Diplomatie

Visite de Youssef Chahed à Paris : la France et la Tunisie face à des « défis communs »

Youssef Chahed, chef du gouvernement tunisien, et son homologue, le Premier ministre Édouard Philippe, à l'Hôtel de Matignon jeudi 14 février 2019. © Thomas Samson/AP/SIPA

Depuis mercredi, le chef du gouvernement tunisien est en visite de travail pour trois jours dans la capitale française. Alors qu'il est notamment apparu ce jeudi matin aux côtés d'Édouard Philippe à Matignon, retour sur les premiers temps fort de son déplacement.

Ce jeudi matin s’est tenu le Haut Conseil de coopération franco-tunisien, auquel étaient conviés les ministres tunisiens et leurs homologues français. La première rencontre de ce type s’était déroulée à Tunis le 5 octobre 2017.

« La France et la Tunisie sont unis par une longue amitié fondée sur une communauté de destin autour de la Méditerranée, a déclaré le Premier ministre français Édouard Philippe devant la presse, à l’issue de cette rencontre. Nos histoires communes nous montrent, et nos actualités communes nous montrent, comme il ne faut jamais prendre la démocratie comme acquise. (…) Nous partageons des défis communs. » Youssef Chahed a quant à lui affirmé qu’il souhaitait une coopération plus accrue, qu’il pense « possible », avec la France. Il a lui aussi évoqué ces mêmes défis, prenant l’exemple de la lutte contre le terrorisme.


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Une cérémonie de signatures a également eu lieu à Matignon. Les accords de coopération portent notamment sur la recherche scientifique et l’ouverture prochaine à Tunis d’une université franco-tunisienne pour l’Afrique et la Méditerranée, mais aussi sur un appui au développement d’un programme national autour de la santé. Les deux dirigeants ont notamment annoncé la mise en place prochaine d’un incubateur de start-up en Tunisie, inspirée du modèle de la célèbre Station F à Paris.

« Reprises sectorielles » et « avancées sociétales »

Le chef du gouvernement tunisien a entamé mercredi sa visite de travail de trois jours à Paris par une cérémonie d’honneur dans la cour des Invalides, à la suite de laquelle il s’est entretenu avec le président du Conseil constitutionnel, Laurent Fabius. Il a rencontré ensuite le président de l’Assemblée nationale française, Richard Ferrand, avant de se rendre à Villepinte (nord de Paris) pour le Salon international des textiles pour l’habillement. Il y a rencontré plusieurs exposants tunisiens, en présence du président de l’Utica (syndicat patronal), Samir Majoul.

Nous restons un exemple et un cas à part dans le monde, s’est enthousiasmé Youssef Chahed

Dans la soirée, le Premier ministre a organisé une rencontre avec la diaspora tunisienne à Paris. Youssef Chahed a tenu à se montrer rassurant. Devant les invités, il a parlé des difficultés, mais surtout de reprises sectorielles concernant notamment l’agriculture, le textile et le tourisme. Il a aussi évoqué des avancées sociétales telles que la loi sur les violences faites aux femmes. « Nous restons un exemple et un cas à part dans le monde », s’est-il enthousiasmé.

Il a toutefois admis la part de responsabilité du gouvernement dans le manque de communication autour de ces mesures et objectifs économiques : « C’est sans doute à cause des querelles politiques qui ont instauré une ambiance négative, je l’avoue. Mais nous sommes une démocratie naissante. C’est compréhensible. (…) Il est important aujourd’hui de redonner de l’espoir aux Tunisiens. »

« Des relations compliquées » avec la présidence

En marge de son déplacement, le chef du gouvernement a par ailleurs accordé un entretien au quotidien français Le Figaro, parue jeudi 14 février. Interview dans laquelle il avoue avoir eu des « relations compliquées » avec la présidence tunisienne. « Le président est un homme d’État. Je traite avec lui dans le respect de la Constitution. Les relations ont pu être compliquées par moments, mais ce fut au niveau des institutions et non pas des personnes », a déclaré Youssef Chahed.


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Également interrogé sur ses liens avec le parti islamiste Ennahdha, le chef du gouvernement nie être à l’origine de leur alliance. « Ce n’est pas moi qui ai amené Ennahdha au pouvoir. Je suis arrivé à la tête du gouvernement d’union nationale sous les auspices d’accords parrainés par le président de la République. Moi, je gère les affaires du pays », a-t-il répondu.

Enfin, le chef du gouvernement a commenté, à propos d’une éventuelle candidature aux élections qui doivent se tenir cette année : « Je n’y pense pas tous les jours en me rasant le matin », a-t-il lancé avec humour, parodiant l’ancien président français Nicolas Sarkozy – qui lui, avait avoué « y penser (à la magistrature suprême) tous les jours en se rasant »…

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