Politique

RDC : Bruno Tshibala, le dernier Premier ministre de Joseph Kabila au cœur des polémiques

Bruno Tshibala, Premier ministre de la RDC, à Paris, le 15 septembre 2017. © Vincent Fournier/JA

Le dernier Premier ministre nommé par Joseph Kabila est toujours en poste, dans l’attente de la nomination du futur gouvernement. Et Bruno Tshibala, qui semble ne pas vouloir se cantonner à gérer les affaires courantes, déclenche régulièrement les polémiques. Lui assure travailler « dans l'intérêt de tous ».

Du décret accordant des avantages à vie aux anciens membres du gouvernement, à la taxe minière pour la promotion de l’industrie, Bruno Tshibala continue de prendre des mesures qui, tout en engageant le futur gouvernement, suscitent régulièrement des controverses.

S’il doit quitter ses fonctions après la nomination d’un nouveau gouvernement par Félix Tshisekedi – annonce sur laquelle aucune date n’a pour l’instant été communiquée -, le dernier chef de gouvernement nommé par Joseph Kabila n’a visiblement aucune intention de se cantonner à la gestion des affaires courantes d’ici là. Samedi 23 février, il a reçu Jeune Afrique dans son bureau de la Primature, et a accepté de répondre longuement aux différentes polémiques au centre desquelles il se trouve.

« Mon gouvernement n’est pas démissionnaire, il est encore en fonction »,  assure Bruno Tshibala à Jeune Afrique, insistant cependant sur le fait qu’« aucune décision n’est prise de manière unilatérale ». Il ajoute en outre que ces mesures, si elles sont devenues effectives après l’investiture de Félix Tshisekedi, « ont été initiées sous Joseph Kabila ».

Une démission après l’installation de l’Assemblée

Après l’investiture de Félix Tshisekedi, Bruno Tshibala affirme s’être trouvé face à une alternative : « Présenter immédiatement la démission [du gouvernement], au risque de créer un disfonctionnement de l’État », ou « attendre, dans l’intérêt de tous, que le Parlement soit convoqué, qu’une majorité soit identifiée ». C’est pour cette seconde ligne qu’il dit avoir opté. Après l’ouverture de la session ordinaire de l’Assemblée nationale et l’installation du bureau définitif de celle-ci, « nous allons démissionner », assure-t-il.

Parmi les mesures les plus critiquées, la signature d’un décret instaurant une taxe minière destinée à alimenter le Fonds de promotion de l’industrie. « C’est une taxe légale qui trouve son fondement dans l’ordonnance du 7 août 1981, une taxe instituée par la deuxième République », se justifie le Premier ministre. « Lorsque le problème s’est posé à la suite de la promulgation du nouveau code minier révisé [adopté par le Parlement en janvier 2018, ndlr], j’ai réuni une commission composée des services compétents. J’ai reçu un rapport à la suite de ces travaux confirmant la légalité de cette taxe », certifie Bruno Tshibala.

Autre décret qui a fait couler beaucoup d’encre : l’instauration d’avantages financiers et matériels pour une très large palette d’anciens membres du gouvernement, dont lui-même. Là encore, Bruno Tshibala affirme avoir pris la décision après concertation. « Il y a eu trois séances en Conseil des ministres consacrées à l’examen de cette question », affirme-t-il, assurant que « tout se passe dans la transparence la plus totale. »

Quelle relation avec Félix Tshisekedi ?

Autant de mesures très critiquées par plusieurs organisations de la société civile, dont l’Association congolaise pour l’accès à la justice (ACAJ) et la Ligue congolaise de lutte contre la corruption (Licoco), qui y voient une perpétuation de la mainmise de Joseph Kabila sur l’exécutif.

Il n y a pas une seule fausse note, nos rapports institutionnels sont bons

Se pose également la question du degré de concertation entre le gouvernement sortant et la présidence de la République. Dans l’entourage du nouveau chef de l’État congolais, on se refuse à commenter cette situation.

Bruno Tshibala, lui, assure que « toutes les décisions sont concertées ». « Depuis que le président Tshisekedi a prêté serment, il a déjà convoqué deux réunions interinstitutionnelles. J’y ai pris part en tant que chef du gouvernement. Il n y a pas une seule fausse note, nos rapports institutionnels sont bons », certifie-t-il à Jeune Afrique.

Une affirmation qu’il convient cependant de tempérer. Dans l’entourage de Félix Tshisekedi, on se souvient en effet que la première décision du président nouvellement élu – la suspension immédiate de tout engagement de dépenses publiques supplémentaires et de tout recrutement au sein des institutions étatiques – a « irrité » le premier ministre sortant.

Candidat aux sénatoriales de Kinshasa

À l’heure de quitter bientôt son poste, Bruno Tshibala – ancien membre de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) de Félix Thisekedi – dit regretter une chose : n’être pas parvenu à organiser le rapatriement et les obsèques d’Étienne Tshisekedi, décédé le 1er février 2017 et dont le corps est toujours conservé dans une chambre froide en Belgique. Un échec qu’il met sur le compte de « quelques hommes d’affaires qui voulaient en faire un problème personnel ».

Après avoir quitté la primature, Bruno Tshibala ne compte pas disparaître de la scène politique, bien que son regroupement politique n’ait obtenu que trois sièges aux législatives. Pour continuer d’exister une fois l’échéance passée, il s’est donc porté candidat aux élections sénatoriales dans la ville de Kinshasa.

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