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Cet article est issu du dossier «Démission de Bouteflika : les six semaines qui ont ébranlé l'Algérie»

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Elections

Présidentielle en Algérie : Tayeb Belaïz, un fidèle d’Abdelaziz Bouteflika au cœur du dispositif

Tayeb Belaïz, à l'époque ministre de l'Intérieur, proclamant la victoire d'Abdelaziz Bouteflika à l'élection présidentielle de 2014. © YouTube/AFP

Le chef de l’État a nommé, dimanche 10 février, son conseiller spécial à la Présidence Tayeb Belaïz à la tête du Conseil constitutionnel, en remplacement de Mourad Medelci, décédé des suites d’une longue maladie. Un poste stratégique, à la veille de l’élection présidentielle.

On le décrit comme un haut responsable à la fois discret et influent. Allure soignée et adepte des costumes trois pièces de couleur sombre, Tayeb Belaïz était pressenti ces dernières semaines pour occuper diverses fonctions. « À un certain moment, on pensait même qu’il avait été choisi pour suppléer à la candidature de Bouteflika. Sa garde rapprochée a été changée d’une escorte de policiers à une escorte de la garde républicaine », témoigne un chef de parti de l’opposition.


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Cet ancien ministre de la Justice était cité aussi comme sénateur potentiel dans le tiers présidentiel – et au-delà, pressenti pour devenir futur président du Conseil de la nation. Mais c’est finalement le maintien d’Abelkader Bensalah qui a été décidé à la tête de la deuxième chambre du Parlement algérien.

Une carrière tumultueuse

Réputé très proche de la famille Bouteflika et du chef d’état-major de l’armée nationale, Ahmed Gaïd Salah, Tayeb Belaïz a déjà occupé le poste de président du Conseil constitutionnel en 2012, avant de devenir ministre de l’Intérieur et des collectivités locales (2013-2015). À la suite d’un problème coronarien traité à Paris, il est déchargé de sa fonction pour rejoindre la Présidence de la république.

Incarnant le commis d’État discipliné, ce natif de Maghnia (wilaya de Tlemcen), âgé de 70 ans, a débuté sa carrière dans le secteur de la justice. Il a exercé comme magistrat pendant une vingtaine d’années, avant d’être successivement président de la Cour de Sidi-Bel-Abbès, président de la Cour d’Oran puis conseiller à la Cour suprême. En 2002, il est propulsé ministre de l’Emploi et de la solidarité.

Il n’aime pas alimenter les polémiques, ni s’impliquer dans des règlements de comptes, assure l’un de ses proches

Une carrière sans réels tumultes, jusqu’a sa nomination un an plus tard au poste de ministre de la Justice. Tayeb Belaïz est alors accusé par un ex-juge d’instruction de Souk Ahras d’avoir couvert des actes de torture que ce dernier aurait subis. Entendu par l’ancien Inspecteur général Ahmed Badaoui pour des soupçons de faux, corruption et dissipation de certains documents d’un dossier judiciaire dont il avait la charge, ce magistrat aurait subi des mauvais traitements durant son interrogatoire – le poussant à saisir un tribunal algérien et le Comité de lutte contre la torture de l’ONU, basé à Genève.

Belaïz s’abstient de toute déclaration sur cette affaire. Il se refuse également de commenter lorsque l’ex-premier secrétaire du Front des forces socialistes (FFS), Karim Tabou, l’accuse d’avoir manipulé, en tant que président du Conseil Constitutionnel, les résultats des élections législatives de mai 2012. « Il n’aime pas alimenter les polémiques, ni s’impliquer dans des règlements de comptes », assure l’un de ses proches. « Il a pourtant joué un rôle important dans le limogeage l’an dernier d’Abdelghani Hamel [ex-patron de la DGSN, la police algérienne]. Les deux hommes ne se supportaient pas », réplique un cadre du ministère de l’Intérieur.

Un poste très exposé

Le conflit avec le premier policier d’Algérie s’est exacerbé à l’époque où Belaïz était ministre de l’Intérieur. Dans la prise de certaines décisions, Hamel s’adressait en effet directement à la Présidence de la république, sans passer par la tutelle. C’est ce qui lui a valu d’être rappelé à l’ordre à plusieurs reprises par Belaïz. Une médiation de la Présidence n’a pas pu mettre fin aux tensions entre les deux hommes, qui sont encore montées d’un cran en 2014 lors de la marche de centaines de policiers le long de l’autoroute menant de Bab Ezzouar à Alger-Centre. Hamel a accusé frontalement le ministre d’être derrière ce mouvement de protestation, premier du genre dans le corps de la police nationale, confie une source bien informée à Jeune Afrique.


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La récente nomination de Belaïz au poste de président du Conseil constitutionnel renforce sa position, en faisant de lui le troisième personnage de l’État – après le président de la République et le président du Sénat. Elle le met aussi au centre de l’élection présidentielle du 18 avril prochain, puisque c’est à son institution que revient la tâche de valider les dossiers de candidature puis les résultats du scrutin. D’après ses proches, l’intéressé aurait préféré rester à son poste moins exposé de ministre d’État conseiller spécial du président, en raison notamment de ses soucis de santé.

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