Dossier

Cet article est issu du dossier «Golfe : demain, la guerre ?»

Voir tout le sommaire
Diplomatie

Iran : pourquoi le ministre des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif a présenté sa démission

Le président iranien Hassan Rohani, à droite, avec Mohammad Javad Zarif, son ministre des Affaires étrangères qui a annoncé sa démission le 25 février 2019.

Le président iranien Hassan Rohani, à droite, avec Mohammad Javad Zarif, son ministre des Affaires étrangères qui a annoncé sa démission le 25 février 2019. © Vahid Salemi/AP/SIPA

Le ministre iranien des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif a annoncé sa démission le 25 février, après une visite du président syrien Bashar al-Assad à son homologue iranien. Principal négociateur de l’accord de 2015 sur le nucléaire, Javad Zarif aurait été « poussé vers la sortie », selon Azadeh Kian, spécialiste du pays. Hassan Rohani a refusé sa démission le 26 février.

C’est sur son compte Instagram que Mohammad Javad Zarif, ministre iranien des Affaires étrangères, a annoncé sa démission le 25 février. « Je m’excuse de ne plus être capable de continuer à mon poste et pour tous mes manquements dans l’exercice de mes fonctions », a-t-il écrit. Le lendemain, le président iranien Hassan Rohani a refusé sa démission, ont annoncé les agences de presse iraniennes.

Sa démission intervenait alors que le président syrien Bashar al-Assad effectuait lundi sa première visite à Téhéran depuis 2010, durant laquelle il a rencontré l’ayatollah Ali Khamenei ainsi que son homologue Hassan Rohani. Une rencontre à laquelle Mohammad Javad Zarif, visage modéré de la diplomatie de la République islamique et principal architecte de l’accord du nucléaire de 2015, a été tenu à l’écart.

« Poussé vers la sortie »

Une situation qui aurait précipité son départ, selon Azadeh Kian, professeure universitaire de sociologie politique à Paris Diderot et spécialiste de l’Iran. « Javad Zarif, qui est le chef de la diplomatie iranienne, n’a pas été convié à cette rencontre. Sur la photo, on ne voit que l’ancien ministre des Affaires étrangères, Ali Akbar Velayati, devenu conseiller du guide suprême. On comprend donc que le ministre n’a aucun pouvoir et aucune emprise », explique la spécialiste, contactée par Jeune Afrique.

Le président syrien Bachar al-Assad, à gauche, s'entretient avec le président iranien Hassan Rohani, à droite, lors de leur réunion au bureau de la présidence à Téhéran, en Iran, le lundi 25 février 2019. © AP/SIPA

Ce sentiment l’aurait parcouru durant de nombreuses années, selon l’universitaire. Nommé au ministère en 2013 sous la présidence de Hassan Rohani, ce dernier lui aurait donné « plusieurs gages » d’indépendance et garanti être chargé des politiques étrangères du pays. En vain. « Au fur et à mesure, Javad Zarif s’est rendu compte que les personnes qui décident sont les gardiens de la révolution et le guide suprême. Les ministres ne sont qu’une image. C’est la principale raison qui l’a poussé vers la sortie », analyse Azadeh Kian, selon qui l’Iran perd ainsi « un atout ».

 « Affaiblir l’aile modérée de la diplomatie iranienne »

Parti aux États-Unis en 1976, Mohammed Javad Zarif y étudie les relations internationales. Opposé au chah, il soutient la révolution iranienne et entame sa carrière diplomatique au consulat iranien à San Francisco. En 2002, il est nommé représentant de l’Iran auprès des Nations unies. Après sa nomination par Rohani en 2013, il devient le négociateur en chef de l’accord de 2015 conclu entre la République islamique et le groupe P5+1 sur le nucléaire de Téhéran.

« Il était le meilleur diplomate que l’Iran puisse avoir », soutient Azadeh Kian, qui précise que le ministre démissionnaire avait subi diverses pressions, accusé d’avoir « trahi » la République en signant cet accord en 2015, notamment depuis la décision du président américain Donald Trump de retirer unilatéralement les États-Unis de ce pacte en mai 2018.

Beaucoup sont heureux aujourd’hui de voir l’aile modérée de la diplomatie iranienne partir

« Ses adversaires voulaient affaiblir Javad Zarif et le gouvernement Rohani. Beaucoup sont heureux aujourd’hui de voir l’aile modérée de la diplomatie iranienne partir, surtout sous la présidence de Trump », analyse-t-elle.

En plus de sa démission, le pays perd également plusieurs cadres du ministère, qui ont décidé de partir pour contester sa décision. Des parlementaires iraniens ont également signé mardi une lettre au président Hassan Rohani lui demandant le maintien de Mohammed Javad Zarif à son poste, rapporte l’agence de presse iranienne Irna. Une contestation qui laisserait entrevoir une « crise au ministère », selon Azadeh Kian.

Newsletter :
déjà 250 000 inscrits !

Recevez chaque jour par email,
les actus Jeune Afrique à ne pas manquer !

Votre magazine JEUNE AFRIQUE

consultable sur smartphone, PC et tablette

Couverture

Profitez de tous nos contenus exclusifs en illimité !

Abonnez-vous à partir de 7,99€

Déjà abonné(e) ? Accédez au kiosque

Abonnez-vous à la version papier

Fermer

Je me connecte