Diplomatie

Libye : les enjeux derrière l’accord d’Abou Dhabi entre Fayez al-Sarraj et Khalifa Haftar

Le chef du gouvernement de Tripoli Fayez al-Sarraj, en janvier 2019. © AP Photo/Ronald Zak)

Lors d’un sommet organisé par les Nations unies à Abou Dhabi, les deux rivaux ont conclu mercredi 27 février un nouvel accord de principe pour la tenue d'élections. S'il permet aux alliés émiratis d'Haftar de s'imposer comme nouveaux médiateurs clés, le maréchal entend aussi « convertir son avancée militaire en victoire diplomatique ». Décryptage.

L’avancée de l’Armée nationale libyenne (ANL) dans le Fezzan et les récents affrontements avec les hommes de Tripoli ne semblent certainement pas encourager le dialogue. Pourtant, Fayez al-Sarraj et Khalifa Haftar se sont finalement rencontrés ce 28 février à Abou Dhabi, aux Émirats arabes unis, où ils sont parvenus à un accord sur l’organisation d’élections sous l’égide des Nations unies, prévues pour l’été 2019. Les deux rivaux se seraient entendus sur « la fin de la période de transition », peut-on lire dans un tweet de la mission de l’ONU en Libye. Selon l’agence de presse Agenzia Nova, l’envoyé des Nations unies Ghassan Salamé « rassemblera les Libyens dans une grande conférence nationale qui pourrait se tenir fin mars » près de Tripoli.

Pour le moment, aucun autre détail concernant ce sommet inattendu n’a filtré. « Il faut tenir compte du fait que c’est une rencontre entre un homme fort qui est en train de mener une campagne militaire, Khalifa Haftar, et un homme extrêmement affaibli, même au sein de son gouvernement, Fayez al-Sarraj. C’est une conférence entre alliés gagnants, Haftar et les Émirats », décrypte pour Jeune Afrique Jalel Harchaoui, spécialiste de la Libye et enseignant en géopolitique à l’Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines.

Haftar dans un « moment d’euphorie »

Initialement, le maréchal Haftar avait en effet refusé de rencontrer Fayez al-Sarraj « parce qu’il ne contrôle pas la situation à Tripoli et surtout parce qu’il n’a rien à offrir », rapportait le 25 février le site The Libyan address. Plusieurs médias libyens ont même parlé de son retour anticipé à Benghazi, car « l’invitation officielle adressée par le gouvernement des Émirats à Sarraj n’inclut pas de réunion avec lui. Il n’y a aucune possibilité de rencontre entre les deux dirigeants », commentait la chaîne Libya al-Ahrar. Mais comme l’a confirmé son porte-parole Ahmed al-Mismari, le maréchal se trouve bien chez ses alliés.

L’autre objectif de cette conférence : rappeler que les Émirats sont désormais le centre névralgique pour trouver une solution en Libye

Si plusieurs médias commencent à saluer l’accord, la situation sur le terrain n’est certainement pas favorable à la tenue d’élections. Et l’homme fort de l’est occupe désormais une position favorable dans les négociations avec Tripoli. Ainsi, la conférence d’Abou Dhabi se déroule dans un contexte totalement biaisé, selon Jalel Harchaoui.

« Pendant que Haftar marche vainqueur vers l’ouest du pays, l’idée est de venir convertir son avancée militaire en une victoire diplomatique. L’autre objectif de cette conférence : rappeler que les Émirats sont désormais le centre névralgique pour trouver une solution en Libye. Pas Paris, pas Moscou, pas Rome, analyse le spécialiste. Le camp de Haftar est dans un moment d’euphorie. » Selon le député de Benghazi Ziyad Dugheim, cet accord « n’est qu’une mise en scène. C’est ce que souhaitent les Émirats arabes unis. »

Le pétrole, nerf de la guerre

Mais le principal objectif de la conférence est surtout de trouver une solution à la fermeture du champ pétrolier d’al-Sharara, où le pétrole ne coule plus depuis décembre 2018. C’est pourquoi, assis aux côtés des deux adversaires politiques, on pouvait voir Moustafa Sanallah, le président de la compagnie pétrolière libyenne NOC (National Oil Corporation).

Si l’or noir est au cœur des discussions, c’est bien parce que s’emparer des puits constitue une étape essentielle pour s’assurer le contrôle politique et économique de la Libye. Dans le sud-ouest du pays, le plus grand champ pétrolifère – qui produisait avant sa fermeture plus de 300 000 barils par jour – est aujourd’hui le théâtre d’affrontements entre les forces du Gouvernement d’union nationale (GNA) de Fayez al-Sarraj et l’ANL de Khalifa Haftar.


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Selon un avis publié par le gouvernement de Tripoli, un terrain d’entente semble avoir été trouvé mercredi 27 février entre le GNA et la NOC pour la suppression de l’état de force majeur et la reprise de la production à al-Sharara. Quant à Haftar et à l’ANL, ils ne sont même pas cités.

« Le champ est fermé en raison de la présence d’un groupe de civils, d’une milice armée et de plusieurs militaires », a déclaré Sanallah il y a quelques jours. Le communiqué semble ne pas considérer qu’il y a seulement quelques semaines, Khalifa Haftar a annoncé avoir conquis une grande partie d’al-Sharara lors de son avancée dans le Fezzan. Le maréchal a récemment pris le contrôle d’un deuxième champ pétrolifère, celui d’al-Feel. Mercredi 27 février, son porte-parole a été clair : « les opération dans le sud-ouest du pays ne sont pas terminées. »

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