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Cet article est issu du dossier «Présidentielle au Sénégal : un « coup KO » réussi pour Macky Sall»

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Elections

Au Sénégal, l’Église forme des volontaires pour observer l’élection présidentielle

des électeurs sénégalais dans un bureau de vote,n lors de la présidentielle de 2012 (archives). © Rebecca Blackwell/AP/SIPA

Pour s’assurer que l’élection du futur président sénégalais se déroule dans de bonnes conditions, l’Eglise du Sénégal envoie des « observateurs » formés dans différents bureaux de vote. Au total, un millier de volontaires composés de membres de la commission « justice et paix » et des scouts du Sénégal se mobilisent.

Ce samedi 9 février au matin, à l’espace jeune de Guediawaye, un ville de la banlieue de Dakar, de nombreux jeunes arrivent au compte-goutte. Parmi eux, plusieurs scouts aux chemises vertes et bleues et aux foulards colorés. Une formation un peu particulière les attend aujourd’hui : devenir observateur de l’élection présidentielle.

« Ça veut dire quoi être observateur? ». La question est lancée par André Aziz à l’assemblée réunie dans une grande salle aux murs bleu ciel. En uniforme scout, le formateur à la bonne humeur communicative, a lui-même été formé le week-end précédent pour devenir « superviseur ».

« C’est le fait de vérifier que l’élection se passe bien, en observant ce qu’il se passe dans le bureau de vote », ose Fanny. « Exactement : c’est le fait de suivre et de se renseigner sur l’élection, sur le processus électoral afin de s’assurer qu’il se déroule en bonne conformité » , complète le formateur.

Lors de la formation délivrée par les scouts en vue de déployer des observateurs pour la présidentielle du 24 février 2019 au Sénégal. © Guillemette De Preval

Il peut y avoir de la fraude lors du vote. Je suis devenue observatrice car je veux plus de transparence

La jeune femme est poussée par le prêtre de sa paroisse dans cette démarche et a déjà endossé ce rôle lors de l’élection de 2012. « Un acte citoyen important », selon elle, dans un pays qui connaît peu de débordements à la suite d’élections et souvent perçu comme une référence de stabilité sur le continent africain.

Dans un pays très majoritairement musulman, qui a érigé pour principe le respect des différentes confessions religieuses, la mise en place de ces observateurs par l’Église catholique est aussi un moyen pour elle de prendre toute sa part dans le processus électoral.

Pour la grande majorité des personnes réunies, ce sera une grande première. Comme Joëlle, 28 ans. La jeune femme, qui votera aussi pour la première fois, a été convaincue de « s’impliquer dans les choses politiques » par son oncle : « Il peut y avoir de la fraude lors du vote. Je suis devenue observatrice car je veux plus de transparence. »

Droits et devoirs de l’observateur

Les scouts sénégalais, en formation pour devenir observateur lors du scrutin présidentiel de février 2019. © Guillemette De Preval

Il ne faut pas confondre l’observateur et le mandataire, qui lui, représente un parti politique. Vous vous devez d’être neutres

Déontologie, droits et devoirs de l’observateur… Durant cinq heures, tout est passé au crible. « Il ne faut pas confondre l’observateur et le mandataire, qui lui, représente un parti politique. Vous vous devez d’être neutres », alerte André Aziz. « Il faudra aussi faire attention aux délégations des partis qui peuvent continuer à faire campagne et intimider les électeurs… et aussi aux journalistes ! »

Le jour J, pour se distinguer, les observateurs porteront un badge d’identification. Chacun doit arriver une demi-heure avant l’ouverture du bureau de vote pour être présent lors de la mise en place du bureau. Mais attention, « pas question de se sentir le maître du bureau de vote ! », prévient le chef scout, sous les rires des apprentis observateurs, faisant mine d’être un petit chef. « Vous devez avoir un comportement exemplaire », insiste Agnès, superviseur pour la Commission justice et paix (CJP).

Rien n’est laissé au hasard : la procédure – en place depuis l’élection présidentielle de 2007 – suit un protocole strict. Les observateurs devront remplir quatre formulaires : le premier sur l’ouverture du scrutin, un deuxième sur le déroulement de la journée, un troisième sur la fermeture du scrutin et un dernier à remplir une fois que tout est terminé.

Pléthore de critères sont avancés : l’ambiance à l’intérieur et aux abords du bureau de vote, la gestion de la file d’attente ou encore le contrôle des cartes d’électeurs.

Les scouts, très impliqués dans le projet

« On a reçu beaucoup de candidatures pour ce projet, environ 2 000. On a dû faire une sélection, selon les profils des candidats »,, précise André Aziz. Les scouts du Sénégal sont très représentés dans le processus, « parce qu’ils sont implantés quasiment partout dans le pays et qu’ils sont censés promouvoir des valeurs civiques et d’engagement », explique Francis, futur observateur et très engagé dans ce mouvement de jeunesse.

La CJP n’est pas la seule à envoyer des observateurs sur le terrain. D’autres organisations de la société civile sénégalaise s’associent à l’action : l’association culturelle d’autopromotion éducative et sociale (Acapes), la plateforme des acteurs non étatiques associée à Enda-Diapol et le réseau sénégalais des observateurs citoyens (Resocit) qui réunit le collectif des organisations de la société civile pour les élections (Cosce) et l’institut Gorée.

Des observateurs extérieurs se mêlent aussi à cette mission, comme une délégation de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) ou encore de l’Union européenne.

Le premier tour a lieu dans deux semaines. Il n’y aura pas assez d’observateurs pour chaque bureau de vote, car « rien qu’à Dakar, il y a 2 229 bureaux ! », s’amuse André Aziz. « Mais même sans couvrir tout le territoire, on voit les fruits de ce projet. On sent le terrain, on parle aux gens, cela les sensibilise au vote », affirme Agnès, optimiste.

Cet article est issu des Carnets du Sénégal, un projet des étudiants en journalisme du Celsa – Paris Sorbonne. 

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