Défense

G5 Sahel : Alpha Barry promet « la pleine opérationnalisation » de la force conjointe en 2019

Alpha Barry, ministre burkinabè des Affaires étrangères, en 2017 à Ouagadougou.

Alpha Barry, ministre burkinabè des Affaires étrangères, en 2017 à Ouagadougou. © Sophie Garcia/jeune Afrique

Manques de moyens, retards dans la mise en place opérationnelle de la force conjointe, manques d’investissements dans le développement…. Alors que son pays vient de prendre la présidence tournante du G5 Sahel, à l’issue du sommet de Ouagadougou, le ministre burkinabè des Affaires étrangères réponds pour Jeune Afrique aux critiques adressées à l’initiative sahélienne.

Critiqué pour son manque d’efficacité, le G5 Sahel doit encore trouver les moyens d’endiguer l’insécurité permanente qui sévit aux frontières communes des pays qui le composent, le Mali, le Burkina Faso, la Mauritanie, le Tchad et le Niger. Outre la mise en place effective des dispositifs sécuritaires communs, aux premiers rangs desquels la force conjointe dont la phase « d’opérationnalisation » complète est sans cesse repoussée, l’initiative sahélienne doit aussi tenir ses engagements de développement, qui figurent dans la première phase de son programme d’investissement prioritaire, plébiscité par les bailleurs.

Alors que le Burkina vient de prendre la présidence du G5 Sahel, à l’issue d’un sommet qui s’est tenu mardi 5 février à Ouagadougou, le chef de la diplomatie burkinabè revient pour Jeune Afrique sur ces problématiques.

Proche des présidents nigérien et togolais, par ailleurs fondateur du groupe de médias Oméga, Alpha Barry s’évertue depuis trois ans à mobiliser les partenaires économiques pour atteindre les objectifs du G5 Sahel. S’il fait le constat du chemin qu’il reste à parcourir, et des efforts qu’il reste à accomplir, il s’affiche optimiste, et promet notamment que « 2019 sera l’année de pleine opérationnalisation de la force conjointe ».

Jeune Afrique : Ouagadougou a abrité, mardi, un sommet des chefs d’État consacré à la riposte à apporter à la dégradation de la situation sécuritaire dans le Sahel. Les conclusions de cette rencontre vous satisfont-elles ?

Alpha Barry : Oui. En premier lieu, la tenue effective de ce sommet – qui a réuni les cinq chef d’État [le tchadien Idriss Deby Itno, le nigérien Mahamadou Issoufou, le malien Ibrahim Boubacar Keita, le mauritanien Mohamed Ould Abdelaziz et le burkinabè Roch Marc Christian Kaboré, ndlr]. Ensuite, sur les conclusions, nous sommes satisfaits dans la mesure où le sommet a évoqué toutes les questions liées à la pleine opérationnalisation de la force conjointe, ainsi que les réponses à apporter sur les questions de développement. L’éducation, les conflits intercommunautaires et la situation sécuritaire difficile que traversent certains pays ont également été abordés.


>>> À LIRE – Mali – Kamissa Camara : « Financer la force conjointe du G5 Sahel, c’est sécuriser la région dans la durée »


Des soldats burkinabè lors d'un exercice organisé par l'armée américaine, en 2017 (illustration).

Des soldats burkinabè lors d'un exercice organisé par l'armée américaine, en 2017 (illustration). © DR / état-major des Forces armées burkinabè

La force conjointe, forte de 5 000 hommes, n’a pour l’instant effectué que des opérations ponctuelles

Le Burkina prend la présidence du G5 Sahel alors même que le pays est confronté à une recrudescence des attaques terroristes sur son territoire. N’est-ce pas là l’une des conséquences du retard pris dans la mise en place effective de la force conjointe ? Cette « opérationnalisation » figure-t-elle parmi vos priorités pour cette présidence ?

Le président Roch Marc Christian Kaboré prend effectivement les rênes du G5 Sahel au moment où les structures en place n’ont pas encore atteint leur vitesse de croisière, en termes de fonctionnement.

La force conjointe, forte de 5 000 hommes, n’a pour l’instant effectué que des opérations ponctuelles. L’un des défis sera justement de consolider rapidement cette force, pour qu’elle soit pleinement opérationnelle dans l’action permanente et les interventions.

Sur le plan économique, bien que  la réunion de coordination des partenaires qui s’est tenue début décembre à Nouakchott a permis d’avoir des annonces de contribution au-delà des deux milliards d’euros espérés, il faut maintenant accélérer la mise en œuvre des projets contenus dans le programme d’investissement prioritaire, d’un côté, et des projets de développement d’urgence, d’autre part.


>>> À LIRE – G5 Sahel : 2,4 milliards d’euros pour les zones frontalières en difficulté


Ce sont autant de défis qui attendent le Burkina au cours de l’exercice 2019, tout comme les questions de cohésion sociale, de renforcement des capacités du secrétariat permanent du G5 Sahel. De fait, le président Kaboré va mener une action diplomatique en vue de consolider les partenariats existants et rechercher de nouveaux alliés, notamment auprès du Conseil de sécurité des Nations Unies, pour plaider la cause du Sahel.

Comment les ressources annoncées seront-elles effectivement mobilisées pour financer les investissements annoncés, comme la construction d’un chemin de fer ou encore la création d’une compagnie aérienne ?

Un comité de suivi sera chargé de capter les financements annoncés, à la fois pour doper la force conjointe et pour déclencher la réalisation du programme de développement économique sous le leadership du président en exercice, le président Roch Marc Christian Kaboré, qui va aller vers les bailleurs pour qu’ils concrétisent leurs promesses de financement.


>>> À LIRE – G5 Sahel : le Mauritanien Hanana Ould Sidi, nouveau patron de la force conjointe antiterroriste


Un soldat burkinabè monte la garde à l’extérieur du Splendid Hotel qui a été attaqué à Ouagadougou, au Burkina Faso, le lundi 18 janvier 2016.

Un soldat burkinabè monte la garde à l’extérieur du Splendid Hotel qui a été attaqué à Ouagadougou, au Burkina Faso, le lundi 18 janvier 2016. (image d'illustration) © Sunday Alamba/AP/SIPA

On reproche au G5 Sahel son manquer d’efficacité, et à sa force conjointe son absence de résultats. Comprenez-vous ces critiques ?

Nous-mêmes, gouvernants, sommes parfois les premiers à nous plaindre des lenteurs constatées dans la mobilisation des ressources auprès des partenaires pour pouvoir aider la force conjointe à se déployer. Avec ou sans le G5 Sahel, chaque État – et c’est le cas du Burkina – est obligé de se défendre.

Mais au-delà de la critique, il faut reconnaître que les avancées sont notables. En quelques années, nous avons réussi à mettre en place un dispositif institutionnel, qui marche plus ou moins bien. C’est le cas par exemple de l’état-major, doté d’un concept d’opération commune. Le G5 Sahel a réussi la prouesse de faire collaborer des armées qui, jadis, se regardaient en chiens de faïence.

En peu de temps, le G5 Sahel a acquis une notoriété et est parvenu à s’imposer comme un interlocuteur privilégié. Même les pays qui ne veulent pas contribuer directement, comme les États-Unis ou la Chine, aident le G5 sahel de façon bilatérale, en fournissant du matériel aux armées des pays membres. Je puis dès lors vous affirmer que 2019 sera l’année de pleine opérationnalisation de la force conjointe.


>>> À LIRE – [Tribune] Le G5 Sahel démontrera-t-il sa capacité à concilier sécurité et développement humain ?


Le Burkina Faso est aujourd’hui présenté comme le ventre mou de la lutte anti-terroriste, un « maillon faible » dans le Sahel. Que répondez-vous à ces allégations ?

De tous les pays du G5 Sahel, le Burkina est celui qui n’avait jamais connu de terrorisme. C’est pourquoi on peut penser qu’il fait aujourd’hui face à des difficultés.

Pour moi, cette nouvelle donne nécessite un temps d’adaptation des services de renseignement, de l’administration territoriale et même de l’institution judiciaire. Il faut également un temps d’aguerrissement des forces de défense et de sécurité. Je pense qu’il y a une montée en puissance de nos forces, qui apprennent à enrayer cette menace.

Qui se cache, selon vous, derrière ces attaques qui ciblent le Burkina ?

Nous pensons que c’est un mélange de terroristes avec un fond de jihadisme et de banditisme. Nous savons aussi que des groupes terroristes, comme l’État islamique dans le Grand Sahara (GSIM), acculés par les pays voisins, essaient de trouver une zone de repli au nord et surtout à l’est du Burkina. Cela dit, nos forces de défense sont montées en puissance, et actuellement engagées sur le terrain pour éradiquer cette menace.

Votre magazine JEUNE AFRIQUE

consultable sur smartphone, PC et tablette

Couverture

Profitez de tous nos contenus exclusifs en illimité !

Abonnez-vous à partir de 7,99€

Déjà abonné(e) ? Accédez au kiosque

Abonnez-vous à la version papier

Fermer

Je me connecte