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Cet article est issu du dossier «Démission de Bouteflika : les six semaines qui ont ébranlé l'Algérie»

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Politique

Algérie : comment les partisans de Bouteflika réagissent à la contestation populaire

Le président Abdelaziz Bouteflika a nommé Athmane Tartag à la tête du DRS © Sidali Djarboub/AP/SIPA

La série de manifestations contre le cinquième mandat d'Abdelaziz Bouteflika ne semble pas avoir dérouté le chef de l'État, qui a assuré rester candidat à la prochaine présidentielle et qui bénéficie du soutien de nombreux politiques.

La réponse est sans appel : la question du 5e mandat d’Abdelalaziz Bouteflika sera tranchée par « les urnes », a assuré le 25 février le Premier ministre Ahmed Ouyahia lors de sa première réaction officielle, au lendemain de la deuxième marche contre le cinquième mandat d’Abdelaziz Bouteflika. Appelant à la « vigilance » face au « risque de dérapages dangereux », il a également déclaré que les revendications des manifestations du 22 et 24 février seraient pris en charge par la conférence nationale que compte organiser le président sortant après sa réélection.

Une réaction qui fait écho aux nombreuses prises de position en faveur du président. La veille, alors que des centaines d’Algériens participaient à la mobilisation, le chef de l’État a adressé un message essentiellement axé sur les vertus de la « continuité », éclipsant la mobilisation populaire. Le texte, lu en son nom à Adrar par le ministre de l’Intérieur et des collectivités locales Noureddine Bedoui, était adressé aux travailleurs à l’occasion du double anniversaire de la nationalisation des hydrocarbures et de la création de la centrale syndicale Union générale des travailleurs algériens (UGTA).


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Bouteflika toujours candidat

L’occasion, pour la délégation gouvernementale – constituée du ministre de l’Énergie, de cadres du ministère de l’Intérieur et du président du Forum des chefs d’entreprises –, de réaffirmer leur soutien au président. « Heureusement » que Bouteflika reste candidat, a assuré son directeur de campagne, Abdelmalek Sellal. « Même si les jeunes ne sont pas d’accord avec la politique actuelle, l’essentiel est que la stabilité du pays soit sauvegardée », a-t-il déclaré.

« Nous avons une dette envers cet homme. Et celui qui ne paye pas ses dettes n’est pas un homme », a également lâché Abdelmadjid Sidi Saïd, le secrétaire général de la centrale syndicale, devant une salle à moitié vide et encerclée par les forces de l’ordre pour empêcher les opposants de perturber le meeting.

Simultanément, Abderrahmane Sidini, le directeur général des libertés publiques au ministère de l’Intérieur, a soutenu que les manifestations populaires ayant eu lieu dans la capitale et plusieurs régions du pays « faisaient partie d’une ambiance électorale », justifiant le recours aux forces de l’ordre par le souci de protéger les édifices publics.

Soutien de l’Alliance présidentielle

Tajamou Amal el-Jazaïr (TAJ), troisième parti de l’Alliance présidentielle (FLN, TAJ, RND et MPA), a accusé « ceux qui font bouger le peuple de répondre à des agendas territoriaux et internationaux. Ce sont ceux qui n’ont pas pu présenter un candidat et ceux qui veulent se replacer sur la scène politique ». Son président Amar Ghoul a assuré que Bouteflika « peut compter sur l’élite électorale et les partis de l’Alliance pour gagner la prochaine élection ». Le Mouvement populaire algérien (MPA), présidé par l’ex-ministre du Commerce Amara Benyounès, s’est pour l’instant abstenu de toute réaction.

La veille, le coordinateur national du Front de libration nationale (FLN), Mouad Bouchareb, avait tenu un discours tout autant incisif en soutenant que les marches populaires sont « le fait de ceux qui veulent semer la discorde. Certains politiques et quelques pseudos politiques commencent à rêver. Alors je leur dis : “faites de de beaux rêves et un bon sommeil” », a déclaré Bouchareb, affirmant même que « Dieu a envoyé Bouteflika en 1999 pour réformer la nation algérienne et lui rendre la place qui est la sienne ».


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Son directeur de cabinet lui a emboîté le pas, en rétorquant que ces manifestations sont « la preuve que l’Algérie est devenu un pays démocratique grâce à Bouteflika qui laisse ses opposants s’exprimer librement, même si les soutiens du cinquième mandat sont plus nombreux ».

Arrestations

Aux paroles, les défenseurs du président Abdelaziz Bouteflika ont également joint l’action, en empêchant notamment le rassemblement de Mouwatana prévu sur la place Maurice Audin, en plein centre de la capitale, qui a finalement pu se tenir. Des tirs de bombes lacrymogènes ont ciblé dès le début de la manifestation les chefs de file de ce mouvement, dont l’avocate Zoubida Assoul et Soufiane Djilali, le président de Jil Djadid. Les forces de l’ordre, qui ont quadrillé très tôt les grandes artères de la capitale, ont procédé également à plusieurs interpellations.

En réponse, la population algéroise a improvisé une marche sur la rue Didouche Mourad en scandant : « Ni Saïd [le frère du président sortant, ndlr], ni Bouteflika ! Non à une monarchie, l’Algérie est une République ! ». D’autres marches sont annoncées via les réseaux sociaux, dont celle des étudiants prévue mardi 26 février.

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