Dossier

Cet article est issu du dossier «Union africaine : les enjeux du 32e sommet des chefs d'État»

Voir tout le sommaire
Diplomatie

Sommet de l’UA – Béji Caïd Essebsi : « C’est la Tunisie qui a donné son nom à l’Afrique ! »

Béji Caïd Essebsi, le président tunisien, lors du 32e Sommet de l'UA à Addis-Abeba, le 10 février 2019. © Zacharias Abubeker Pour Jeune Afrique

Alors que l’Égypte prend la présidence de l’Union africaine, certains diplomates subsahariens s’interrogent sur la place des pays d’Afrique du Nord au sein du continent et de l’institution panafricaine. Des doutes sans fondement, pour le président tunisien Béji Caïd Essebsi.

« C’est la Tunisie qui a donné son nom à l’Afrique ! », martèle le président tunisien, lui qui a été ministre de l’Intérieur puis ministre de la Défense sous Habib Bourguiba, le père de la nation tunisienne. Une manière de répondre à ceux qui considèrent les pays d’Afrique du Nord comme des pays essentiellement arabes, indifférents aux destinées du continent.

Le doyen des présidents africains – 93 ans –, a reçu Jeune Afrique et RFI dans un bureau du siège de l’Union africaine, en marge du sommet des chefs d’État, à Addis Abeba. Il se souvient : « Le président Bourguiba était un des membres fondateurs de l’OUA avec l’ancien empereur éthiopien Haïle Selassié. Il n’y avait pas encore beaucoup de chefs d’État à cette époque. Il y avait le président sénégalais Sédar Senghor, le président Nkrumah, le président Nasser. Vous voyez que l’Égypte a été un membre fondateur aussi ! »

Sissi fait du très bon travail dans son pays. Pourquoi n’en ferait-il pas de même à l’UA ?

Au-delà des symboles, Béji Caïd Essebsi se montre confiant sur la présidence de son homologue égyptien, avec lequel les relations semblent cordiales, comme en témoigne leur complicité affichée lors du G20 Compact with Africa à Berlin, fin octobre.

« Je connais très bien le président Sissi, qui fait du très bon travail dans son pays. Pourquoi n’en ferait-il pas de même à la tête de l’Union africaine ? », insiste le président tunisien. Lequel salue la mission accomplie par Paul Kagame, le président sortant de l’UA, qui a œuvré à doter l’institution africaine d’un plus grand rôle politique et de moyens financiers accrus.

Intégration : « Nous sommes pour la politique des étapes »

Pour autant, certains petits pays éprouvent des difficultés à verser leur contribution à l’Union africaine. La taxe de à 0,2 % sur les importations mise en place par Paul Kagame, et destinée à réduire la part des bailleurs étrangers dans le budget de l’institution, ne fait pas l’unanimité. Elle n’a été adoptée que par 24 pays.

Faut-il faire une pause dans ce processus d’intégration ? « Non, pas du tout, l’intégration va continuer », coupe le locataire du palais de Carthage. « En Tunisie, nous sommes pour la politique des étapes », ajoute-t-il pourtant immédiatement, en contrepied de l’activisme du président rwandais.

« Il y a des pays qui ont des problèmes de financement, non seulement dans les instances internationales, mais aussi chez eux. Ce n’est pas une réserve sur l’intégration accrue ou le financement des projets de l’Union africaine », assure le président tunisien.

Jihadistes tunisiens : « Ce n’est pas une génération spontanée »

Béji Caïd Essebsi, lors d'une rencontre avec la presse en marge du 32e sommet de l'UA, le 10 février 2019 (image d'illustration). © Crédit : Zacharias Abubeker pour Jeune Afrique

La question sécuritaire tiendra une place de choix sous la présidence égyptienne, comme le confiait récemment à Jeune Afrique l’ambassadeur égyptien à Paris Ehab Badawy.

L’approche pour le moins musclée du Caire sur les problématiques terroristes est-elle une voie pertinente pour la Tunisie, et au-delà, pour la Libye et le Sahel ? « Nous n’avons pas de leçons à donner aux Égyptiens sur la manière de faire. Ils sont en train de traiter le terrorisme selon leur propre génie. »

Une façon de rejeter une politique sécuritaire commune au niveau régional ? « Nous avons aussi notre façon de voir, notre histoire, nos moyens », se contente de répondre Béji Caïd Essebsi.


>>> A LIRE – Union africaine : « L’action de l’Égypte sera tournée vers la sécurité et l’économie »


La Tunisie, qui a fourni à l’État islamique le plus gros contingent de combattants étrangers, est aujourd’hui confrontée à l’épineux problème du retour de ces jihadistes sur son sol. Comment répondre à ce défi ? « Vous savez, s’il y a des combattants tunisiens sur les lieux du terrorisme, c’est qu’il y a des structures qui ont encouragé cela. Ce n’est pas une génération spontanée », répond d’abord le président tunisien.

L’allusion à l’enquête des autorités tunisiennes sur le financement du recrutement de jihadistes tunisiens envoyés sur le théâtre syrien, qui vise plusieurs associations humanitaires islamiques, est à peine voilée. « S’il y a des Tunisiens qui ont participé à des actions terroristes et qui veulent rentrer en Tunisie, nous les acceptons, conformément à notre Constitution. Mais ils devront passer par la justice, et peut-être par les prisons aussi. Ce n’est pas négociable », conclut Béji Caïd Essebsi.


>>> A LIRE – Pourquoi la Tunisie est l’un des principaux pourvoyeurs mondiaux de jihadistes


Syrie : « Pas contre un consensus »

Alors que Bachar al-Assad est en train de reprendre la main sur la Syrie, plusieurs pays arabes, dont Bahreïn et les Émirats arabes unis, ont rétabli leurs relations avec Damas. Pour autant, la Syrie n’a pas formellement réintégré la Ligue arabe.

Lors de la récente visite de Sergueï Lavrov à Tunis, le ministre russe des Affaires étrangères a milité auprès de son homologue tunisien Khemaies Jhinaoui pour la normalisation des relations avec son protégé syrien. Une idée à laquelle n’est pas fermé le président tunisien, qui se montre toutefois prudent.

« Notre position d’hôtes du prochain sommet de la Ligue arabe nous incite à avoir une position équilibrée sur la question. S’il existe un consensus arabe, nous ne serons pas contre », a-t-il déclaré, avant de rappeler que la Tunisie n’a pas rompu diplomatiquement avec Damas, ayant maintenu un consul général dans la capitale syrienne.

La rencontre avec le président tunisien se conclut sur la question de sa candidature éventuelle à la prochaine présidentielle tunisienne, qui se tiendra en décembre 2019. Prudence toujours : « Ça, c’est l’affaire de Dieu ! Je n’en sais rien. Normalement, mon mandat se termine en décembre, j’ai le droit de me représenter d’après la Constitution. Vais-je user de ce droit ou pas ? On verra ! »

Lire les autres articles du dossier

«Union africaine : les enjeux du 32e sommet des chefs d'État»

Votre magazine JEUNE AFRIQUE

consultable sur smartphone, PC et tablette

Couverture

Profitez de tous nos contenus exclusifs en illimité !

Abonnez-vous à partir de 7,99€

Déjà abonné(e) ? Accédez au kiosque

Abonnez-vous à la version papier

Fermer

Je me connecte