Sécurité

Tchad : pilonnée par l’aviation française, l’UFR affirme continuer à progresser vers N’Djamena

Des soldats tchadiens à Damasak le 18 mars 2015

Des soldats tchadiens à Damasak le 18 mars 2015 © Jerome Delay/AP/SIPA

Frappés à plusieurs reprises depuis le 3 février par l’aviation française, les rebelles tchadiens de l’Union des forces de la résistance (UFR) affirment continuer leur progression à l’intérieur du pays, en direction de la capitale N’Djamena.

Ils s’y attendaient. Depuis dimanche 3 février, les rebelles de l’UFR sont sous le feu de l’aviation française de l’opération Barkhane. « On s’attendait à ce scénario, mais pas avec autant d’intensité », confie Mahamat Doki Warou, conseiller politique de Timan Erdimi, chef de l’UFR, neveu et ancien chef de cabinet du président Idriss Déby Itno. Celui-ci affirme à Jeune Afrique que, le 6 février, le groupe a encore perdu huit combattants dans les bombardements, ainsi que quatre véhicules, à Bao-Billiat, dans la région d’Amdjarass (à la frontière entre Tchad et Soudan), village d’origine d’Idriss Déby Itno.

La veille, l’UFR affirmait avoir enregistré quatre blessés, dont deux ont succombé, et deux véhicules détruits. Surtout, les rebelles affirment poursuivre leur avancée vers la capitale, N’Djamena.

« Vous employez le mot « rebelle » : je ne comprends pas ce que cela veut dire. Je sais que ce sont des mercenaires et des terroristes qui sont en Libye. Des terroristes qui cherchent à déstabiliser notre pays. La France nous a aidé à neutraliser cette colonne », a quant à lui rétorqué à RFI le général Daoud Yaya Brahim, ministre tchadien de la Défense.

Une « cinquième colonne » à N’Djamena ?

Mais combien sont-ils ? L’armée française a déclaré que ses frappes du 4 février visait une colonne d’une quarantaine de véhicules, qu’elle affirme avoir détruite, ce que nie l’UFR. Le groupe rebelle affirme en effet n’avoir subi que des pertes relativement faibles et disposer de troupes bien plus nombreuses. Il préfère toutefois ne pas donner d’indications précises, « par mesure de sécurité ».

Selon les conseillers d’Erdimi, que Jeune Afrique a rencontré, les troupes de l’UFR seraient divisés en quatre colonnes, selon un plan élaboré depuis trois mois, alors que les combattants étaient encore stationnés en Libye.

Entrés depuis un mois sur le sol tchadien, les rebelles d’Erdimi étaient, selon eux, stationnés dans le Nord-Est du pays. « Le gouvernement tchadien savait où nous étions, mais il ne pouvait pas nous déloger car nous étions stationnés au milieu de populations qui nous soutiennent », explique Mahamat Doki Warou. « Nos hommes se dirigent vers N’Djamena, où nous attend une cinquième colonne », assure encore le cadre de l’UFR.

Paris « au rendez-vous »

L’UFR affirme avoir le soutien d’une partie de la population Zaghawa, par ailleurs omniprésente au sein de l’armée tchadienne. Elle espère provoquer des défections au sein de cette ethnie – celle du président Idriss Déby Itno et de son neveu Timan Erdimi, originaire de l’Ennedi (où les combats ont actuellement lieu).

Mais la riposte s’est d’ores et déjà organisée. Depuis le 2 février, l’armée tchadienne a commencé à se déployer le long de la frontière avec le Soudan pour faire face à la nouvelle offensive de l’UFR. Quant à la France, elle a assuré les autorités tchadiennes qu’elle serait « au rendez-vous » afin « d’éviter une déstabilisation du pays » qu’elle considère comme un « partenaire incontournable », a assuré à Jeune Afrique une source diplomatique française.

Interrogé sur les « accusations d’ingérence française dans les affaires internes du Tchad », ce jeudi, le porte-parole du gouvernement français a déclaré que « la France est intervenue à la demande des autorités tchadiennes pour contrer l’incursion d’éléments armés venant de Libye » et que le Premier ministre français, Édouard Philippe, « en a informé le Parlement hier, en application de l’article 35 de la Constitution ».

« Nous avons suffisamment de matériel pour nous défendre », réplique Mahamat Doki Warou. L’UFR, qui compte dans ses rangs beaucoup de vétérans des rébellions tchadiennes de la précédente décennie, a notamment profité du chaos dans le sud de la Libye, où les autorités ont longtemps toléré leur présence. « Nous avons récupéré beaucoup de matériel en Libye, même si nous ne le destinons pas aux troupes françaises », conclut, menaçant, le conseiller de Timan Erdimi.

Jeudi, lors du conseil des ministres, le président tchadien a pour sa part livré un état des lieux complètement différent de la réalité du terrain de celui avancé par les rebelles. « La colonne de mercenaires qui a tenté de faire excursion au Tchad est complètement détruite », a assuré le chef de l’État, qui a par ailleurs affirmé « qu’aucune perte en vie humaine et matérielle [n’a été] enregistrée du côté gouvernemental ».

« De la pure propagande », selon l’un des conseillers de l’UFR.

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