Politique économique

Tunisie : la Banque centrale opte pour une hausse du taux directeur

Marouane El Abassi, nouveau gouverneur de la Banque centrale tunisienne, le 15 février 2018. © Hassene Dridi/AP/SIPA

Marouane Abassi, gouverneur de la Banque centrale de Tunisie (BCT), a de nouveau sorti, le 19 février, l'artillerie lourde dans sa lutte contre l'inflation en augmentant le taux directeur de 100 points de base, passant de 6,75 % à 7,75 %.

Ni l’arme – il s’agit de la 5e hausse de ce type depuis l’arrivée de Marouane Abassi à la tête de la BCT en février 2018 -, ni le calibre – en juin 2018, la hausse était également de 100 points de base – ne sont nouvelles, mais le ton a changé. La BCT a organisé, fait rarissime, une conférence de presse le lendemain de cette décision, en présence des dirigeants et des membres du conseil d’administration.

« Cette hausse est un signe fort. Pour la première fois, nous entrons dans une zone positive, c’est-à-dire que le taux est légèrement supérieur à celui de l’inflation qui se situait à 7,5 % fin 2018 puis 7,1 % en janvier », se félicite Marouane Abassi. Voilà pour l’unique bonne nouvelle énoncée ce 20 février.

Les responsables ont surtout insisté sur les défis macroéconomiques du pays. L’« aggravation sans précédent » du déficit de la balance des paiements depuis deux ans atteignant 11,2 % du PIB en 2018 a provoqué une dépréciation nette du dinar de 12,9 % vis-à-vis de l’euro et de 8,6% par rapport au dollars.

Vers une « légère détente » de l’inflation ?

La Banque centrale a également pointé du doigt la politique de hausse des salaire qui risque d’ « entretenir une spirale prix-salaires très préjudiciable à l’économie », notamment en augmentant la consommation de biens importés. Plus conjoncturellement, les garants des réserves bancaires du pays ont déploré le relèvement des taux d’imposition, dont la TVA ; la hausse des prix internationaux des produits de base et de l’énergie ainsi que la crise du bétail qui a induit une forte hausse du prix de la viande.

« Nous sommes dans une gestion de la rareté, pas de l’abondance », a résumé Marouane Abassi pour justifier la mesure. Sans cette augmentation du taux directeur et les précédentes, l’institution financière estime que l’inflation aurait pu atteindre aujourd’hui les deux chiffres et aurait encore plus affaibli les réserves en devises.

« La Banque centrale a réfléchi à des scénarios où ces réserves en devises baissaient jusqu’à représenter seulement cinquante-soixante jours d’importation [elles sont actuellement de quatre-vingt-cinq jours] », a expliqué Béchir Trabelsi, directeur général des finances extérieures à la Banque centrale de Tunisie. Les dirigeants se sont donc auto-congratulés de leurs réactions et tablent d’ailleurs sur une « légère détente » de l’inflation en 2019-2020. Une amélioration jugée cependant fragile car les indicateurs de l’inflation sous-jacente (hors produits dont les prix sont très volatiles comme l’énergie et la nourriture) demeurent « à des niveaux supérieurs à la moyenne historique (…) présageant de la persistance de tensions inflationnistes ».

L’UGTT et l’Utica dubitatifs

Malgré ces explications, la hausse du taux directeur n’a convaincu ni l’UGTT, principale centrale syndicale, ni l’Utica, le syndicat des patrons. « [Cette mesure] ne représente pas une solution aux problèmes de l’économie nationale, mais elle poursuit la politique consistant à fuir en avant au lieu de rechercher des solutions sérieuses », a estimé l’Utica dans un communiqué. Le syndicat des travailleurs craint que cette nouvelle hausse, comme les précédentes, ne touche négativement en priorité les classes moyennes et défavorisées. Une partie de la société civile dénonce également une solution uniquement monétaire appliquée pour complaire uniquement aux bailleurs internationaux comme le FMI.

À ces critiques, la BCT oppose son mandat qui est avant tout de veiller à la stabilité des prix, renvoyant à la responsabilité du gouvernement le choix de toute autre politique de relance économique. La note technique de la Banque centrale justifiant la décision s’achève d’ailleurs sur un constat qui dénote aussi bien sa détermination que son impuissance : « C’est que la meilleure contribution que puisse apporter une Banque centrale à l’économie, c’est de préserver une inflation faible et prévisible, permettant d’assurer une croissance saine et durable. »

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