Économie

Restauration aérienne : Servair à l’assaut de Doual’air au Cameroun ?

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Par - à Yaoundé
Mis à jour le 7 mars 2019 à 15:37

Restauration aéroportuaire, Servair (photo d’illustration). © Christophe Jouas/Servair

Le groupe français, détenteur de 25 % des parts de Doual’Air, a réussi à garder le contrôle opérationnel du spécialiste camerounais de la restauration aérienne, malgré l’opposition de la famille Nkembe, principal actionnaire de l’entreprise. Ces derniers le soupçonnent maintenant de vouloir acquérir le majorité du capital en rachetant les parts de l’État.

Servair veut-il passer en force à Doual’Air ? Le 10 janvier, un conseil d’administration réunissant les deux représentants du spécialiste du catering, détenteur de 25,25 % des parts de la société camerounaise de restauration depuis 2007, et Agnès Solange Ondigui Owona, cadre du ministère des Finances, a porté cette dernière à la présidence de l’entreprise.

Ce qui revient à évincer Célestin Olivier Nkembe (5 % du capital), jusque-là à ce poste et absent lors du vote. Mais le fils du défunt fondateur de l’entreprise, Albert Marie Nkembe (dont les 38,75 % de parts ont été répartis entre les différents héritiers), n’entend pas se laisser faire : le 30 janvier dernier, il adressait au directeur général de l’entreprise de restauration aérienne à l’aéroport de la capitale économique camerounaise, Mark Braastad, reconduit à ce poste, une mise en demeure pour la résiliation du contrat d’assistance technique.

Début février, la famille Nkembe a également introduit une requête auprès du tribunal de Douala pour qu’il désigne un expert en gestion pour auditer la gestion de Doual’Air par Servair. Le 6 mars, l’institution judiciaire a ne outre enjoint la notaire ayant authentifié le procès-verbal du conseil d’administration du 10 janvier de révoquer son acte.

Chiffre d’affaires en chute

« Le changement de PCA est un événement normal dans la vie de toute entreprise. Nous voulions juste donner une nouvelle impulsion à la marche de la société », relativise Christian Gauthier, le directeur général adjoint en charge de l’Afrique du groupe français.

Cette évolution révèle pourtant une ligne de fracture entre les administrateurs. La veille de ce fameux conseil du 10 janvier, l’ex-PCA et fondateur du groupe avait obtenu du tribunal de Douala l’annulation de la tenue de cette réunion. « Cette décision de justice concerne la convocation du conseil du 3 janvier, et pas celle du 9 janvier. Même si les deux convocations fixent la tenue de cette rencontre au 10 janvier », précise-t-on du côté de Servair.

Avec Ernest Dikoum, patron de la Camair-Co, et administrateur jusqu’au 10 janvier, il s’était déjà opposé, le 8 novembre, à la prorogation de six mois de l’assistance technique fournie par Servair, qui devait arriver à son terme le 31 décembre. « Servair n’a aucun projet de développement pour Doual’Air, si ce n’est celui d’en prendre le contrôle », accuse Célestin Olivier Nkembe.

Chiffres à l’appui, le PCA évincé montre que Servair plombe l’activité. Après avoir progressé de 70 % entre 2011 et 2015, le chiffre d’affaires de Doual’Air, fort aujourd’hui de plus de 400 employés, enregistre un trou d’air de plus de 20 % entre 2015 et 2017. Il est passé de 7,6 milliards de F CFA à 6 milliards de F CFA (de 11,6 à 9,1 million d’euros) sur cette période, entraînant le gel de la distribution des dividendes.

Proposition controversée d’augmentation de capital

« C’est contradictoire dans la mesure où le nombre de passagers a quant à lui augmenté sur la même période », s’indigne-t-il. Une mauvaise passe qui s’explique, selon le patron de Doual’Air. « En 2016, il y a eu la fermeture pendant des semaines de l’aéroport de Douala, les retraits de Brussels et d’Ethiopian. Trois facteurs qui ont forment pesé sur nos revenus », relève Mark Braastad.

Partisans d’une dissociation entre la direction opérationnelle de Doual’Air et l’assistance technique, les Nkembe sont également vent débout par rapport à la proposition d’une augmentation du capital de l’entreprise formulée par le groupe français présent dans 18 pays africains.

D’autant qu’ils soupçonnent une négociation en cours entre Christian Gauthier et Agnès Solange Ondigui Owona en vue de la reprise des parts du ministère des Finances. Ce qui porterait la participation du groupe français à 56,25 %. Contactée, la nouvelle PCA n’a pas donné suite à nos relances. Christian Gauthier n’a pas souhaité s’étendre sur le sujet.

Des « divergences » à surmonter

Dans ce bras de fer, les Nkembe ont perdu au passage un allié en la personne d’Ernest Dikoum, qui siégeait au conseil comme représentant de la liquidation de la Cameroon Airlines (Camair), au même titre qu’Agnès Solange Ondigui Owona.

À sa fermeture en 2004, les 31 % de parts de la défunte compagnie dans Doual’air seront transférés au ministère des Finances. Quelques jours après la session du 8 novembre 2018, le ministre camerounais de l’Économie, Louis Paul Motaze, autorise le remplacement du patron de la Camair-Co par le liquidateur de la Camair, Émile Bekolo.

Pour l’heure, les Nkembe s’en remettent à l’arbitrage de Yaoundé. De son côté, Christian Gauthier tente de calmer le jeu. « Je souhaite qu’après ce passage caractérisé par quelques divergences, nous parvenions à la sérénité et à une convergence d’intérêts entre actionnaires », espère-t-il.


LSG et Ethiopian sur la touche

Leader mondial du catering, l’allemand LSG Group a répondu, au même titre qu’Ethiopian Airlines, à l’appel à candidatures lancé en novembre par Doual’Air pour remplacer Servair. Mais leurs offres ont été rejetées par le conseil d’administration du 10 janvier, composé de trois administrateurs, dont deux représentants de Servair.

Entre autres motifs, la filiale de Lufthansa se voir reprocher un dépôt tardif de sa demande, qui plus est au domicile du PCA déchu de Doual’Air et non à son siège. Ethiopian, quant à elle, n’a pas satisfait au cahier de charges. Conséquence, l’assistance technique de Servair a été prorogée de cinq mois.