Cinéma

Visite de Kagame, films en compétition, artistes… Au Fespaco, le Rwanda se rêve en pays de cinéma

Le président rwandais Paul Kagame, lors des commémorations du génocide des Tutsis au Rwanda, en 2014 à Kigali. © Ben Curtis/AP/SIPA

Très présent au festival panafricain du cinéma de Ouagadougou (Fespaco), le Rwanda, pays invité d'honneur, espère faire la preuve de son potentiel en matière de développement audiovisuel. Le président Paul Kagame est notamment attendu pour la cérémonie de clôture.

C’est peu dire que le Rwanda a beaucoup investi dans cette 26e édition du Fespaco. Le pays invité d’honneur est venu en force au festival panafricain de cinéma avec plusieurs délégations. Les trois réalisateurs de films en compétition sont évidemment présents. Joël Karekezi, venu présenter le long-métrage Mercy of the jungle, très applaudi en ouverture de la manifestation, centré sur deux soldats de l’armée rwandaise, séparés de leur bataillon dans le Sud-Kivu en 1998. Marie-Clémentine Dusabejambo, pour le court-métrage Icyasha et Jean-Claude Uwiringiyimana, pour le court-métrage documentaire Inanga, sont également présents.

Mais le gouvernement a dépêché bien d’autres artistes sur place : depuis les chanteurs célèbres de la région (Shanel, Mani Martin) jusqu’aux danseurs du Ballet national Urukerereza. À leurs côtés, plusieurs responsables politiques, dont la ministre rwandaise des Sports et de la Culture ainsi que le secrétaire général de l’académie rwandaise et de la culture. Surtout, le président Paul Kagame est attendu pour la cérémonie de clôture, prévue le 2 mars.

Statue de l'artiste Sahab Koanda devant le siège du Fespaco à Ouagadougou. © Sophie Garcia pour Jeune Afrique

Ces dernières années, le pays nous appuie sur le plan logistique

Développer les créations rwandaises

Une telle démonstration de force étonne les cinéphiles. Le Rwanda n’est pas connu comme un pays de cinéma, mais entend visiblement bien le devenir. Mercy of the jungle, par exemple, est d’abord une coproduction européenne (française, belge et allemande) autour d’un réalisateur rwandais. « Il n’y a pas encore de structure financière pour aider le cinéma au Rwanda, regrette Joël Karekezi. Mais petit à petit, ces dernières années, le pays nous appuie sur le plan logistique, par exemple pour les visas des équipes avec lesquelles nous travaillons. »

Le pays des Mille Collines part de loin. Il ne dispose pas à proprement parler d’une école de cinéma, mais d’un centre, fondé par Eric Kabera, le Kwetu Film Institute, dispensant des formations courtes de quelques mois. Kigali possède une seule grande salle de cinéma. Et une poignée de festivals existent dans le pays, le plus réputé étant le Rwanda Film Festival (du 17 au 25 août prochains). Les passionnés ont jusqu’ici eu recours au système D pour mener à bien leurs projets. Joël Karekezi se souvient avoir découvert enfant le 7e art en regardant les films avec Sylvester Stallone ou Bruce Lee dans des salles de projection improvisées chez des particuliers où des écrans télés remplaçaient les écrans de cinéma. Il s’est ensuite formé via un site Internet (cinecours.com), avant de profiter de concours et de festivals internationaux pour faire connaître son travail.

Marie-Clémentine Dusabejambo a quant à elle profité d’une compétition organisée par le Tribeca film institute, basé à New York et fondé notamment par Robert de Niro, pour émerger. « Des réalisateurs comme Hailé Gerima m’ont aussi apporté de précieux conseils, et m’ont aidé à me former, souligne-t-elle avant de plaider pour une implication plus forte de l’État dans l’industrie du cinéma. Notre cinéma est dominé par de très jeunes réalisateurs, ils ont besoin d’être accompagnés. »

26e édition du Fespaco. © Sophie Garcia pour Jeune Afrique

Notre position géographique, le climat agréable du pays, sont une force

« Nous, cinéastes, sommes prêts à partager nos connaissances »

Les deux cinéastes sont néanmoins convaincus que le Rwanda a une carte à jouer. « Notre position géographique, le climat agréable du pays, sont une force, estime Marie-Clémentine Dusabejambo. Il y a surtout depuis le génocide un désir de témoigner qui pousse notre génération vers la caméra. »

« Nous cinéastes, nous sommes prêts à travailler, à partager nos connaissances, poursuit Joël Karekezi. Il faut néanmoins que l’État soit réellement convaincu que le cinéma peut être une économie rentable qui permette de promouvoir la culture rwandaise et de générer des emplois et des revenus. »

S’ils ont la chance d’être présentés au président lors de sa venue, les professionnels espèrent pouvoir plaider leur cause.

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