Agroalimentaire

L’innovation africaine cherche des partenaires de confiance au Salon de l’Agriculture de Paris

Dans le stand de La Ferme Digitale, l’association Digital Africa initiée par l’AFD, réunie une dizaine de start-up africaines innovantes au Salon International de l’Agriculture de Paris, du 23 février au 3 mars 2019. © JA

La dizaine de start-up africaines présentent au Salon International de l’Agriculture de Paris est en campagne. Invitée par Digital Africa, elles misent sur le numérique pour renouveler le secteur, mais doivent encore gagner la confiance des acteurs du monde rural.

L’Afrique dispose d’un petit coin de verdure et de technologie, cette semaine au Salon International de l’Agriculture de Paris, autour de Digital Africa, une association de soutien à l’entrepreneuriat innovant impulsée par l’Agence Française de Développement. Une dizaine de start-up actives dans le monde agricole africain sont venues présenter leurs solutions et chercher des partenaires pour, à terme, gagner la confiance des décideurs et des agriculteurs du continent.

« La confiance », c’est l’élément clé que cherchent à créer ces entrepreneurs qui misent sur l’innovation. Confiance dans la capacité des nouvelles technologies à optimiser les pratiques agricoles. Confiance des pouvoir publics et institutionnels pour encourager et subventionner leurs activités. Confiance, enfin, des agriculteurs pour faire évoluer les pratiques traditionnelles avec les solutions proposées.


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« La difficulté est que les innovations agricoles proposent aux décideurs de s’attaquer à plusieurs problématiques à la fois : la très forte croissance démographique de l’Afrique, le dérèglement climatique et la numérisation de l’économie », explique Karim Sy, président de Digital Africa.

Pour ce faire, Digital Africa mise sur une approche « écosystémique » dans laquelle elle accompagne les start-ups de la construction à la pérennisation de leur activité, au sein d’un environnement où les acteurs économiques, institutionnels et gouvernementaux sont mis en réseaux.

Conquérir la confiance des agriculteurs

L’entrepreneur Mohamed Kagnassy a fondé la start-up Kobiri en Guinée, en 2016. © Théau Monnet pour JA

Dans le monde rural, les habitudes ont la peau dure, il faut que l’on soit convaincant pour mobiliser un maximum d’acteurs

Pour Mohamed Kagnassy, fondateur-directeur de la start-up guinéenne Kobiri, l’idée est de développer une plateforme numérique fournissant des services tels que la location de matériel (tracteurs, moissonneuses), la vente d’intrants, de semences, des produits d’assurance et une solution de paiement électronique en partenariat avec MTN Mobile Money et Orange Money.

Issu d’une famille insérée dans le milieu des affaires (coton, secteur minier, engrais et logistique), Mohamed Kagnassy s’est s’appuyé sur les ressources de sa société West Wind pour poser les bases structurelles de sa start-up.

Kobiri a aussi obtenu le soutien du président guinéen Alpha Condé, qui a accordé des subventions à la start-up pour lui permettre d’acquérir son matériel agricole. C’est désormais la confiance du monde rural qu’il s’efforce de gagner.

« Dans le monde rural, les habitudes ont la peau dure, il faut que l’on soit convaincant pour mobiliser un maximum d’acteurs » explique l’entrepreneur. Selon lui, « les outils numériques, et surtout les smartphones, peuvent permettre à l’Afrique d’avoir un rôle moteur dans le domaine de l’innovation agricole ».

Convaincre les pouvoirs publics

L’ingénieur burkinabé Francis Kobaré à fondé la start-up de géomatique Cargitech en 2017. © Théau Monnet pour JA

Les indicateurs mesurés permettent ensuite aux pouvoir publics de disposer de bases de données et de planifier leur action politique

Au stand voisin, Francis Kaboré mise lui aussi sur le numérique pour apporter une solution aux agriculteurs de son pays, le Burkina Faso. Formé au Sénégal, cet ingénieur en géomatique (science de la collecte et du traitement des données géographiques) a fondé la start-up Cargitech en 2017, avec laquelle il propose d’effectuer à l’aide d’un drone des relevés topographiques et autres analyses de parcelles (comptage et mesure des plans cultivés, anticipation des quantités récoltées, relevés d’indicateurs agronomiques).

« Au pays, ces opérations se font encore de manière manuelle, et l’usage de drone permet de faire réaliser cela en un temps record » assure Francis Kaboré. « Tous les indicateurs mesurés permettent ensuite aux pouvoir publics, mais aussi aux agriculteurs, de disposer de bases de données et de planifier leur action politique ou sur le terrain ».

Grâce à des subventions de l’Union Européenne et du Centre technique de coopération agricole et rural, il a pu faire l’acquisition d’un drone, et lancer ses premières collaborations. « Nous avons pour l’instant des partenariats avec des acteurs non-gouvernementaux, notamment des ONG qui travaillent pour des programmes de sauvegarde de l’environnement ». Il espère désormais gagner la confiance de groupements d’agriculteurs, ainsi que l’intérêt – encore faible – des pouvoir publics pour mettre son innovation au service de l’agriculture du Burkina Faso.

Démocratiser les outils digitaux

Daniel Oulaï a fondé La Grainothèque en 2016, cette start-up ivoirienne de soutien l’agriculture paysanne. © Théau Monnet pour JA

On travaille sur une niche non digitalisée, pas habituée à l’innovation

Autre « agripreneur » de la délégation Digital Africa, l’ivoirien Daniel Oulaï. Il a fondé La Grainothèque en 2016. Cette start-up soutenue par l’Agence française de développement mise quant à elle sur le soutien de l’agriculture paysanne. Elle valorise et défend l’usage de semences de plantes nourricières africaines, à l’aide d’une banque de prêts de graines.

« Nous avons développé un incubateur à destination des jeunes agriculteurs, avec de la documentation et des formations sur les pratiques et savoirs agricoles endogènes. Nous accompagnons aussi les jeunes agripreneurs à s’intégrer dans des circuits-courts », décrit Daniel Oulaï.

Pour lui également, la difficulté tient désormais à faire évoluer les pratiques à grande échelle : « On travaille sur une niche non digitalisée, pas habituée à l’innovation, qui travaille peut en communauté. C’est pourquoi nous souhaitons un accès démocratisé aux outils digitaux, notamment en zone rurale, avec un appui logistique et financier de l’État et des acteurs privés impliqués dans le développement local et agricole ».

Les initiatives innovantes sont ainsi nombreuses sur le continent Africain, « c’est un monde qui est en train de se créer », affirme Karim Sy, le directeur. Reste désormais à trouver un appui stable du côté des institutions et des partenaires nationaux pour permettre à ces jeunes pousses de se déployer.

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