Elections

Malgré la police, nouvelle manifestation à Alger contre un 5e mandat de Bouteflika

Un Algérien brandit une pancarte contre le 5e mandat que brigue le président Abdelaziz Bouteflika, lors d'une manifestation à Alger le 22 février 2019. © AFP / RYAD KRAMDI

Malgré un important dispositif policier, plusieurs centaines de manifestants étaient réunis dimanche en milieu d'après-midi dans le centre d'Alger pour s'opposer à un 5e mandat du président Abdelaziz Bouteflika.

En ce premier jour de semaine, la mobilisation était en milieu d’après-midi plus faible que lors des manifestations massives de vendredi, qui ont surpris par leur ampleur et ont marqué les esprits.

Des dizaines de milliers de personnes, répondant à des appels lancés par des anonymes sur les réseaux sociaux, étaient alors descendues dans la rue, notamment dans la capitale, où les manifestations sont pourtant strictement interdites. La police, débordée par le nombre, n’avait pu les en empêcher.

Dimanche midi, répondant à l’appel d’une association, le petit groupe de protestataires – initialement une cinquantaine – n’a toutefois cessé de gonfler jusqu’à atteindre plusieurs centaines, malgré la tentative de dispersion initiale par la police, selon une journaliste de l’AFP.

Vers 14h locales (15h GMT), de petits groupes de quelques dizaines de jeunes ont voulu poursuivre la manifestation, la police faisant alors usage de gaz lacrymogènes, sur fond de slogans anti-5e mandat et de chants hostiles au président Bouteflika.


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La police a en outre procédé à plusieurs arrestations, d’après la même source.

Soufiane Djilali, coordinateur du mouvement citoyen Mouwatana – à l’origine de l’appel au rassemblement -, a affirmé à l’AFP que « 15 cadres » de ce collectif ainsi que « des dizaines de citoyens » avaient été interpellés. Ce chiffre n’a pu être vérifié à cette heure auprès d’autres sources.

« Algérie libre et démocratique ! »

Ouverts normalement dans la matinée, de nombreux commerces du centre d’Alger ont baissé leur rideau à mesure que gonflait la manifestation et que remontaient en sa direction de très nombreux policiers en tenue anti-émeute.

Déployée en masse depuis le matin dans le centre d’Alger, survolé sans interruption par un hélicoptère, la police a d’emblée tenté d’empêcher le rassemblement de Mouwatana, en faisant évacuer avant l’heure prévue la Place Audin, où la cinquantaine de militants étaient déjà réunis.

Délogés, ceux-ci se sont alors regroupés, aux cris notamment d’«Algérie libre et démocratique ! » et « Non au 5e mandat ! » sur l’un des principaux axes adjacent du centre de la capitale, où les ont donc rejoints d’autres manifestants.

De nombreux badauds sur les trottoirs de cette large artère commerçante ont en outre repris les slogans à leur passage.

Fondé en juin 2018 pour s’opposer à un 5e mandat annoncé, le mouvement citoyen Mouwatana, composé d’intellectuels (partis d’opposition, militants associatifs, journalistes, avocats…), peine traditionnellement à mobiliser au-delà de son milieu d’origine.

« Maintenir la pression »

« Vendredi, c’était (une mobilisation) populaire. Mouwatana, c’est un peu plus élitiste », avait expliqué à l’AFP le sociologue algérien Nacer Djabi à l’approche de ce rassemblement.

Soufiane Djilali, qui est aussi chef du parti d’opposition Jil Jadid, avait lui confié ne pas s’attendre « à une grande foule ». « Mais le but est de maintenir la pression contre ce pouvoir », avait expliqué ce responsable, qui s’était déjà opposé à un 4e mandat d’Abdelaziz Bouteflika en 2014.

La date de dimanche avait été choisie car il était envisagé – sans que ce soit confirmé officiellement – que Abdelaziz Bouteflika, 81 ans, fasse une rare sortie publique.

Manifestation à Paris

Des centaines de manifestants ont aussi protesté dimanche après-midi à Paris. « Pouvoir assassin », « Système dégage », « Seul le mandat du peuple », pouvait-on lire parmi les slogans inscrits sur les pancartes brandies par les manifestants.

Une photo géante du président Bouteflika, barrée d’un « non au 5e mandat », avait été accrochée au pied de la statue célébrant la République. « On a besoin d’un président valide », a déclaré à l’AFP Ahmed Ouaguemouni, 60 ans, ancien membre de l’opposition algérienne qui vit dorénavant en France. « Bouteflika, il est toujours à l’hôpital », a-t-il ajouté.

Bouteflika à Genève pour « des contrôles médicaux »

Affaibli par un AVC dont il a été victime en 2013, le chef de l’État, cloué sur un fauteuil roulant, n’apparaît que rarement en public.

La présidence a finalement annoncé que le chef de l’État devait s’envoler dimanche à destination de Genève pour un « court séjour afin d’y effectuer des contrôles médicaux périodiques ».


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Au pouvoir depuis 1999, Abdelaziz Bouteflika a mis fin le 10 février à des mois d’interrogations sur ses intentions, en annonçant dans une « lettre à la Nation » qu’il briguerait un 5e mandat lors de la présidentielle du 18 avril, scrutin qui est présenté comme joué d’avance.

Dans son message du 10 février, il avait devancé les critiques sur son état de santé, qui selon certains de ses opposants le rend inapte à gouverner, en reconnaissant ne plus avoir « les mêmes forces physiques qu’avant » mais « transcender les contraintes liées aux ennuis de santé » par « la volonté inébranlable de servir la Patrie ».

Outre le centre d’Alger, Mouwatana avait appelé les habitants des autres régions d’Algérie à se rassembler dans « le calme » devant les préfectures. Aucune autre manifestation notable n’a toutefois été signalée dans l’immédiat.

Les réseaux sociaux ont aussi relayé ces derniers jours des appels à une « marche des étudiants » contre le 5e mandat le 26 février partout en Algérie.

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