Politique

Gabon : minoritaire à l’Assemblée, l’opposition se cherche un espace pour peser politiquement

Le Palais Omar Bongo, siège du Sénat, à Libreville.

Le Palais Omar Bongo, siège du Sénat, à Libreville. © Wikimedia Commons

Le Premier ministre Julien Nkoghe Bekale doit prononcer son discours de politique générale mardi devant la nouvelle Assemblée nationale, où le Parti démocratique gabonais (PDG, au pouvoir) occupe l'écrasante majorité. Une partie de l'opposition s'apprête de son côté à lancer un appel pour une manifestation nationale le 31 mars pour demander une « clarification de la situation constitutionnelle ».

« Cela va être une purge, ces cinq années [jusqu’à la prochaine présidentielle] ». Au lendemain des élections législatives d’octobre 2017, ces quelques mots énoncés dans un soupir par un membre du Rassemblement héritage et modernité (RHM) en disaient long sur l’ambiance au sein de l’opposition.

La « revanche » de la présidentielle de 2016, promise par certains cadres, avait donc été à sens unique. L’opposition, qui n’est pas parvenu à constituer la grande union espérée pour le scrutin législatif, n’a réussi à envoyer que 17 députés dans une Assemblée qui en compte 143. Même ses poids lourds, dont Guy Nzouba-Ndama (Les Démocrates) ou Alexandre Barro-Chambrier (RHM), ont échoué à conquérir un siège

En quête de rebond

Quatre mois plus tard, la nouvelle Assemblée a ouvert sa première session parlementaire, jeudi, et se prépare à entendre le discours de politique générale du nouveau Premier ministre, Julien Nkoghe Bekale, prévu mardi 26 février. 

Une prise de parole attendue, alors qu’Ali Bongo Ondimba, qui poursuit sa convalescence à Rabat, a quitté le Maroc dimanche 24 février pour rejoindre Libreville où il a reçu plusieurs personnalités politiques lundi 25 février, au palais présidentiel. Il doit en outre présider un conseil des ministres, ce mardi.

C’est la seconde fois que le président gabonais rentre dans la capitale gabonaise depuis son AVC fin octobre à Riyad. ABO avait effectué un premier passage éclair mi-janvier pour assister à la prestation de serment du nouveau gouvernement, un déplacement express qui n’avait pas manqué d’alimenter la polémique suscité depuis près de quatre mois par son absence du Gabon.

Dans cette période de flou au sommet de l’État, l’opposition a tenté malgré tout de se positionner, en multipliant les communiqués pour demander des « clarifications » sur l’état de santé du président ou, comme Jean Ping, appeler à se rassembler ou à descendre dans la rue. 

Samedi 22 février, c’est un autre ténor de l’opposition, Zacharie Myboto, président de l’Union nationale qui a réclamé que la vacance du pouvoir soit déclarée et qu’un dialogue citoyen soit organisé. Des appels qui n’ont pour l’instant rencontré que peu d’écho.

Manifestation nationale

C’est une opposition en quête d’un nouveau rebond qui aborde la nouvelle législature. Et faute de pouvoir le trouver au sein de l’hémicycle, c’est à l’extérieur qu’elle espère déployer une stratégie payante. Jeudi, dix personnalités de différents partis d’opposition et de la société civile doivent ainsi se réunir à la Chambre de Commerce de Libreville pour lancer un « appel à agir ».

Parmi les personnalités participant à l’appel du 28 février, on retrouve notamment deux députés élus, Maxime Minault Zima Ebeyard de l’Union Nationale (UN) et Edgard Owono Ndong du RHM. Figurent également parmi les instigateurs du rassemblement Jean-Gaspard Ntoutoume Ayi (UN), énarque, cadre de l’UN défait de manière inattendue dans la commune d’Akanda au premier tour des législatives, l’activiste Marc Ona Essangui ou encore l’avocat Ange-Kévin Nzigou.

Ensemble, ils vont, selon un cadre de l’opposition membre de l’initiative « appeler à une manifestation nationale le dimanche 31 mars ». Le but de ce mouvement « sans chef ni organigramme », sera de demander une « clarification de la situation constitutionnelle du Gabon », explique l’un des instigateurs du mouvement, qui a requis l’anonymat avant que l’initiative soit officiellement lancée.

L’opposition s’était unanimement insurgée contre la modification, mi-novembre, de l’article 13 de la Constitution pour autoriser le vice-président gabonais présider un Conseil des ministres, et a réclamé à plusieurs reprises des « clarifications » sur l’aptitude du président à diriger le pays, alors que plusieurs rumeurs et fausses informations sur le sujet on circulé sur les réseaux ces derniers mois.

Conflit de générations

Convaincu que l’Assemblée n’est pas la meilleure voie pour se faire entendre, un cadre d’un principaux partis d’opposition à l’origine de « l’appel à agir » confie que l’initiative a aussi pour but de « renforcer la crédibilité » de l’opposition, en mettant en avant une autre génération de politiciens.

« C’est un frein à notre crédibilité vis-à-vis de nos électeurs d’être représenté par une génération qui a fait carrière à de hautes fonctions au sein du PDG. Quoiqu’en en dise, il y a un problème de légitimité si l’on entend incarner l’opposition », explique ce quinquagénaire.

Interrogé par Jeune Afrique sur le sujet à sa résidence du quartier de La Sablière à Libreville, quelques jours après le second tour, Zacharie Myboto, 81 ans, avait pour sa part affirmé avoir « horreur du conflit de générations ». « Je crois que les générations doivent se compléter. Si aujourd’hui je tiens, c’est qu’il a fallu faire preuve de constance et montrer certaines qualités dans la poursuite du combat. »

« Le passage de témoin, ça ne se précipite pas », avait ajouté celui qui passera la main à la présidence de l’Union nationale lors du prochain congrès du parti prévu pour 2020.

 

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