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Cet article est issu du dossier «Présidentielle au Nigeria : Buhari et Abubakar dans la dernière ligne droite»

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Sécurité

Présidentielle au Nigeria : les défis sans issue de la sécurité

Soldats nigérians, le 28 novembre 2018. © Jossy Ola/AP/SIPA

La sécurité est un thème majeur de la campagne pour la présidentielle du 16 février. Déterminante dans la victoire de Muhammadu Buhari en 2015, elle va dominer l’agenda du prochain mandat, notamment avec la montée des affrontements communautaires en sus avec la menace terroriste toujours prégnante de Boko Haram.

Il y a quatre ans, les Nigérians avaient massivement voté pour Muhammadu Buhari, ancien général ayant dirigé, d’une main de fer, un régime militaire dans les années 80. Lui-même avait formellement promis d’enrayer l’insurrection jihadiste de Boko Haram qui a fait plus de 20 000 morts et de 2,6 millions de déplacés depuis 2009.

« Buhari s’est essentiellement fait élire à la dernière présidentielle sur son passé de militaire, et donc sa capacité à enrayer les menaces sécuritaires. Mais cela n’a pas été le cas. Les Nigérians vivent toujours dans la peur des attaques dès la secte islamiste », affirme Adekpedjou Aderogba, politologue à l’université de Lagos.

Aujourd’hui, le groupe terroriste garde toujours sa capacité de nuisance. Tout au long de 2018, elle a multiplié, avec la même terreur, attaques et attentats-suicides dans plusieurs villes du nord-est. Notamment, l’enlèvement, fin février, de plus d’une centaine de jeunes filles dans un internat à Dapchi (État de Yobe) et le double attentat du 1er mai ayant fait près d’une centaine de victimes à Mubi ont secoué le pays.

Tensions séparatistes et conflits fonciers

Certes, en quatre ans, Boko Haram a cédé un peu de terrain face au gouvernement de Buhari, qui a réussi à chasser les islamistes de plusieurs localités qu’ils contrôlaient. Le retour en mars 2018, « sans aucune contrepartie », de 104 des écolières enlevées un mois plus tôt, reste une maigre consolation pour les Nigérians, malgré les assurances de l’administration Buhari après l’achat en 2018 d’armement américain pour 414 millions d’euros, dont un contrat pour des avions de surveillance et d’attaque, des Super Tucano.

Outre Boko Haram, le Nigeria est traversé par une série de conflits divers : les tensions séparatistes pro-Biafra contestant l’autorité d’Abuja persistent toujours dans le Sud-Est et le vieux différend foncier entre éleveurs nomades et agriculteurs sédentaires vire désormais à de fréquents affrontements meurtriers. En 2018, ces affrontements notamment dans les États de Benue, Taraba, Nasarawa, Plateau et Kogi,  ont entraîné la mort de plusieurs centaines de personnes.


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C’est un conflit qui ne date pas d’aujourd’hui. Il a toujours mis aux prises les agriculteurs et les éleveurs. Ces derniers sont accusés par les premiers de saccager leurs fermes. Si des batailles rangées ont eu lieu par le passé, elles ont pris, depuis quelques mois, une dimension identitaire entre les éleveurs majoritairement musulmans et les agriculteurs pour la plupart chrétiens.

Appel des évêques

Le mardi 24 avril 2018, il a été attribué à des éleveurs musulmans l’attaque ayant massacré deux prêtres et seize fidèles catholiques dans une église dans l’État de Benue (centre du pays). Dès le lendemain, en guise de représailles, une foule de chrétiens en colère lynchèrent onze musulmans dans la capitale de l’État de Benue.

Après le massacre du 24 avril 2018, les évêques des États de Benue et Nassarawa ont dénoncé, dans un communiqué, « un programme clair d’islamisation de la ceinture centrale nigériane » dont le but est de « frapper les chrétiens ». « Si le président ne peut pas protéger notre pays, alors il perd automatiquement la confiance des citoyens. Il ne doit plus continuer à présider sur les champs de tueries et le cimetière massif qu’est devenu notre pays», ont écrit les évêques, appelant Muhammadu Buhari à la démission – une première au Nigeria.

« Le président nigérian, d’origine peul, est souvent accusé de laxisme envers les éleveurs. Son gouvernement comptait sur l’entrée en vigueur en novembre 2017 d’une loi interdisant la transhumance et le pâturage libre pour faire baisser les tensions mais elle n’a visiblement fait qu’exacerber les violences », conclut M. Aderogba.

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