Sécurité

Cameroun : le « lockdown » contesté vire à l’affrontement en zone anglophone

Des policiers camerounais à Yaoundé, en 2005 (photo d'illustration).

Des policiers camerounais à Yaoundé, en 2005 (photo d'illustration). © Rebecca Blackwell/AP/SIPA

Les milices séparatistes ont affronté les soldats de l’armée camerounaise au cours de combats qui se sont déroulés dans les régions anglophones les 5 et 6 février. Objectif visé, imposer dix jours de villes mortes afin de boycotter la célébration de la fête nationale de la jeunesse qui se tiendra le 11 février prochain.

On les croyait affaiblis après des pertes en hommes successives enregistrées au cours de ces dernières semaines. Mais défiant les mesures prises par les autorités administratives, les milices armées du mouvement sécessionniste anglophone viennent une nouvelle fois de montrer leur capacité de nuisance, en imposant depuis le mardi 5 février des journées « villes mortes » dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest.

Selon un habitant du quartier Bonduma à Buea joint par l’AFP, des tirs ont été entendus ce mercredi matin, dès 5h00 (04h00 GMT). « Je peux voir une grosse fumée noire de ma fenêtre », a-t-il déclaré. « Une cinquantaine d’Amba Boys [séparatistes anglophones armés, ndlr] sont arrivés ce matin dans mon quartier, ils ont tiré en l’air » pendant plus de deux heures « et ont brûlé trois voitures, les militaires sont arrivés ensuite et ont fait fuir les Amba Boys », a-t-il ajouté. Selon une autre source, le corps d’un soldat décapité a été retrouvé non loin du siège du General Certificate of Education Board (GCE Board), au quartier Sandpit.


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Reprise des affrontements

Mardi déjà, des tirs nourris avaient été entendus dans les villes de Muyuka et Buea, où les populations étaient restées cloîtrées chez elles à la demande des sécessionnistes et par crainte de représailles. « Il y a des coups de feu partout. Personne ne peut mettre un pied dehors », rapportait alors à Jeune Afrique un responsable d’un établissement scolaire vivant à Mutengene. « Mes élèves sont à Tiko. Je ne sais pas ce qui se passe là-bas. Il n’y a pas moyen de sortir », soulignait-il, inquiet.

Scénario similaire à Kumba, où une coupure d’électricité a favorisé l’arrêt total des activités dans une ville en partie vidée de sa population. À Bamenda, un bilan non officiel évoque la mort de deux individus non identifiés dans des affrontements qui se sont produits à Ntaruru, dans la périphérie de la ville.

Des « ghost towns » aux « lockdown »

Le mardi était pourtant jusqu’alors un jour ouvrable en zone anglophone, contrairement aux lundi, réservés aux fameux « ghost towns » – ces protestations pacifiques initiées par les leaders anglophones il y a deux ans. Il y a quelques semaines cependant, les activistes sécessionnistes ont annoncé 10 jours consécutifs de villes mortes. Elles ont commencé le 5 février et devraient se poursuivre jusqu’au 14.

Ceux-ci espèrent ainsi empêcher la célébration de la fête de la jeunesse du 11 février. Une date qui rappelle aux populations anglophones le référendum de 1961, au cours duquel l’ancien Southern Cameroons avait choisi de rejoindre la République du Cameroun.


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Alertés, les autorités administratives avaient pourtant adopté des mesures pour contrer cette initiative. Le 30 janvier dernier, le gouverneur de la région du Sud-Ouest, Bernard Okalia Bilai, avait annoncé que les salaires des fonctionnaires qui respecteront les « ghost towns » seront suspendus. « Il y a des fonctionnaires qui considèrent désormais le lundi comme un jour férié à cause de la ville fantôme », avait-t-il notamment dénoncé au cours d’un meeting, avant d’annoncer le déploiement d’une commission d’inspection chargée de contrôler la présence effective des agents de l’État.

Le maire de Buea avait quant à lui imposé aux transporteurs de garder leurs véhicules dans les locaux de la mairie, afin de s’assurer que tout le monde reprendrait le service. Mais ces mesures sont restées sans effet, et les courageux qui sont sortis le mardi ont dû retourner à leur domicile lorsque les affrontements ont commencé, notamment à Mile 14, non loin de la gare des transporteurs.

Un « lockdown » contesté

Dans la communauté anglophone pourtant, la décision d’observer dix jours de villes mortes avait été contestée par certains leaders. « Comment les avocats se rendront-ils au tribunal pour défendre Sisiku Ayuk Tabe [le président intérimaire de la République d’Ambazonie, ndlr] lorsque vous décrétez un « lockdown » ? Cette décision ne sert pas les intérêts de notre peuple », avait commenté l’avocat Felix Agbor Balla sur son compte Facebook.


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Pour Tapang Ivo Tanku, le porte-parole des forces de défense de l’Ambazonie, cette mesure ne ferait que punir les masses, les exposant à des atrocités des deux côtés. Il a été suivi dans ce sens par Boh Herbert du Mouvement pour le rétablissement de l’indépendance du sud du Cameroun (MoRisc), qui décrit les « lockdown » comme une tentative de projeter encore plus de misère sur les populations qui souffrent déjà de la crise.

Avec ces nouveaux affrontements, la situation humanitaire en zone anglophone pourrait s’aggraver. Selon les estimations du Programme des Nations unies pour le développement (Pnud), 299 millions de dollars seront nécessaires en 2019 pour assister les victimes de ce conflit, qui dure depuis plus de deux ans. 437 000 personnes ont été déplacées par le conflit dans les régions anglophones et plus de 32 000 autres ont fui au Nigeria voisin.

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