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Cet article est issu du dossier «Présidentielle au Sénégal : un « coup KO » réussi pour Macky Sall»

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Elections

Présidentielle au Sénégal : pourquoi une telle confusion autour des résultats ?

Début du décompte, dans un bureau de l'école Biscuiterie, à Dakar, pour le premier tour de la présidentielle au Sénégal en février 2019.

Début du décompte, dans un bureau de l'école Biscuiterie, à Dakar, pour le premier tour de la présidentielle au Sénégal en février 2019. © Sylvain Cherkaoui pour Jeune Afrique

Ce dimanche 24 février, 6,6 millions de Sénégalais ont été appelés aux urnes pour désigner leur futur président. Au terme d’une journée de vote dont plusieurs missions d’observation ont salué le déroulement, la tension est montée d’un cran dans la soirée, avec le dépouillement des suffrages. Les premières tendances ont en effet amené les différents candidats à des revendications contradictoires.

Au Sénégal, on avait rarement vu un tel capharnaüm autour de résultats électoraux. Au lendemain du vote, aucun résultat officiel, même provisoire, n’a été rendu public, ouvrant la voie à une « guerre des chiffres » entre l’opposition et le président sortant. D’un côté, Idrissa Seck et Ousmane Sonko, qui clament avoir contraint Macky Sall à un « inévitable » second tour. De l’autre, le Premier ministre, Mahammad Boun Abdallah Dionne, qui annonçait dimanche soir à ses militants : « Sur la base des résultats que nous avons compilés, il faut féliciter le président Macky Sall pour sa réélection avec un minimum de 57 % des voix. » Un cri de victoire prématuré ?


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« À ce stade de la soirée, nous disposions des résultats correspondant à 52 % des dépouillements sur le territoire national. Les bureaux de vote sur lesquels nous nous sommes basés sont d’autant plus représentatifs qu’ils comprennent les bureaux témoins. Nous compilons en ce moment les derniers résultats et le constat est le même », explique à Jeune Afrique El Hadj Hamidou Kassé, ministre conseiller en charge de la communication à la présidence, qui assure avoir envoyé des mandataires dans les quelque 14 651 bureaux de vote du pays.

De leurs côtés, Ousmane Sonko et Idrissa Seck, dont l’entourage annonçait un « inévitable » second tour dès les premières tendances, vers 20h30, assuraient qu’ils ne se laisseraient pas « confisquer » le résultat du scrutin. Lundi 25 février, à Dakar, un collaborateur d’Ousmane Sonko – dont l’équipe poursuit ses calculs – persiste et signe : « Nous étions représentés dans plus de 95 % des bureaux de vote du pays. Nous avons récupéré les procès-verbaux et les avons renseignés dans notre système informatique. Hier déjà, nous étions sûrs d’un second tour. Aujourd’hui, nous en sommes à 70 % de traitement. Selon nos chiffres, Macky Sall ne dépasse pas la barre des 48 %, et nous avons bon espoir de sortir second de cette élection. »

Le Conseil constitutionnel seul officiellement habilité

À l’heure qu’il est, difficile de déterminer qui a raison et qui a tort, faute de chiffres officiels. Jaly Badiane, coordinatrice de l’initiative citoyenne « Sénégal Vote », dont les volontaires étaient déployés sur tout le territoire le jour du vote, et dont le calcul des résultats compilés est toujours en cours, appelle à la prudence : « Aller dans un sens ou dans un autre reviendrait à donner un résultat, ce qui est du ressort du Conseil constitutionnel. Ce serait irresponsable ».

Les sept Sages ont jusqu’à vendredi à minuit pour publier des résultats définitifs et annoncer si un second tour aura bien lieu

Seuls les sept Sages sont en effet habilités à publier des résultats définitifs et à annoncer si un second tour aura bien lieu, même si les candidats ont dépêché des mandataires à travers tout le pays afin de collecter les résultats des procès-verbaux et calculer leurs propres tendances. Or, le Conseil constitutionnel a jusqu’au vendredi 1er mars à minuit pour ce faire.

Face à un score qui pourrait s’annoncer serré, l’absence de résultats officiels entretient le flou et laisse le champ libre aux annonces victorieuses de chacun. « Nous n’aurions jamais dû nous réveiller ce lundi sans résultats provisoires émanant des instances officielles, justifie Jaly Badiane. En général, en temps d’élection, on est fixé dans la nuit ou tôt le matin. » Ce n’est pas l’avis de la Direction générale des élections (DGE), qui estime que « le Sénégal est dans son tempo pour délivrer les résultats » – rappelant que si en 2012 Abdoulaye Wade avait reconnu sa défaite le soir même du vote, au second tour, il l’avait fait en fonction des tendances calculées par son état-major et par la presse.

Des médias « aux ordres de Macky Sall » ?

Cette année, les déclarations contradictoires entre pouvoir et opposition ont suscité l’ire de certains représentants politiques et militants de l’opposition, qui ont notamment pris à partie certains médias nationaux et internationaux dimanche soir, les accusant d’être « aux ordres de Macky Sall » et d’avoir annoncé abusivement sa victoire.


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« Les médias ont le droit de donner des tendances, comme ils le font depuis 2000, mais ils n’ont pas le droit de livrer les résultats, indique un membre de la Commission électorale nationale autonome (CENA) interrogé par Jeune Afrique. Hier, ils sont restés dans les limites de ce droit. Il est en revanche maladroit qu’un Premier ministre annonce la réélection de son candidat avec 57 % des voix. Lui n’est pas dans son rôle. »

La Commission, elle, a appelé dans un communiqué « les candidats et leurs partisans, ainsi que les acteurs de la société civile et la population, à s’abstenir de faire une quelconque déclaration prématurée sur les résultats ».

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