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Cet article est issu du dossier «Démission de Bouteflika : les six semaines qui ont ébranlé l'Algérie»

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Politique

Manifestations contre un 5e mandat de Bouteflika : « On veut du changement ! »

Un manifestant brandissant une pancarte indiquant : "le peuple ne laissera pas sa décision de sortir", lors d'une manifestation dénonçant la candidature du président Abdelaziz Bouteflika à un cinquième mandat, à Alger, le vendredi 22 février 2019. © Anis Belghoul/AP/SIPA

Des milliers de personnes ont manifesté le 22 février à travers l’Algérie, et notamment dans la capitale, où les rassemblements sont interdits depuis 2001. La mobilisation, qui devrait se poursuivre dimanche, faisait suite à plusieurs appels lancés sur les réseaux sociaux contre la candidature d’Abdelaziz Bouteflika à un cinquième mandat.

« Bouteflika, qu’il repose en paix ! », « Non au cinquième mandat ! », ont notamment scandé les milliers d’Algériens réunis le 22 février dans le centre d’Alger, pour s’opposer à la candidature d’Abdelaziz Bouteflika à un cinquième mandat. L’appel à manifester avait été lancé anonymement quelques jours plus tôt sur les réseaux sociaux.

Tôt le matin, des hélicoptères survolaient déjà le centre d’Alger alors qu’au sol, des camions de CRS et des forces de police à pied étaient déployés sur les places emblématiques et artères principales de la capitale. La veille, l’accès à l’Internet mobile et fixe était fortement perturbé avec des coupures fréquentes tout au long de la soirée et un accès limité aux réseaux sociaux. Les perturbations ont continué durant le vendredi après-midi, alors qu’un cortège important a traversé Alger en partant du quartier populaire de Bab-el-Oued.

La police anti-émeute retient des manifestants alors qu'ils marchent dans les rues de la capitale algérienne, Alger, pour dénoncer la candidature du président Abdelaziz Bouteflika à un cinquième mandat, vendredi 22 février 2019. © Anis Belghoul/AP/SIPA

Ne cassez rien, sinon ils en profiteront pour nous décrédibiliser

“La nation appartient au peuple !”

La foule, principalement composée de jeunes, a défilé en scandant des slogans hostiles à Abdelaziz Bouteflika et son frère Saïd, et également contre le parti du Front de libération nationale (FLN) et différents membres du gouvernement, notamment le Premier ministre Ahmed Ouyahia.

« Ne cassez rien, sinon ils en profiteront pour nous décrédibiliser », ont ordonné aux plus jeunes certains manifestants plus âgés. « Nous ne sommes pas des casseurs, nous sommes juste contre le cinquième mandat », ont précisé de nombreux manifestants. « Frères, frères ! La nation appartient au peuple ! », ont scandé des manifestants face aux policiers qui bloquaient l’accès à la place du 1er Mai. Dans la matinée, plusieurs personnes ont été arrêtées lors d’un rassemblement qui a eu lieu au même endroit.

Des manifestants défilent dans les rues de la capitale algérienne, Alger, pour dénoncer la candidature du président Abdelaziz Bouteflika à un cinquième mandat, vendredi 22 février 2019. © Anis Belghoul/AP/SIPA

Aujourd’hui, c’est notre jour. Nous voulons exprimer notre amour pour ce pays et le besoin de changement

“Vingt ans de mensonges, vingt ans de vol !”

À Alger, la manifestation a débuté après la grande prière du vendredi ; un horaire qui a soulevé beaucoup de questions. « Ils ont dit que nous étions des islamistes. Ils ont menti », a rétorqué une jeune femme présente dans la foule, en réponse aux forces de police. Une autre manifestante, qui brandissait une affiche sur laquelle était écrit « non au 5ème mandat », soutenait son action : « Je suis sortie manifester contre la mafia au pouvoir. J’irai voter pour la première fois même si je ne me fais pas d’illusion », a-t-elle expliqué.

« Aujourd’hui, c’est notre jour. Nous voulons exprimer notre amour pour ce pays et le besoin de changement. On veut que Bouteflika et son entourage partent », a indiqué un artiste de 28 ans.

Aux fenêtres, des habitants ont envoyé des bouteilles d’eau aux passants alors que des femmes faisaient des youyous. L’ambiance, parfois bon enfant, n’a pourtant pas masqué le profond ressentiment. « Vous avez pris le pétrole et vous nous avez laissé les barques », ont crié des manifestants en référence à la mort récente de plusieurs jeunes alors qu’ils tentaient de traverser la Méditerranée pour rejoindre l’Europe.

“Vingt ans de mensonges. Vingt ans de vol. Ça suffit ! Laissez-le finir sa vie en paix et donnez-nous quelqu’un qui représente l’Algérie à l’intérieur et à l’extérieur du pays », a scandé un homme de 55 ans, qui participait à sa première manifestation. « Il faut un début à tout et c’est le moment de changer. Je suis ravi de voir autant de jeunes ».


>>> À LIRE – Algérie : face à Bouteflika, pas de consensus de l’opposition pour une candidature commune


Un mouvement national

Loin d’être marginale, la mobilisation algéroise intervient après plusieurs rassemblements et marches qui ont lieu dans tout le pays. Des centaines de personnes se sont regroupées dans le centre d’Annaba à l’Est, d’autres ont marché à Bougaa et à Sétif. Des rassemblements ont aussi été observés dans les wilayas de Boumerdès et Bouira, puis à Tiaret dans l’Ouest.

Sur les pancartes des manifestants, toujours les mêmes messages : « pas de casse, on veut du changement » et le chiffre 5 barré en opposition à l’actuel président Abdelaziz Bouteflika.

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