Politique

Corruption au Bénin : le limogeage de deux figures du gouvernement divise

Le président béninois Patrice Talon, à l'Élysée, à Paris, le 26 avril 2016. © Michel Euler/AP/SIPA

Impliqués dans des « opérations irrégulières de lotissement et de transactions », Barnabé Dassigli, le ministre de la Décentralisation, et Modeste Toboula, le préfet du Littoral, ont été limogés le 20 février par Patrice Talon. Si ses partisans y voient un signe d'« impartialité », l'opposition dénonce un « leurre ».

Le président Patrice Talon a limogé le 20 février le ministre de la Décentralisation et de la Gouvernance locale, Barnabé Dassigli, et le préfet du Littoral, Modeste Toboula, pour leur implication dans des « opérations irrégulières de lotissement et de transactions ».

Présenté au procureur spécial auprès de la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (Criet), le préfet Modeste Toboula a été incarcéré à la prison d’Akpro-Missérété, placée sous haute sécurité. Son procès démarrera le 8 avril prochain.

N’étant pour le moment pas visé par une procédure judiciaire, le ministre Barnabé Dassigli est, lui, encore libre de ses mouvements. Il n’est justiciable que devant la Haute Cour de justice et selon un « mécanisme lourd d’application », explique à Jeune Afrique le juriste Alain Dossou, chercheur au Centre béninois du droit et des institutions politiques. « Depuis qu’il a été mis en place dans les années 1990, aucun ministre n’a véritablement été inquiété », souligne-t-il.

Activités irrégulières

C’est une enquête initiée par le ministère des Finances qui a permis de révéler l’affaire dans laquelle ils sont impliqués. Selon le compte rendu des investigations, en mars 2018, sans s’en remettre au Conseil des ministres, le ministre de la Décentralisation a autorisé la reprise des opérations de remembrement sur un domaine public classé en 2005 par décret, pour des lotissements. Ce domaine était destiné à accueillir un aménagement dans le cadre d’un projet de développement touristique dans le 12e arrondissement de Cotonou (Fiyégnon 1). Par un courrier en date du 20 novembre 2017, le ministre avait pourtant rassuré le directeur général de l’agence nationale de promotion des patrimoines et du développement du tourisme qui s’était inquiété des « velléités de possession privée » sur le domaine.

Moins de quatre mois après avoir soutenu qu’aucune spéculation n’avait cours sur le domaine, il ordonne au préfet Modeste Toboula, par simple message radio, la levée du décret qui avait classé la zone. Ce dernier s’exécute mais en profite pour acquérir, sur le domaine, trois parcelles d’une valeur de 533 m² au nom d’un proche parent.

Le gouvernement a jugé ces lotissements ordonnés par le ministre et l’acquisition effectuée par le préfet comme étant irréguliers, relevant ainsi les deux hommes de leurs fonctions. Le préfet Modeste Toboula avait déjà été ciblé pour avoir mené sans concession des opérations de déguerpissement des populations établies sur le domaine public à Cotonou.


>>> À LIRE – [Tribune] Luttons honnêtement contre la corruption


Des figures emblématiques du gouvernement

À Cotonou, l’affaire fait grand bruit et divise sur le terrain politique. Selon les partisans du président Talon, le « limogeage rapide » des mis en cause témoigne de « l’impartialité » de la lutte que mène le gouvernement contre la corruption. « Pour ceux qui en doutaient encore, le président Talon ne fait pas de chasse aux sorcières. Ce sont des figures emblématiques de son gouvernement qui ont été remerciées. Vous imaginez, le ministre Dassigli est un élu de la 6e circonscription électorale ! », souligne Luc Gbaguidi, un des leaders des mouvements de jeunes de la mouvance présidentielle.

« C’est un leurre… Le gouvernement est prêt à sacrifier quelques têtes pour crédibiliser sa politique très décriée, qui ne produit aucun résultat à part celui d’envoyer les opposants en exil », nuance Aubin Gandemey, un militant des FCBE [Forces cauris pour un Bénin émergent, opposition].

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