Diplomatie

Tunisie-France : frais de scolarité, coopération économique… quel bilan pour la visite de Chahed ?

Le chef du gouvernement tunisien Youssef Chahed (à g.) et son homologue français Édouard Philippe, jeudi 14 février à Paris.

Le chef du gouvernement tunisien Youssef Chahed (à g.) et son homologue français Édouard Philippe, jeudi 14 février à Paris. © Francois Mori/AP/SIPA

Le chef du gouvernement tunisien, Youssef Chahed, a achevé vendredi 15 février un déplacement officiel de trois jours dans la capitale française, au cours duquel il a notamment rencontré le président Emmanuel Macron et le Premier ministre Édouard Philippe. Retour sur cette importante visite avec le président du groupe d'amitié France-Tunisie au Sénat, Jean-Pierre Sueur.

Au cours de sa rencontre à l’Élysée avec le président français Emmanuel Macron, Youssef Chahed a principalement évoqué l’amélioration de la coopération tuniso-française, a-t-il confié à la presse à la sortie de l’entretien.

Le programme parisien du chef du gouvernement tunisien a été très chargé : du Parlement à l’Hôtel de Matignon en passant par l’Institut du monde arabe, il a multiplié les rencontres. Avec pour objectif d’assurer un réinvestissement de la France dans l’ensemble des secteurs.


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À l’issue de ce voyage, Jean-Pierre Sueur, président du groupe d’amitié France-Tunisie au Sénat, a confié à Jeune Afrique son sentiment.

Jeune Afrique : Que retenez-vous de la visite de Youssef Chahed à Paris ?

Jean-Pierre Sueur : Le chef du gouvernement tunisien est venu en France avec un nombre important de ministres. Six au total, dans des secteurs très importants allant de l’Intérieur au Tourisme, en passant par les Affaires étrangères et l’Industrie. Cela témoigne de sa volonté de voir les rapports entre la Tunisie et la France se développer intensément.

Pourquoi est-il important aujourd’hui pour la France de soutenir la Tunisie ?

En accueillant Youssef Chahed au Sénat ce vendredi matin, à l’occasion du forum économique franco-tunisien organisé par Business France, je lui ai dit que nous étions extrêmement solidaires avec la démarche démocratique en Tunisie. C’est le seul pays arabo-musulman qui s’est engagé durablement dans une transition politique, en adoptant une Constitution exemplaire, toute une série de réformes, ainsi qu’un Parlement avec lequel nous entretenons des rapports très suivis.

J’ai vécu avec une grande émotion la présentation par des femmes avocates et députées tunisiennes du projet de loi sur l’égalité successorale

J’ai par exemple vécu avec une grande émotion le dernier colloque franco-tunisien, lors duquel des femmes avocates et députées tunisiennes sont venus nous présenter le projet de loi sur l’égalité successorale. L’égalité va très probablement être consacrée sur ce sujet très sensible. Cependant, pour réellement aider la Tunisie, il faut parler très sérieusement du développement économique.

Sur le plan économique justement, quelles ont été les avancées obtenues lors de cette visite ?

Ce que j’ai aimé chez le chef du gouvernement tunisien, c’est le pragmatisme qui a émaillé son discours jeudi soir lors de sa rencontre avec le Medef [patronat français], mais aussi ce vendredi matin à l’occasion de son petit déjeuner avec la Confédération des petites et moyennes entreprises [CPME].

De manière générale, trop de promesses d’aide ont été annoncées et très peu ont été respectées. Alors ce sur quoi Youssef Chahed a choisi de se concentrer, c’est sur l’implantation des entreprises français en Tunisie. Pas seulement pour de la sous-traitance, mais aussi pour de grands projets industriels. 1 400 entreprises français sont présentes en Tunisie, et le président Macron a annoncé que les investissements français devaient doubler d’ici 2022. C’est un défi auquel souhaitent répondre l’Agence française de développement (AFD) et Business France, mais il faudra aussi stimuler la participation des entreprises elles-mêmes. C’est pourquoi Youssef Chahed a été très attentif à la rencontre avec les responsables de toutes les branches industrielles.


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De plus, lors du Forum de ce matin, il a par ailleurs été question des transports – ferroviaire, urbain mais aussi maritime, avec la construction de ports. Autant de secteurs dans lesquels il existe énormément d’opportunités pour les entreprises françaises.

La question de l’énergie a elle aussi été abordée lors de ce colloque. La Tunisie dispose de gisements très importants dans le solaire et l’éolien, et cela en fait un secteur d’intérêt pour les investisseurs français. Nous avons par ailleurs évoqué l’agriculture et l’agroalimentaire, où là aussi les perspectives sont nombreuses. Agnès Pannier-Runacher, secrétaire d’État auprès du ministre de l’Économie et des finances présente vendredi matin, a cité beaucoup de cas d’entreprises qui possèdent des projets en Tunisie.

Dans la délégation, René Trabelsi, le ministre du Tourisme, était présent. Quels sont les progrès enregistrés dans ce secteur ?

Le nombre de touristes français atteignait avant la révolution 1,4 million par an, mais il a beaucoup baissé à cause des attentats de 2015. Nous voyons cependant une nette amélioration, puisque ce chiffre est remonté à 800 000 pour l’année 2018. Pour qu’il augmente encore, mon groupe d’amitié a organisé un colloque dédié à cette question, en invitant les différents tour-opérateurs français pour les rassurer et leur faire savoir qu’il existe une coopération exemplaire entre la France et la Tunisie en matière de sécurité et de renseignement.

La Tunisie souhaite promouvoir un tourisme plus qualitatif et qui ne vend pas uniquement des séjours au bord de l’eau

Nous avons parlé avec René Trabelsi des grandes potentialités touristiques de la Tunisie, notamment à travers la promotion d’un nouveau modèle de tourisme respectueux de l’environnement, qui permettra de mieux mettre en valeur la culture et le patrimoine tunisiens. Il souhaite promouvoir un tourisme plus qualitatif et qui ne vend pas uniquement des séjours au bord de l’eau.

Une annonce a particulièrement été relayée en Tunisie, celle de l’exemption pour les étudiants tunisiens de l’augmentation des frais de scolarité à la rentrée prochaine dans les universités françaises – avant que le ministre rectifie en évoquant un accord « en négociation ». Qu’en est-il ?

La question des étudiants a été le sujet d’une réunion du groupe d’amitié France-Tunisie mardi au Sénat, en présence de l’ambassadeur de France en Tunisie Olivier Poivre d’Arvor, puis il a été évoqué le lendemain entre Youssef Chahed et le président du Sénat Gérard Larcher. L’ambassadeur a fait remarquer que dans l’ensemble du gouvernement tunisien actuel, 21 ministres ont suivi leurs études en France.


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Nous sommes extrêmement inquiets du projet du gouvernement français. Si cette réforme est maintenue, cela risque très fortement de se retourner contre la France. Tous les étudiants qui sont en France sont les meilleurs ambassadeurs de la francophonie et de la culture française. Nous allons écrire au président Emmanuel Macron et au Premier ministre Édouard Philippe pour leur dire qu’au vu des conséquences, il vaudrait mieux revenir sur cette décision, ou au moins décider d’un moratoire d’une année pour étudier la question.

Le chef du gouvernement tunisien a semblé entendre qu’on allait faire une exception pour les Tunisiens. Ce n’est pas le cas. Ce qu’il faut, c’est revenir sur cette décision qui est néfaste pour tout le monde. On va se battre là dessus. J’ai d’ailleurs conseillé à Youssef Chahed d’en parler au président français lors de leur rencontre vendredi matin, afin de le sensibiliser encore davantage. Mais il ne peut y avoir une exception tunisienne, car ce ne serait pas juste pour le reste de l’Afrique.

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