Société

Côte d’Ivoire : l’incarcération de deux leaders syndicaux menace la trêve sociale

Le campus universitaire Félix-Houphouët-Boigny d'Abidjan, en 2016.

Le campus universitaire Félix-Houphouët-Boigny d'Abidjan, en 2016. © Jacques Torregano pour JA.

Deux responsables de la Coordination des enseignants-chercheurs (CNEC) ont été inculpés mardi pour « troubles à l'ordre public et politique, séquestration, injures » et placés en détention. Certains syndicats appellent à la fiun de la trêve sociale signée en août 2017 avec le gouvernement.

La grève à l’université Félix Houphouët-Boigny de Cocody qui dure depuis cinq semaines a pris une nouvelle tournure mardi, suite à l’inculpation de deux leaders syndicaux. Le professeur Johnson Zamina Kouassi et le Dr Joël Dadé, responsables de la Coordination des enseignants-chercheurs (CNEC), on tété interpelés lundi – à la préfecture de police du Plateau, à Abidjan, pour le premier ; sur le campus de Cocody, pour le second – et ont été placés en garde à vue durant vingt-quatre heures avant d’être déférés devant le parquet.

Ils ont été inculpés mardi pour « troubles à l’ordre public et politique, séquestration, injures », selon la Plateforme nationale des services publics de Côte d’Ivoire (PFN), confédération syndicale dirigée par Théodore Gnagna Zadi, dont Zamina Kouassi est vice-président.

« Fin de la trêve sociale »

Cette double inculpation « met fin à la trêve sociale », fulmine Gnagna Zadi, signataire de ladite trêve avec le gouvernement, en août 2017, à l’issue d’une des plus importantes grèves ayant paralysé l’administration publique depuis l’arrivée au pouvoir du président Alassane Ouattara. « Le bout de trêve que nous protégions vient d’être brûlé avec l’arrestation du vice-président de la Plateforme », insiste-t-il.

Sans lancer de mot d’ordre de grève précis, il a appelé les syndicats régionaux et locaux à « organiser, en concertation avec les autres syndicats, des assemblées générales en vue de dénoncer et protester par toutes les voies administratives et légales, contre les violations des libertés syndicales et des droits syndicaux ».


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Depuis le début des contestations dans l’éducation nationale et l’enseignement supérieur, le gouvernement n’a eu cesse d’en appeler au respect de la trêve sociale. « Il y va du parcours scolaire de nos frères, de nos sœurs, de nos enfants », a notamment plaidé Sidi Tiémoko Touré, porte-parole du gouvernement.

Un climat qui se tend

La grève à l’université de Cocody a été déclenchée il y a cinq semaines par Johnson Zamina Kouassi, présenté comme un dissident de la CNEC par les autorités. Elle a été déclenchée après les sanctions décidées à l’encontre de huit enseignants par un conseil de discipline, qui a suspendu pour une période de six à douze mois le versement de leur salaire et leur a interdit toute activité académique, « avec interdiction d’accès à l’université ».

Ils sont accusés d’avoir brutalement interrompu une réunion du conseil de gestion, présidée par le professeur Abou Karamoko, un proche du premier ministre Amadou Gon Coulibaly, qui est aussi cadre du parti présidentiel, le Rassemblement des républicains (RDR). Les enseignants mis en cause affirment pour leur part ne pas s’être livré à des actes de vandalismes, mais à une action visant à réclamer le payement d’arriérés d’heures complémentaires.

Le 4 février, en réponse aux décisions de l’administration de l’université, la CNEC a lancé une grève illimitée d’un an, équivalente à la durée de suspension de ses membres. Depuis lors, les cours sont suspendus et les positions se radicalisent de jour en jour. Quant au ministre de l’Enseignement supérieur, Albert Toikeusse Mabri, issu de l’Union pour la démocratie et la paix en Côte d’Ivoire (UDPCI), mais membre de la mouvance présidentielle du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP), il semble impuissant et attend un arbitrage du premier ministre. Tous les regards sont désormais tournés vers ce dernier.

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