Politique

[Chronique] Burkina Faso : que lire dans les larmes du Premier ministre ?

Par

Damien Glez est dessinateur-éditorialiste franco-burkinabè

© Glez

C’est en larmes que le nouveau Premier ministre burkinabè Christophe Dabiré vient d’apparaître devant l’Assemblée nationale. Gage d’une humanité rassurante ou signe d’une émotivité inquiétante ?

Ouagadougou, 18 février 2019. Le frais émoulu mais septuagénaire chef de gouvernement se présente devant les 127 députés du Burkina Faso. À quelques secondes de la conclusion de la Déclaration de politique générale, au moment où est évoquée l’impérieuse unité nationale, la gorge de Christophe Dabiré se noue. Le Premier ministre s’interrompt, baisse la tête et tente à plusieurs reprises de reprendre le fil de son intervention. Sans succès. Il écrase une première larme.

Le responsable du protocole lui tend un mouchoir, des applaudissements fusent et l’orateur coi tente de noyer ses sanglots dans quelques gorgées d’eau. Du perchoir, Alassane Bala Sakandé finit par écourter la lecture d’un texte déjà distribué à l’auditoire. L’invité du Parlement reprendra ses esprits lors d’une séance de questions-réponses.

Un patriotisme sincère ?

D’abord médusés, les internautes commentent diversement la crue lacrymale… Pour les uns, l’émotion du Premier ministre est le signe d’un patriotisme sincère. Le président américain Barack Obama, incarnation de la « coolitude » politique, ne versa-t-il pas plusieurs fois, en public, des larmes largement considérées comme un atout politique ? De la marque de compassion au profil christique, il ne semble y avoir qu’un pas que franchit allègrement l’un des internautes burkinabè en citant la Bible : « Jean 11.35 : Jésus pleura et après cependant il ressuscita Lazare ».

Christophe Dabiré va-t-il ressusciter un Faso perclus d’insécurité ? Pour certains forumistes, c’est de la poigne et non de l’émotivité qu’il aurait fallu afficher, alors que des jihadistes endeuillent le nord et l’est du pays.

Bien sûr, en France, le jour de son investiture, Emmanuel Macron avait essuyé une larme sur la joue d’un Gérard Collomb nommé, quelques jours plus tard, ministre de l’Intérieur.

Chez moi, au village, quand un responsable pleure face à un problème, on lui cherche rapidement un remplaçant

Un motif de départ ?

Mais l’Afrique de l’Ouest n’est pas le berceau du romantisme. Pour un autre internaute, Christophe Dabiré a été nommé « pour travailler et non pour pleurer ». Il invoque même la tradition : « Chez moi, au village, quand un responsable pleure face à un problème, on lui cherche rapidement un remplaçant ».


>>> À LIRE – Burkina : Christophe Dabiré Premier ministre, les coulisses d’une nomination surprise


Loin d’envisager un retrait précoce, le chef de gouvernement précisera, par la suite, que ses sanglots étaient une garantie de son engagement : « Ces larmes raffermissent ma détermination et ma fermeté dans la conduite de l’action gouvernementale ».

Il aurait pu éteindre plus efficacement la polémique, en apprenant du président russe. Le 4 mars 2012, une goutte coulait sur la joue de Vladimir Poutine, après son élection à la présidence. Le héraut du virilisme slave déclarera que les larmes « étaient vraies, mais vraies à cause du vent ».

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