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Sidi Sosso Diarra

En première ligne dans la lutte contre la corruption, le vérificateur veille à la bonne gestion financière des organismes publics. Non sans difficultés.

Par - Elimane Fall
Mis à jour le 25 juin 2007 à 14:55

Sidi Sosso Diarra, le vérificateur général du Mali, aurait aimé ne pas avoir à le faire. À débusquer les petites combines et gros casses des corrompus et autres prévaricateurs de tout poil qui se servent dans la caisse de l’État au hasard de leurs besoins. À jouer au shérif de l’administration. Par tempérament, il en serait même soulagé. Mais le 25 juin, comme l’année dernière au mois de juin, il devra sacrifier au rituel et remettre au président Amadou Toumani Touré son rapport annuel, avec copie notamment au Premier ministre et au président de l’Assemblée nationale. Le document, presque trois fois plus volumineux que le précédent, recense sur une centaine pages les « vérifications financières et de performance ainsi que de qualité des services et organismes publics ».
Pas moins de vingt-sept d’entre eux ont droit à une visite d’investigation pointue de l’équipe de Diarra, treize vérificateurs entourés chacun de trois assistants. C’est sa brigade à lui, recrutée par ses soins et sortie de la grille salariale de la fonction publique. Nommé en août 2003 pour un seul et unique mandat de sept ans mais irrévocable, il n’a pu réunir tout ou partie de son personnel – une centaine de membres aujourd’hui – qu’en mars 2005 et a dû ferrailler ferme pour obtenir gain de cause, y compris en mettant en balance son propre poste. À l’arrivée, un éventail de salaires mensuels qui va de 628 000 F CFA à 2,4 millions de F CFA, le sien étant fixé par décret et publié dans le Journal officiel à 4 millions de F CFA (6 000 euros).

C’est plutôt cher payé au Mali comme ailleurs sur le continent, mais la lutte contre la corruption – dont ATT veut convoquer les états généraux dans les prochains mois – est peut-être à ce prix. Et le résultat n’est pas mince : les différentes missions effectuées dans une trentaine de services ont permis à l’État de retrouver rapidement la trace d’environ 19 milliards de F CFA, dont une partie aux Douanes et au Trésor public. Il lui sera, en revanche, plus difficile de récupérer les quelque 100 milliards de F CFA de manque à gagner, dont les près de 37 milliards qui n’ont pas été recouvrés par la Direction générale des impôts. À charge maintenant pour la justice d’entrer en scène. Pas pour Diarra.
Sa traque parsemée de pressions de tous ordres, dont les familiales ne sont pas les moindres, suffit largement à sa peine. Il ne faut pas compter sur lui pour en faire trop. Ce sexagénaire affable à la silhouette sahélienne né à Ouahigouya (Burkina) n’est pas de ceux qui cherchent à jouer les premiers rôles. Il ne se veut pas un redresseur de torts, tout au plus le caillou dans la chaussure des saigneurs de l’État. C’est en vain que l’on cherchera à démasquer un chasseur de criminels en col blanc derrière ses lunettes à fine monture. Pour lui, la vérification c’est le rêve qu’il caressait sur les bancs du lycée Thiers à Marseille, à l’École supérieure des sciences économiques et commerciales (Essec), à la fac de droit de la Sorbonne et au sein de l’Association des étudiants et stagiaires maliens en France (AESMF), dont il fut l’un des dirigeants.
Nourri dans sa jeunesse de slogans anti-impérialistes et antinéocolonialistes, il s’est réveillé un beau jour sevré d’agit-prop. Place à l’expertise comptable et au monde du travail : ministère français de l’Intérieur comme chargé d’études ; cabinets Arthur Anderson puis Ernst & Young, avant un petit détour par l’Algérie comme expert auditeur à Sonatrach. Et, en 1985, l’ouverture d’un cabinet d’expertise comptable, à Paris. Alassane Ouattara, alors gouverneur de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), l’en sortira, en 1990, au moment de la création de la Commission bancaire de la BCEAO.
Sidi Sosso Diarra restera huit ans à Abidjan avant de rejoindre le siège de la BCEAO à Dakar où il prendra, pendant cinq ans, la direction de la comptabilité et du budget et mettre sur pied le projet informatique de l’institution financière. Un vaste chantier qu’il a mené à terme. Il n’en est pas peu fier, car c’était un défi. Comme l’est aujourd’hui le Bureau de la vérification, dont la partition n’est pas simple à mettre en musique. Surtout quand on ne dispose que d’un budget de 3 milliards de F CFA. Mais des bailleurs de fonds comme le Canada commencent à apporter leur soutien (financier) à ce Bureau qui ne doit son existence qu’à l’opiniâtreté d’ATT.