Diplomatie

Rwanda : les relations avec Kampala restent polluées par les activités de dissidents rwandais, selon Paul Kagame

Le président ougandais Yoweri Museveni et le président rwandais Paul Kagame, à Kampala en 2012. ©

Alors que Paul Kagame a quitté la présidence de l'Union africaine et pris le relais de l'Ougandais Yoweri Museveni à la tête de l'EAC, les relations entre les deux pays restent tendues, notamment en raison des agissements présumés de dissidents rwandais en Afrique du Sud, selon le président rwandais, qui s'est confié au journal « The East African ».

Entre Kigali et Kampala, il y a bien longtemps que les relations ne sont plus au beau fixe. Ces derniers mois, les arrestations et expulsions de Rwandais accusés de travailler en Ouganda pour le compte de Kigali et les rumeurs de collaboration entre Kampala et des groupes rebelles rwandais ont contribué à détériorer les rapport entre les deux pays, et ce alors que Paul Kagame a succédé le 1er février à Yoweri Museveni à la tête de l’East African Community (EAC).

« Acheter le soutien de l’Ouganda »

Interrogé sur ses relations avec son homologue ougandais à l’occasion d’une interview accordée au journal The East African le 19 février, Paul Kagame a estimé que « certaines des choses que l’Ouganda semble croire [au sujet du Rwanda] proviennent de personnes vivant en Afrique du Sud. [Celles-ci] complotent de diverses manières contre nous et donnent des informations à l’Ouganda ». « Si l’Ouganda croit en certaines de ces choses, c’est parce qu’il en a fait le choix », ajoute le président rwandais, qui accuse les dissidents présents en Afrique du Sud de vouloir « acheter le soutien de l’Ouganda ».

Sans clairement les nommer, le président rwandais fait notamment allusion aux membres du Rwanda National Congress (RNC), un parti d’opposition en exil accusé par Kigali d’être partisan d’un renversement du pouvoir rwandais par la force. Son leader, l’ancien général rwandais Kayumba Nyamwasa, qui vit en exil en Afrique du Sud depuis 2010, est la bête noire du régime de Kigali.

Sous protection

Le RNC est notamment soupçonné par les autorités rwandaises d’être à l’origine des attaques à la grenade qui ont frappé la capitale rwandaise au début des années 2010. Condamné par contumace en 2011 par un tribunal militaire rwandais pour atteinte à la sûreté de l’État, Kayumba Nyamwasa a, depuis, été la cible de plusieurs tentatives d’assassinat en Afrique du Sud. Il vit sous protection des services sud-africains.

Son nom est revenu avec insistance ces derniers mois, puisque l’ancien général est mis en cause dans le récent rapport du groupe d’experts de l’ONU sur la RDC, qui documente les activités de groupes armés actifs dans l’est du Congo, qualifiés par d’ancien combattants de « groupe de Kayumba Nyamwasa ». Ces mouvements armés agiraient grâce à un réseau de recrutement organisé, notamment depuis le Burundi.

Il y a des gens qui cherchent à déstabiliser le Rwanda et qui opèrent depuis Kampala

Les allégations contenues dans ce rapport, qui n’ont pas été confirmées par l’Afrique du Sud ni par le Burundi, ont mené Kigali a réagir, mi-janvier, en émettant plusieurs mandats d’arrêt à l’encontre de Kayumba Nyamwasa et d’autres membres du RNC.

« Il y a surtout des gens qui cherchent à déstabiliser notre pays et qui opèrent depuis Kampala avec le soutien d’officiels ougandais », avait alors assuré à Jeune Afrique le ministre rwandais des Affaires étrangères, Richard Sezibera. De son côté, l’ancien général rwandais a systématiquement nié, notamment auprès de l’AFP, les accusations qui pèsent sur lui. « Nous essayons d’avoir de bonnes relations sur le continent mais nous ne collaborons pas avec les autorités ougandaises, c’est une diversion de Kigali », assure à JA Gervais Condo, le secrétaire général du RNC.


>>>  À LIRE – Richard Sezibera : « Le Rwanda n’a rien à voir avec les problèmes du Burundi » 


Collusion avec les FDLR ?

Mi-décembre, l’arrestation en RDC de deux cadres des FDLR dont leur porte-parole, La Forge Fils Bazeye, était venue ajouter à la controverse entre les deux voisins. Un haut responsable militaire congolais avait alors confié à Jeune Afrique que les deux hommes revenaient d’un rendez-vous à Kampala dont l’objectif était notamment “la coordination [de leur mouvement]”, expliquant que “ces cadres des FDLR [avaient] rencontré certaines personnalités hauts placées à Kampala”. Mais du côté ougandais, on nie toute collusion avec ce groupe armé. “Museveni voit d’un mauvais œil la coopération entre Kinshasa et Kigali notamment autour des FDLR arrêtés et extradés”, explique une source diplomatique rwandaise.

Relations en dents de scie

Frère d’armes au sein de la National Resistance Army (NRA), la rébellion ougandaise qui avait porté Yoweri Museveni au pouvoir en 1986, Paul Kagame et son homologue ougandais ont depuis entretenu des relations en dents de scie. Malgré ces nombreux points de tension, on répète à l’envi, de Kigali à Kampala, que le dialogue se poursuit et qu’une issue favorable à chaque partie peut toujours être trouvée.

Le 21 février, deux jours après l’interview donnée par Paul Kagame, la haute représentante de l’Ouganda au Rwanda, Oliver Wonekha, a été reçue pour la première fois par le nouveau ministre des Affaires étrangères du Rwanda, Richard Sezibera. La rencontre n’a duré qu’une petite vingtaine de minutes, l’occasion néanmoins pour les deux diplomates d’aborder le cas récent de Rwandais arrêté en Ouganda et d’établir de meilleurs canaux de communication à propos de ces détentions, critiquées à plusieurs reprises par Kigali. “C’est aussi dans l’intérêt du Rwanda que les choses se gèrent dans le calme. La dernière chose dont le pays a besoin, c’est d’un climat de guerre ouverte qui viendrait perturber la dynamique d’ouverture du pays au tourisme”, constate un diplomate ougandais.

La dernière visite de Paul Kagame en Ouganda remonte à mars 2018. Yoweri Museveni avait alors nié tout soutien aux groupes armés comme les FDLR et le RNC, sans pour autant convaincre Kigali. “Ces hauts responsables ne sont pas à Kampala incognito, ironise un officiel rwandais. Les deux présidents se connaissent par cœur, c’est pour cela que que chacun d’eux reste sur ses gardes ».

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