestants. À Oran, Bejaïa, Biskra, Sétif ou encore Annaba, des foules impressionnantes ont aussi demandé la fin du « système ».

• Hormis des affrontements entre manifestants et les forces de l’ordre qui empêchaient l’accès au Palais d’El Mouradia, siège de la présidence, ces marches se sont déroulées dans le calme, la sérénité et une ambiance globalement bon enfant. Des dirigeants de partis politiques de l’opposition – Ali Benflis, Louisa Hanoune ou encore Abdallah Djaballah – étaient présents dans les cortèges, mais les protestataires défilaient sans étiquette politique.

• Le président algérien se trouvait encore vendredi après-midi dans un hôpital de Genève (Suisse), où il a été admis dimanche dernier. Dans le cas où le chef de l’État maintiendrait sa candidature, il devrait rentrer à Alger au plus tard dimanche 3 mars pour le dépôt de son dossier auprès du Conseil constitutionnel.

Avec nos correspondants à Alger : Hamdi Baala, Zahra Rahmouni et Djamila Ould Khettab ; et à Paris : Farid Alilat

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20h17 – Retour au calme à Alger-centre

Le calme est revenu à Alger-centre, entre l’hôtel El-Djazaïr (ex-Saint Georges) et le musée du Bardo. La police reste néanmoins déployée, tandis que des bénévoles munis de sacs poubelles nettoient la rue des déchets et débris.

20h00 – Les autorités notent une participation en hausse, mais “en deçà du nombre escompté”

Contactées par Jeune Afrique, les autorités algériennes notent que cette nouvelle journée de protestation s’est globalement déroulée dans le calme, et qu’indéniablement les manifestations ont attiré davantage de monde que les semaines précédentes. Une source souligne toutefois que la mobilisation est restée en deçà du nombre escompté, faisant remarquer que « les personnalités qui se sont joint aux manifestants ont été pour certaines huées, à l’image de Louisa Hanoune, et pour les autres accueillies dans l’indifférence, signe que le rejet n’épargne personne au sein de la classe politique”.

19h30 – La police disperse un groupe de casseurs qui a incendié un magasin

Au niveau de l’hôtel El Djazaïr (ex-Saint Georges), la situation s’envenime. Des casseurs semblent s’être infiltrés dans la manifestation et ont attaqué un commerce. La police disperse les éléments violents par des tirs de gaz lacrymogène. Grosse fumée. Les forces de l’ordre reprennent finalement le contrôle. Les pompiers s’occupent du magasin d’électroménager incendié et pillé.

18h30 – “Si la candidature de Bouteflika est maintenue, on va intensifier les marches”

Walid, ex-militant du candidat Ali Benflis en 2014 : “le dégagisme a gagné l’Algérie. On demande l’annulation du processus électoral et une transition démocratique. Si la candidature de Bouteflika est maintenue, on va intensifier les marches”, menace-t-il.

18h00 – Des blessés évacués par des policiers et des manifestants

Au rond-point Addis-Abeba, une dizaine de personnes blessées par les gaz lacrymogènes et les mouvements de foule est évacuée, portée par des policiers ou des manifestants. Alors que certains protestataires tentent de poursuivre leur ascension vers la Présidence, ils sont repoussés par les forces de l’ordre, tandis que d’autres redescendent spontanément vers le Palais du peuple, situé quelques mètres plus bas. Selon plusieurs témoignages, il a été fait usage par les forces de l’ordre de balles en caoutchouc.

17h10 – Une foule nombreuse progresse vers le Palais présidentiel

Petit point sur la situation à Alger avec nos correspondants sur place :

• Sur le boulevard Mohammed V et devant l’École supérieure des Beaux-Arts, une foule nombreuse progresse librement en direction du palais présidentiel d’El Mouradia, son objectif, situé à quelques kilomètres de là.

• Devant le Palais du peuple, l’accès est ralenti, car il semble y avoir plusieurs fourgons de police stationnés au niveau du rond-point Addis-Abeba. Des personnes crient « chouiya chouiya lel Mouradia » (« doucement, doucement vers El Mouradia »). Des bouts de béton et de la poussière jonchent le sol, signes que certains ont probablement voulu répondre à la police. Selon nos sources, il n’y a pas eu de blessés ni de personnes visées par des tirs.

• Dans le quartier Telemly, les manifestants marchent vers le stade Ouagnouni, soit la direction inverse de l’École des Beaux-arts et d’El Mouradia. Certains retournent chez eux.

16h50 – Notre journaliste Farid Alilat en direct sur BFMTV dans 30 minutes

Le journaliste de Jeune Afrique Farid Alilat est interrogé en direct à 17h20 sur BFMTV pour parler de la situation en Algérie. Retrouvez son intervention ici.

15h59 – “Nous sommes gouvernés par des dinosaures”

Farid, importateur et militant des droits de l’homme : “Nous sommes gouvernés par des dinosaures. Ils nous parlent de légitimité historique, mais la place de Bouteflika et du FLN est au musée. Ça a trop duré. On a besoin d’un changement de régime.”

15h43 – Djamila Bouhired au milieu du cortège à Alger

L’héroïne de la Bataille d’Alger, Djamila Bouhired (83 ans), défile dans les rues de la capitale au milieu des manifestants. Icône de la guerre d’indépendance, Bouhired bénéficie d’une extraordinaire popularité en Algérie. Elle fait partie des six femmes condamnées à mort pour des actes « terroristes » commis pendant la révolution.

15h18 – Kamel Daoud à Jeune Afrique : “C’est un grand moment dans une vie”

En marge de la marche à Oran à laquelle il prend part, l’écrivain et journaliste Kamel Daoud confie à Jeune Afrique : « Des milliers et des milliers de gens sont dans les rues et sur les balcons. C’est un grand moment dans une vie. Vraiment un grand moment. Cela fait deux décennies que j’attends le retour de la dignité.”

“Écouter les slogans des jeunes, jusqu’à l’ivresse. Celle de l’espace retrouvé, longtemps interdit. La génération des décolonisateurs n’a pas pu mourir ou transmettre”, ajoute-t-il.

>>> Retrouvez l’entretien que nous avions réalisé en septembre 2017 : “Kamel Daoud : ‘Le fond du problème en Algérie va au-delà du politique’ “

15h05 – “On veut l’annulation des élections et la mise en place d’une transition démocratique”

Amina, 28 ans, agente en marketing, manifeste pour la première fois, accompagnée de ses parents et de collègues. “On demande la démission de Bouteflika et du gouvernement. On veut l’annulation des élections du 18 avril et la mise en place d’une transition démocratique. Sans transition, nous n’aurons pas d’élections libres. Je n’ai confiance en aucun candidat qui se présente. Il y a trop de corruption dans le pays. Ça va prendre du temps avant de rétablir la confiance du peuple.”

Nos correspondants nous signalent par ailleurs une connexion Internet ralentie.

14h50 – “Sellal, Said, Ouyahia, Ghoul… on veut leur démission à tous !”

Nadia, 52 ans, cadre administratif, est venue manifester pour la première fois depuis 1992. Elle témoigne pour Jeune Afrique : “Le problème, ce n’est pas uniquement Abdelaziz Bouteflika. Il faut qu’ils partent tous : Sellal, Said [Bouteflika], Ouyahia, Ghoul… on veut leur démission à tous ! »


>>> À LIRE – [Tribune] Algérie, tu es belle comme un 22 février, tu seras libre comme un 1er mars


14h36 – Des milliers de personnes aussi dans les rues de Bouira, Oran, Béjaïa…

On marche également dans d’autres régions d’Algérie. Des milliers de personnes arpentent les rues de Bouira, à 100 km à l’est d’Alger. Une grande procession est observée à Bejaïa, en Kabylie, s’étendant “sur 3 kilomètres, de la place Gueydon jusqu’à la maison de la Culture”, selon un journaliste présent sur place. Beaucoup de monde aussi à Oran, dans l’Ouest, où on note une forte présence des femmes. Une manifestation se déroule par ailleurs en ce moment à Batna, dans les Aurès, ainsi qu’à Djelfa (Hauts plateaux) et à Chlef, à 200 km à l’ouest d’Alger.

>>> Retrouvez notre interview avec le sociologue Nacer Djabi : “Mobilisation anti-Bouteflika : ‘La nouveauté, c’est la dimension nationale de ce mouvement’ “

Des manifestants marchent à Oran (Algérie) contre la candidature d'Abdelaziz Bouteflika à un cinquième mandat, vendredi 1er mars 2019. © DR

14h28 – “Ne cassez rien !”, crient des jeunes en réponse aux tirs de gaz lacrymogènes

Sur la place du Premier mai, la plupart des manifestants quittent le rond-point et se dirige vers la rue Hassiba Ben Bouali, dont l’accès est bloqué par des cordons de policiers. « Bouteflika dégage ! Ouyahia dégage ! FLN dégage ! » ; « le peuple ne veut ni de Saïd ni de Bouteflika ! », crie la foule.

Les manifestants venus de la rue Hassiba rejoignent ceux de la rue Didouche. Les policiers n’interviennent pas. Le cortège se dirige vers le siège de la wilaya d’Alger et de l’Assemblée populaire nationale (APN), avant d’être stoppé par la police qui utilise de nouveau des gaz lacrymogènes. Des manifestants veulent réagir, mais sont appelés au calme par d’autres. « Ne cassez rien ! », enjoignent certains jeunes, qui se partagent déjà du vinaigre pour atténuer les effets des gaz.

14h19 – Abdelaziz Bouteflika hospitalisé en Suisse, son frère Nacer à ses côtés

Nacer Bouteflika, frère du chef de l’État, a été aperçu à l’intérieur de l’établissement Hôpitaux universitaires de Genève (HUG), où le président algérien est hospitalisé au 8e étage. Selon nos informations sur place, il occupe une chambre gardée par un policier dans l’aile réservée au VIP.


>>> À LIRE – Algérie : Abdelaziz Bouteflika à Genève pour des « examens médicaux périodiques »


13h35 – “Ouyahia, l’Algérie n’est pas la Syrie !”, scandent les manifestants

« Vous avez pillé le pays, bande de voleurs », scandent les manifestants qui se dirigent vers la rue Didouche Mourad. Un peu avant d’arriver sur la place Maurice Audin, des policiers en civil utilisent des gaz lacrymogènes contre la foule. Devant la Grande Poste, l’un d’eux a également tenté d’arracher son drapeau à une femme en lui demandant de se mettre de l’autre coté de la rue. Plusieurs cortèges se sont rejoints sur la place Audin, désormais noire de monde.

Sur la rue Hassiba Ben Bouali, les protestataires répondent au Premier ministre Ahmed Ouyahia, qui a mis en garde hier devant le Parlement face à un risque de scénario “à la syrienne” : “Ouyahia, espèce de m***, l’Algérie n’est pas la Syrie !”

13h23 – La foule commence à se rassembler devant la Grande Poste d’Alger

En face de la Grande Poste et dans les espaces verts adjacents, beaucoup d’hommes et de femmes attendent le coup d’envoi de la manifestation qui aura lieu dans quelques minutes. « On espère que ça va changer », confie une femme à Jeune Afrique. Sur les marches du Palais du gouvernement voisin, des policiers anti-émeutes ont été déployés pour garder les accès.

13 heures – [Analyse] “Personne n’est en mesure de dire avec certitude sur quoi cela va déboucher”

“Depuis quelques jours, le pouvoir et le gouvernement essayent de jouer l’apaisement, éventuellement de gagner du temps, décryptait Marwane Ben Yahmed, directeur de la publication de Jeune Afrique, dans l’émission L’info du vrai, l’événement d’Yves Calvi, le 28 février. Il y a la manifestation de demain [1er mars, ndlr] et surtout dimanche, la date limite du dépôt des candidatures, où on verra si Bouteflika dépose sa candidature. (…) C’est susceptible d’exacerber les tensions, que ni les manifestants ni le gouvernement ne sont en mesure d’expliquer comment l’étincelle a pris et personne n’est en mesure de dire avec certitude sur quoi cela va déboucher.”

12h18 – Le ministère de l’Intérieur préconise d’« éviter les confrontations »

Dans une circulaire envoyée aux walis ainsi qu’à la police, la gendarmerie et la sécurité intérieure, sur les mesures à prendre, le ministère de l’Intérieur a donné l’instruction d’éviter les confrontations et de n’utiliser la force que dans des situations critiques. Le ministère a aussi demandé le renforcement des mesures sécuritaires déjà prises lors des marches de vendredi dernier afin “d’encadrer et de contenir” les manifestations. Pour ce faire, le département de Noureddine Bedoui prescrit une approche “flexible et graduelle” selon l’évolution de la contestation.

Concernant Alger, le document demande aux forces de l’ordre de travailler avec le “principe d’interdiction des marches” dans la capitale. Si de grands rassemblements ont lieu, “il faut éviter les confrontations et encadrer les trajectoires des marches”.

Un point dans la circulaire cite spécifiquement le leader de l’ancien Front islamique du salut (FIS), Ali Benhadj, et ordonne de lui interdire de rejoindre les manifestations.

11h37 – Calme à Alger, d’autres villes se préparent

Le calme règne encore à Alger, tandis que des cortèges se forment dans d’autres villes, comme à Bouira (Nord), Tiaret (Centre), M’Chedallah (à 100 km à l’est d’Alger) et Annaba (Nord-Est). À Ghardaïa, à 600 km au sud de la capitale, des manifestants scandent sur une place publique “Algérie chouhada (martyrs)”.

À Sétif, à 300 km à l’est d’Alger, des manifestants se préparent en scandant “Y’en a marre de ce pouvoir !”

10h40 – Ali Benflis : “Le peuple dira non au cinquième mandat”

L’ancien Premier ministre Ali Benflis est arrivé sur la place Audin, au centre d’Alger pour participer à la manifestation qui n’a pas encore débuté à Alger, contrairement à Tiaret. “Le peuple algérien dira aujourd’hui non à la hogra [l’humiliation, ndlr]. Non aux intimidations, non à la répression, oui à la souveraineté du peuple et non au cinquième mandat !”, a-t-il déclaré à la presse.

Candidat aux présidentielles de 2004 et 2014, Ali Benflis n’a pas encore pris de décision officielle quant à sa participation au scrutin d’avril. Son parti se prononcera dimanche 3 mars.


>>> À LIRE – Présidentielle en Algérie – Ali Benflis : la situation est « opaque, instable et périlleuse »


10 heures – Premières interpellations à Alger

Plusieurs fourgons de police sont positionnés devant la Grande Poste d’Alger, au niveau de la place Audin, le square Port-Saïd et la Place des Martyrs au pied de la Casbah. La présence est d’autant plus importante en direction de Bab El Oued. Beaucoup d’éléments des forces de l’ordre sont à pied et en civil.

Des fourgons de police sont aussi stationnés dans les rues adjacentes du siège de la wilaya d’Alger et des dizaines de policiers sont postés devant les portes de l’Assemblée populaire nationale (APN). « Deux interpellations » ont déjà été recensées, selon deux policiers.

9h30 – Un important dispositif sécuritaire déployé

Alors que les manifestations n’ont pas encore débuté à Alger, un impressionnant dispositif sécuritaire est déjà déployé dans les rues de la ville, bien plus importante que lors de la première manifestation du 22 février.

Des blindés anti-émeute sont déployés et des hélicoptères sillonnent le ciel. Un renfort de la gendarmerie a également été aperçu dans la nuit par des internautes. Les services de sécurité ont reçu des instructions fermes de ne pas réprimer les manifestants qui défileront dans la capitale.

Des ordres stricts ont néanmoins été donnés afin d’empêcher des manifestants de monter au siège de la présidence, situé dans le quartier du Golfe. Des troupes d’élite ont été déployées tôt ce matin autour des bâtiments de la présidence ainsi que le long des rues donnant accès au palais d’El Mouradia. Lors de la marche du vendredi 22 février, la police anti-émeute a fait usage de bombes lacrymogènes pour disperser des manifestants qui tentaient de se rendre à El Mouradia.

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