Justice

Cameroun : ouverture du « procès kafkaïen » des militants du MRC

L'opposant Maurice Kamto, ici le 8 octobre 2018 à Yaoundé, avait été arrêté le lundi 28 janvier. Photo d'illustration. © REUTERS/Zohra Bensemra/File Photo

Trente des 150 militants du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC) de Maurice Kamto, arrêtés fin janvier, ont comparu le 18 février devant les juges du tribunal de première instance du Mfoundi, accusés notamment « d’incitation à l’insurrection ». Les audiences reprendront le 25 février prochain.

C’est sous une forte mobilisation sécuritaire que la trentaine de militants du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC), interpellés lors des manifestations pacifiques organisées le 26 janvier dernier, ont été entendus pour la première fois par les juges du tribunal de première instance de Yaoundé.


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Près de 150 militants du MRC avaient été interpellés à la suite de la « marche blanche » organisée par la formation politique, parmi lesquels le leader Maurice Kamto, ses alliés politiques, ainsi que les cadres de ce parti. L’État du Cameroun les accuse notamment de « rébellion en groupe », « hostilité contre la patrie », « trouble à l’ordre public » et « d’incitation à l’insurrection ».

C’est un procès kafkaïen qui se tient là, la justice camerounaise est sous les bottes d’un régime exécutif qui contrôle tout

Inquiétudes du MRC

Avant même le début de l’audience, les responsables du MRC ont présenté leurs inquiétudes quant à la neutralité du jugement. « C’est un procès kafkaïen qui se tient là, la justice camerounaise est sous les bottes d’un régime exécutif qui contrôle tout. Nous savons tout de même que la justice comporte en son sein des patriotes, donc nous espérons que la balance se penche du coté de la justice », a commenté le vice-président du MRC Mamadou Mota, interrogé par Jeune Afrique.

« Vous avez vous-même noté la forte présence de gendarmes et policiers, qui empêchaient presque l’entrée à des justiciables. Même lors des procès de Boko Haram on n’a jamais vu ça. C’est dire que ce n’est pas un procès ordinaire, cette audience a quelque chose de spécial », a renchéri Me Emmanuel Simh.


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Première victoire de la défense

Douze accusés au total se sont succédé à la barre du tribunal durant cette première audience qui s’est achevée à 19 heures. Les avocats de la défense ont obtenu une première victoire en réussissant à faire abaisser le nombre de procès-verbaux (PV) issus des enquêtes préliminaires et introduits par le procureur de la République. Face aux 43 PV présentés, la défense a ainsi soulevé un vice de procédure avant même l’ouverture des débats, provoquant une vive controverse avec les magistrats et le commissaire du gouvernement.

« Nous sommes arrivés à l’audience et le président du tribunal nous a dit qu’il y avait trois dossiers différents. Or ces dossiers avaient été joints lors d’un jugement « avant dire droit » prononcé vendredi dernier [le 15 février, ndlr]. Nous ne pouvions pas accepter ça. »

Après plusieurs heures d’échanges, la défense a obtenu le respect du jugement « avant dire droit » par lequel toutes les affaires devraient être jointes en un seul dossier. Ainsi, les procès-verbaux n’ayant aucun lien avec les manifestations du MRC ont été écartés, et seuls 30 d’entre eux ont finalement été retenus pour les débats.

Au moins cinq audiences nécessaires

Dans une ultime prise de parole, le président du tribunal a indiqué que moins de cinq audiences seront nécessaires pour boucler cette affaire. Une déclaration qui a reçu des approbations au sein de la défense, qui craignait notamment que le procès ne dure trop longtemps. « Nous sommes prêts et nous souhaitons que nos clients soient jugés rapidement. Nous aurions voulu que l’audience se poursuive, mais il en a été décidé autrement », explique l’un des avocats.

Les débats ont été suspendus et reportés au 25 février prochain, pour auditionner les autres accusés. Le reste des militants du MRC interpellés dans le cadre des marches blanches sont quant à eux toujours devant le juge d’instruction, où les auditions visant à déterminer des charges tangibles contre eux se poursuivent.

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