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Cet article est issu du dossier «Démission de Bouteflika : les six semaines qui ont ébranlé l'Algérie»

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Elections

Algérie : face à Bouteflika, pas de consensus de l’opposition pour une candidature commune

Abdallah Djaballah lisant le communiqué final adopté à l'issue d'une réunion de l'opposition, mercredi 20 février 2019 à Alger (à sa droite l'islamiste Abderrazak Makri, à sa gauche l'ex-chef du gouvernement Ali Benflis).

Abdallah Djaballah lisant le communiqué final adopté à l'issue d'une réunion de l'opposition, mercredi 20 février 2019 à Alger (à sa droite l'islamiste Abderrazak Makri, à sa gauche l'ex-chef du gouvernement Ali Benflis). © YouTube/africanews

18 leaders de partis et personnalités politiques ont participé, mercredi 20 février à Alger, à la rencontre de l’opposition initiée par Abdallah Djaballah (FJD). Au bout de plus de quatre de heures de débat, les protagonistes n’ont réussi à trancher ni sur l’option d'une candidature unique face à celle du président Bouteflika, ni sur celle d’un boycott collectif du scrutin. Coulisses.

S’ils n’ont pas réussi à adopter une feuille de route commune, les participants à ce sommet se sont entendus sur une chose : leur soutien aux rassemblements et manifestations observés ces derniers jours dans plusieurs régions du pays, et visant à dénoncer la candidature de l’actuel président de la République à un cinquième mandat. Ils ont mis également en garde contre le recours à la répression pour les contenir. « Nous avons été devancés, hélas !, par la mobilisation populaire contre la continuité de ce système », confie à Jeune Afrique un chef de parti, qui a quitté la salle quelques minutes avant la fin de la rencontre.


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Lakhdar Benkhalef, député et président du conseil consultatif du Front de la justice et le développement (FJD), a justifié ce maigre résultat par la réticence des personnalités présentes à prendre une décision sans consulter les structures de leurs partis respectifs. Il a annoncé la tenue, dans les prochains jours, d’autres conclaves similaires. « La décision finale par rapport à cette élection sera prise, dans tous les cas, avant la publication de la liste des candidats dont le dossier a été validé par le Conseil constitutionnel », précise-t-il. Soit avant le 3 mars prochain.

Un « bloc » fissuré

Difficile, donc, pour une opposition dont les positions divergent quant aux moyens de sortie de crise, de s’entendre sur une action concertée, à moins de deux mois du scrutin présidentiel. Pourtant, dès l’ouverture des travaux, Abdallah Djaballah a situé l’enjeu de cette rencontre. « Il faut accompagner la contestation populaire contre la candidature de Bouteflika, et faire bloc autour d’un seul candidat et un seul programme, en mettant les ambitions personnelles de coté, a-t-il énoncé. Nous refusons tous ici que Bouteflika continue à gouverner. Il est complètement absent. Sa candidature est en violation de la Constitution et de la loi électorale. »

L’initiative de Djaballah a été considérablement affaiblie par les défections du général Ali Ghediri et de trois formations politiques importantes

L’initiative d’Abdellah Djaballah a pourtant été considérablement affaiblie par les défections du général major à la retraite Ali Ghediri et de trois formations politiques importantes, à savoir le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD), le Front des forces socialistes (FFS) et le parti des travailleurs (PT). Ali Ghediri n’a pas voulu céder quant à sa candidature personnelle, tandis que le FFS et le RCD ont opté pour le boycott de l’élection, annonçant rejeter un processus de « désignation d’un président ». Quand au PT, il entérinera sa position le 1er mars, à l’occasion d’une réunion de son comité central – à titre personnel, sa secrétaire générale s’est déjà prononcée contre une participation à un scrutin « porteur de danger pour le pays ».

Les conditions « pas encore réunies »

Les partis et personnalités politiques ayant pris part à la rencontre de mercredi ne sont pas davantage convaincus par la pertinence d’une candidature unique de l’opposition pour neutraliser celle du président sortant Abdelaziz Bouteflika. « Mais tous sont d’avis que ce sommet présente une opportunité de concertation face à une situation explosive qui peut se solder à tout moment par une révolte populaire incontrôlable », rapporte un ex-ministre présent.

« Je suis venu par respect pour le cheikh Djaballah, mais les conditions politiques et psychologiques ne sont pas encore réunies pour un candidat unique », n’a cessé de répéter l’islamiste Abderrazak Makri, président et candidat du Mouvement pour la société et la paix (MSP) – qui a présenté le même jour son programme électoral. L’ex-chef du gouvernement Ali Benflis est, lui aussi, très sceptique quant à l’aboutissement d’une telle démarche . « Sa présence à ce sommet s’explique par sa conviction de ne jamais fermer la porte au dialogue », justifie toutefois un membre du bureau politique de son parti, Talaie El Hourriyet.


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À noter que parmi les 18 personnalités de premier plan présentes mercredi, il y avait également un représentant de l’Union démocratique et sociale, parti non agrée de Karim Tabou, le président de Fadjr El Djadid Tahar Benbaïbèche, un émissaire de l’Union des forces démocratiques – formation politique de l’ex-ministre de l’Agriculture Noureddine Bahbouh – , l’ex-diplomate Abdelaziz Rahabi, l’ancien ministre des Affaires étrangères Ahmed Taleb Ibrahimi, l’universitaire Areski Ferad ainsi que l’ancien député du RND Haïder Bendrihem.

Selon nos sources, les formations politiques participantes ont convenu de mobiliser leurs troupes pour les prochaines marches populaires anti-cinquième mandat, mais sans qu’aucun accord formel en ce sens ne soit mentionné dans le communiqué final.

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