Politique

Menaces, magie noire et parano : les dérapages en série de Bruno Ben Moubamba autour d’Ali Bongo Ondimba

Le roi du Maroc, Mohammed VI, lors de sa visite au président gabonais Ali Bongo Ondimba, qui poursuit sa convalescence depuis le 29 novembre à Rabat. © Agence marocaine de presse (MAP)

L’ancien vice-Premier ministre Bruno Ben Moubamba est au cœur d'une polémique après avoir appelé à « tuer dans le ndjobi » Brice Laccruche Alihanga, le directeur de cabinet d’Ali Bongo Ondimba. Décryptage d'une affaire au carrefour de la politique et des croyances mystiques.

La santé des chefs d’État est un sujet sensible. D’autant plus quand, dans le cas du Gabon, la transparence n’a pas toujours été au rendez-vous. Ali Bongo Ondimba est-il en capacité de gouverner ? Peut-il conduire les affaires du pays alors qu’il est encore en rééducation, sous la direction d’une équipe de médecins à Rabat, au Maroc ?

Si ces interrogations sont légitimes, elles sont parfois exploitées par certains de manière douteuse. Depuis le début du mois de février, l’ancien vice-Premier ministre Bruno Ben Moubamba (BBM) s’est ainsi fait le relais d’une folle théorie : Ali Bongo Ondimba ne serait pas Ali Bongo Ondimba ! Selon BBM, le président gabonais, qui a fait quelques apparitions médiatiques depuis l’accident vasculaire cérébral qu’il a subi en octobre en Arabie Saoudite, serait en réalité un sosie du véritable ABO.

Silicone et rites ancestraux

Sur sa page Facebook, l’ancien ministre du Logement détaille abondamment sa thèse, analysant notamment les photos disponibles. Ici, selon lui, les sourcils ne correspondent pas. Là, « une tache jaune » sous l’oreille gauche du président serait du silicone, utilisé afin de crédibiliser l’apparence d’un sosie.

« Ali Bongo n’est pas mort, mais il ne dirige plus ! », explique Ben Moubamba, qui ajoute : « C’est Brice Laccruche Alihanga, le directeur de cabinet d’Ali Bongo, qui dirige le pays (…). Pour toutes ces raisons, concentrez toutes vos attaques sur lui. »

Et l’intéressé de préciser cet énigmatique conseil. Le 20 février, sur son compte Facebook, il écrit : « Il faut « tuer » Brice Laccruche Alihanga dans le ndjobi [un rite traditionnel, entre mysticisme et religion] ! » Appel au meurtre ? Plusieurs personnalités du gouvernement et du parti au pouvoir ont depuis dénoncé des propos pénalement répréhensibles, estimant que la justice devrait se saisir de l’affaire.

« Il doit en payer le prix »

Contacté par Jeune Afrique, Bruno Ben Moubamba a accepté de s’expliquer sur la phrase qui a mis le feu aux poudres : « On m’accuse d’appeler au meurtre, mais c’est l’argument des faibles et de ceux qui ont quelque chose à se reprocher », rétorque-t-il. Brice Laccruche Alihanga « avait de toute façon prévu de m’embastiller depuis des semaines », croit-il savoir.

Et de lever le voile sur sa démarche et son allusion au ndjobi : « Le ndjobi est un rite bantou ancestral du sud-est du Gabon [dont] le grand prêtre est Fidèle Andjoua [frère aîné d’Omar Bongo Ondimba]. (…) Brice Laccruche Alihanga se fait passer pour un membre de cette famille [bantoue]. S’il fait vraiment partie de cette famille bantoue, ce qui n’est pas sûr, qu’il en respecte les codes et cesse d’instrumentaliser un des « frères », en l’occurrence ABO », conclut l’ancien vice-Premier ministre, qui n’a visiblement aucune intention d’éteindre le début d’incendie provoqué par ses propos.

« En rire ou en pleurer » ?

Il faut dire que l’homme est un habitué de la polémique. En septembre 2017, alors qu’il était encore au gouvernement, il s’était attaqué directement au Premier ministre Emmanuel Issoze Ngondet, via, déjà, sa page Facebook. « Quand on est chef d’un gouvernement, il y a des choses qu’on n’a pas le droit de faire pour régler ses comptes avec des ministres qu’on n’aime pas », avait-il écrit.

« Vous voulez me faire partir et m’humilier ? N’utilisez pas des moyens déloyaux et illégaux. Je commence à en avoir assez de ces méthodes… Je ne suis pas venu au gouvernement pour vous servir de punching-ball », ajoutait-il. « Solidaire avec le chef de l’État », mais se décrivant comme un « opposant réformateur », il avait été limogé le lendemain. « C’est une girouette qui a perdu toute crédibilité », nous confiait alors une source à la présidence.

Interrogé par Jeune Afrique au sujet de la dernière polémique en date, Brice Laccruche Alihanga ne sait pas « s’il faut en rire ou en pleurer ». « Le même homme envoie régulièrement des messages pour obtenir une nomination. C’est un peu un maître chanteur », explique le directeur de cabinet du chef de l’État, qui précise n’avoir aucune intention de lui répondre.

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