Elections

Manifestations d’étudiants à Alger : « Nous sommes les premiers concernés »

Des étudiants disant "non" à un cinquième mandat d'Abdelaziz Bouteflika, mardi 26 février 2019 à Alger. © Zahra Rahmouni

De nouvelles manifestations contre le cinquième mandat du président Abdelaziz Bouteflika se tiennent aujourd’hui, mardi 26 février, dans plusieurs villes du pays, à l’initiative cette fois des étudiants. Cette journée fait suite à plusieurs mouvements de mobilisation à travers le pays, dont le plus important a eu lieu vendredi 22 février à Alger.

Les appels relayés sur les réseaux sociaux par des pages d’étudiants de plusieurs écoles ont été entendus. Mardi matin, ils sont des milliers de jeunes à s’être rassemblés devant l’École nationale polytechnique (ENP) à El Harrach, un quartier de la banlieue est d’Alger.

« Il n’y a pas d’organisateurs particuliers et les enseignants ne devraient pas participer », expliquait la veille Nasseredine, un étudiant de l’ENP. « Nous ne comptons pas bloquer la route, ni la circulation. Le rassemblement se fera de manière pacifique ».


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Sur Facebook, les manifestants ont donné des consignes claires : pas d’insultes, ni de slogans racistes, et encore moins des pancartes portant les noms d’associations ou de partis politiques. Le rassemblement se veut pacifique, neutre et apolitique, à l’image de la grande marche de vendredi 22 février, dont l’ampleur a surpris.

Plusieurs cortèges convergents

Mardi, 9 heures. Des étudiants patientent devant la faculté centrale d’Alger. « Il n’y a pas de cours, les élèves ne veulent pas entrer dans les classes », explique l’un d’eux. Autour de l’université, le dispositif policier est encore une fois impressionnant, d’autant que l’établissement se trouve en plein centre, à quelques pas de la fameuse place Maurice Audin où des manifestants ont été arrêtés dimanche lors du rassemblement à l’initiative du collectif Mouwatana.

Dans le quartier d’El Harrach, des étudiants de l’ENP poussent vigoureusement le portail de leur école en criant silmiya, silmiya [pacifique, pacifique]

À l’est de la ville, dans le quartier d’El Harrach, des étudiants de l’ENP poussent vigoureusement le portail de leur école en criant « silmiya, silmiya [pacifique, pacifique] ». Les policiers tentent de les confiner dans l’enceinte de l’établissement, en vain.

À quelques mètres, des étudiants de l’École polytechnique d’architecture et d’urbanisme (EPAU) brisent eux aussi le cordon des forces anti-émeutes en poussant des cris de joie. Les deux groupes, composés déjà de centaines de jeunes hommes et femmes, convergent et entament une marche, plusieurs fois ralentie par les forces de police. Leur objectif est de rejoindre les effectifs de l’Université des sciences et de la technologie Houari-Boumediène (USTHB), dans le quartier de Bab Ezzouar, à plusieurs kilomètres.

« On veut un changement total de système »

« On veut défendre notre point de vue et nous exprimer contre ce cinquième mandat », déclare Meli, étudiante en deuxième année à l’ENP. « Nous sommes responsables et nous voulons agir. On veut un pays avec une administration et un pouvoir responsables, qui prennent en considération le peuple. Il faut parler des réels problèmes de l’Algérie et ne pas camoufler la réalité », poursuit la jeune femme.

« Les futurs architectes disent non au système politique et à cette dictature. On veut un changement total de système et pas seulement qu’ils enlèvent Bouteflika pour nous en mettre un autre à sa place », renchérit une autre, 22 ans, étudiante en troisième année à l’école d’architecture.


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La marche s’ébranle, tantôt sur la route, tantôt sur les trottoirs, mais toujours dans le calme. Des étudiants en début de cortège négocient régulièrement avec les policiers pour avancer encore. Le cortège passe devant le cimetière d’El-Alia, où reposent des personnalités ayant lutté lors de la guerre d’indépendance, puis sur les rails du tramway.

« FLN dégage », « FLN voleurs », crie la foule. « Les étudiants disent non au 5ème mandat », « Contre la mafia politico-financière », peut-on lire sur les banderoles. Sur la route, les automobilistes encouragent les étudiants dans un concert de klaxons. D’autres personnes ont déposé des bouteilles d’eau. « Allez-y, marchez, marchez ! », leur crie un homme âgé. Au fur et à mesure, des étudiants d’autres établissements rejoignent le cortège. Ils sont finalement plus d’un millier à atteindre le portail de l’USTBH, après plus de sept kilomètres de marche.

Des étudiants disant "non" à un cinquième mandat d'Abdelaziz Bouteflika, mardi 26 février 2019 à Alger. © Zahra Rahmouni


Une mobilisation nationale

Les étudiants ne sont pas sortis seulement dans la capitale. Une forte mobilisation a également été observée dans plusieurs universités du pays. À Oran et Mostaganem (Ouest), Bejaïa, Bouira, Tizi-Ouzou, Skikda (Est) ainsi qu’à Djelfa et dans le Sud, à Adrar et Béchar. Le mouvement de contestation à l’encontre du président candidat Abdelaziz Bouteflika ne s’essouffle pas, alors qu’une nouvelle manifestation est prévue pour le vendredi 1er mars, deux jours avant la date limite de dépôt des dossiers de candidature auprès du Conseil constitutionnel.

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