Société

[Tribune] Michael Jackson figure du Black History Month 2019, un choix plus que pertinent

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Karfa Sira Diallo est un essayiste et consultant franco-sénégalais, fondateur-directeur de l'association Mémoires & Partages. Son dernier ouvrage : Dernier ouvrage : « Les légions de Senghor », Ed. Ex Aequo. Il est le coordinateur du Black History Month.

Le Black History Month 2019 de Bordeaux met à l'honneur la figure de Michael Jackson, dont 2019 marque les 10 ans de la disparition. © Black History Month

Pour sa seconde édition, le Black History Month, qui se déroule en février, a choisi une figure qui interroge : celle de Michael Jackson. Enfant de la ségrégation et des droits civiques, il reste l’Afro-descendant qui a le plus incarné les succès tout autant que les troubles de l’identité noire du XXe et du XXIe, explique Karfa Diallo, le coordinateur de l'événement.

C’est un choix éditorial qui surprend, intrigue et provoque diverses réactions qui témoignent d’interrogations sur le sens de l’identité.

Comment réhabiliter une histoire négligée et militer pour la reconnaissance politique par l’utilisation d’une figure aussi ambiguë que celle de Michael Jackson ? N’est-ce pas faire fi des multiples accusations et procès qui ont entouré la vie et la carrière de l’artiste ? Ne serait-ce pas dévitaliser un militantisme noir qui peine à convaincre ?

C’est l’avocat, franc-maçon et esclavagiste Médéric Louis Elie Moreau de Saint-Mery qui, au XVIIIe siècle, développe une classification raciale établissant 128 combinaisons possibles du métissage entre noir et blanc en 9 catégories : le sacatra, le griffe, le marabout, le mulâtre, le quarteron, le métis, le mamelouk, le quarteronné, le sang-mêlé.

Fondement essentiel de la domination coloniale, « la goutte de sang noir » continue de générer d’enviables statuts sociaux et politiques mais aussi des violences et exclusions en Afrique, en Europe et dans les Amériques.

Michael Jackson, un enfant de la ségrégation et des droits civiques

Par la position qu’il a occupée dans la culture mondiale, par l’influence qu’il eut sur les représentations, l’image de Michael Jackson lui a sans doute échappé du fait de sa singulière trajectoire. Sans méconnaître non plus rentrer dans les méandres des procès qui continuent à lui être intentés, on peut noter l’extrême complexité d’une vie au sommet de l’art et de la culture mondiale.

Michael Jackson est l’Afro-descendant qui a le plus incarné les succès tout autant que les troubles de l’identité noire du XXe et du XXIe

Enfant de la ségrégation et des droits civiques, Michael Jackson est l’Afro-descendant qui a le plus incarné les succès tout autant que les troubles de l’identité noire du XXe et du XXIe. Bien avant Michael Jordan, Oprah Winfray et même Barack Obama, Michael Jackson a fait traverser son image.


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À tort ou à raison, l’opinion publique lui a prêté l’intention d’échapper à sa race et à sa couleur par maintes transformations constatées au fur et à mesure de sa projection sur les feux de la rampe.

En s’exposant à ces critiques et interrogations, le choix a d’abord été celui de l’efficacité. L’œuvre de Michael Jackson est une de celles qui ont le plus transcendé les conditionnements raciaux, sociaux et culturels. Par les multiples arts qu’il a investis, Michael Jackson a fait de son talent le vecteur de causes qui dépassent sa personne et son œuvre.

Il est vrai, cependant, que sans jamais renier ses origines africaines et son appartenance à la communauté noire, Michael Jackson ne s’est jamais laissé enfermer par les nombreux déterminismes qui le constituaient : Noir, Américain et homme. La reconnaissance culturelle, sociale et politique de son influence ne cesse d’être documentée, à l’image de la grande exposition que lui consacre Le Grand Palais à Paris (23 novembre 2018 – 14 février 2019).

Le Black History Month, une tradition civique

Pourtant le Black History Month a suivi le chemin tout inverse. Si, dès 1926, l’intellectuel Afro-Américain Carter G. Woodson milite pour un Negro History Week, avec le soutien notamment de W.E.B Dubois, il faut attendre 1976 pour la reconnaissance politique de ce mouvement par le président Ford qui institue le mois de février comme Black History Month, en référence à la naissance de trois figures du combat pour l’égalité : Abraham Lincoln, Georges Washington et Frederick Douglass.


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Vaincre les stéréotypes rattachés aux Afro-descendants, réaffirmer la dignité de l’héritage des Noirs et gagner le respect des autres communautés américaines étaient, entre autres, les objectifs de cette célébration dont l’exportation à l’étranger n’est guère évidente.

Pourquoi donc la France aurait-elle besoin d’une telle tradition civique ? N’est-ce que mimétisme et triomphe du modèle américain que de reproduire un tel événement dans l’Hexagone ? Les difficultés parisiennes à convaincre les décideurs à s’engager dans une telle manifestation ne devraient-elles pas décourager les tentatives, notamment celles venant de province ? Pourquoi Bordeaux, porte d’entrée des Outre-mer, rétive à faire une place sérieuse à l’influence des peuples noirs dans son évolution, devrait-elle abriter un Black History Week ? Pourtant en 2018, ce sont des milliers de Bordelais qui se sont pressés au 1er Black History Month.

Bordeaux, l’épicentre de la renaissance d’une diaspora africaine consciente

L’édition 2019 s’annonce exceptionnelle et inédite avec de grands événements, de grands partenariats et une implantation progressive sur le territoire national. De nombreux partenaires, des associations, personnalités et artistes divers vont faire de Bordeaux l’épicentre de la renaissance d’une diaspora africaine consciente de sa responsabilité sociale, sans compromission, ni distorsion.

Parti de Bordeaux, dès le 2 février, l’évènement ira jusqu’à Paris en passant par Poitiers et Pau, pour revenir finir le 2 mars à Bassens, terre de débarquement des Afro-Américains pendant la Première Guerre mondiale.

Audace, humour et bienveillance pour apporter le souffle des artistes et militants qui ont les histoires et cultures afro-descendantes comme leitmotivs.

12 scènes, 12 lieux et thématiques pour interroger l’empreinte que le King of Pop Art, ses ancêtres et ses descendants vont laisser dans la culture mondiale

La Réinvention de soi – thématique de cette année -, enracinée dans les cultures afro-descendantes et ouvertes au monde, à travers 12 scènes, 12 lieux et thématiques pour interroger l’empreinte que le King of Pop Art, ses ancêtres et ses descendants vont laisser dans la culture mondiale.

Dans la diversité des récits et la pluralité nécessaire des voix, il s’agit de proposer un contre-récit culturel à la pensée dominante et de prendre la parole pour la redistribuer notamment à ceux à qui on a privé de liberté. Une relation au monde par une réelle détermination dans le combat pour l’égalité.

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