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Autres liaisons fatales

Niger : Mahamane Ousmane-Hama Amadou
Vingt mois après la conférence nationale de juillet 1991, tout s’est très vite passé au lendemain de l’élection de Mahamane Ousmane à la tête du pays, en mars 1993. À la suite d’une brouille entre le chef de l’État et son Premier ministre Mahamadou Issoufou (opposition), le gouvernement est renversé par une motion de censure. L’ancien parti unique remporte les législatives anticipées de janvier 1995. En février, le chef de l’État, contraint et forcé, nomme Hama Amadou Premier ministre. Le Niger découvre alors la cohabitation, qui devient synonyme d’affrontement quotidien entre les deux hommes. Pendant plusieurs mois, le président boude le Conseil des ministres et bloque la nomination de préfets ainsi que de nouveaux directeurs d’entreprises nationales. Sur fond de guérilla touarègue et de profonde crise économique, la paralysie est totale, qui sert de prétexte aux militaires. Le 27 janvier 1996, le colonel Ibrahim Maïnassara Baré s’empare du pouvoir. La parenthèse ouverte par la conférence nationale est provisoirement refermée. Mahamane Ousmane et Hama Amadou font aujourd’hui équipe au pouvoir.

Algérie : Bouteflika-Benflis
Bouteflika-Benflis… C’était le ticket donné gagnant pour l’Algérie, l’alliance de deux générations issues de la lutte pour l’indépendance. Le premier préside, le second est son homme de confiance, celui a qui il peut déléguer les dossiers les plus sensibles, comme celui de la crise kabyle. Leur histoire remonte moins loin que celle d’Abdoulaye Wade et Idrissa Seck. Elle commence en 1998. Le candidat « Boutef », comme on l’appelle en Algérie, choisit Ali Benflis, magistrat de formation et ancien ministre de la Justice sous Chadli, comme directeur de campagne pour la présidentielle d’avril 1999. Une fois élu, il en fait son directeur de cabinet, poste hautement stratégique en Algérie. En avril 2000, Ahmed Benbitour démissionne de son poste de Premier ministre. Il ne supporte plus Bouteflika et la politique qu’il entend mener… Qui mieux que Benflis pour lui succéder ? Le chef de l’État a entière confiance en lui. Et rare sont les politiques algériens à pouvoir se targuer d’avoir l’oreille de « Boutef ». La carrière de Benflis est lancée, elle connaîtra une ascension météoritique jusqu’en 2003. Il est l’interlocuteur privilégié du président, son homme de confiance, son plus proche collaborateur. Boutef lui remet, en 2000, les clés du Front de libération nationale (FLN, ex-parti unique). Cela peut servir pour l’élection présidentielle de 2004. Car personne ne doute que Boutef rempilera. Pendant trois ans, Benflis transformera un parti en pleine déliquescence depuis les émeutes d’octobre 1988 en machine à gagner… les élections. Législatives ou locales, il écrase la concurrence, le FLN redevient la première formation politique du pays.
Avril 2003 : leur relation se dégrade, les deux hommes ne se parlent presque plus. Un mois auparavant, le VIIIe Congrès du FLN reconduit Benflis dans ses fonctions de secrétaire général, lui octroie des pouvoirs étendus et, surtout, s’abstient de soutenir Bouteflika pour la présidentielle. Coup de poignard dans le dos pour les partisans du chef de l’État, volonté de faire avancer la démocratie en Algérie pour ceux de Benflis, une chose est sûre : le Premier ministre a choisi de rouler pour lui-même et de se présenter contre son ex-mentor. Les dés sont jetés, Benflis ira au bout d’un combat qui ressemble pour beaucoup à un suicide politique. Il aurait pu choisir, quelles qu’aient été ses convictions, d’attendre dans l’ombre de Boutef. Plus jeune, il aurait été son successeur, en 2009. Il ne l’a pas voulu ainsi. Le 5 mai 2003, Bouteflika le limoge. Il lancera ensuite une opération de récupération du FLN, avec succès. Ceux qui le connaissent savent qu’il a été extrêmement touché par la « trahison » de Benflis. À tel point qu’il lui serait arrivé, bien des mois après le départ de ce dernier, de répondre à un de ses conseillers, qui lui demandait ce qu’il devait faire de tel dossier : « Vois cela avec Si Ali »… Un lapsus qui en dit long.

RD congo (ex-Zaïre) : Mobutu- Ngunz a Karl I Bond
Dignitaire du mobutisme, Ngunz a Karl I Bond fut sans doute l’une des rares personnalités zaïroises à avoir vraiment menacé le maréchal Mobutu. Non sans l’avoir assidûment servi. Dès le milieu des années 1970, ce fils du Shaba (Katanga) a multiplié les honneurs républicains tout en faisant l’objet de multiples mises en cause. La plus grave : celle publiquement proférée en 1977 par Mobutu, qui l’accuse de s’être rendu coupable d’intelligence avec l’ennemi lors de la guerre du Shaba. Condamné à mort par la Cour de sûreté de l’État, il est gracié en 1979 et nommé premier commissaire d’État en 1980. Mais démissionne très vite, se réfugie à Bruxelles, menace de renverser son ancien mentor, avant de se réconcilier avec lui. Successivement ambassadeur à Washington, ministre des Affaires étrangères puis membre du Comité central du parti unique, il devient finalement Premier ministre en novembre 1991.

Malaisie, France…
L’Afrique n’a évidemment pas le monopole de ces trahisons en famille. L’exemple du couple modèle formé par l’ex-président de Malaisie Mahathir Mohamad et son Premier ministre Anwar Ibrahim, dont le divorce se conclut par l’incarcération de ce dernier en 1998, est ainsi celui qui se rapproche le plus du cas Wade-Seck. Et puis il y a bien sûr les déchirements français, au cours desquels depuis vingt-cinq ans on trouve toujours le même personnage : Jacques Chirac. Giscard-Chirac ; Chirac-Balladur ; et bientôt Chirac-Sarkozy. Certes, aucun de ces petits meurtres filiaux ne s’est terminé par la prison, pas même une garde à vue. Ce n’est pas faute, pour certains, d’en avoir rêvé.

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