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Diplomatie

Union africaine : « L’action de l’Égypte sera tournée vers la sécurité et l’économie »

Le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi, en décembre 2017.

Le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi, en décembre 2017. © Alexander Zemlianichenko/AP/SIPA

Alors que son pays s’apprête à prendre la présidence de l’Union africaine, dimanche à Addis-Abeba, l’ambassadeur d’Égypte à Paris livre quelques pistes sur l’action égyptienne pour le continent. L’occasion, aussi, de revenir sur la récente visite d’Emmanuel Macron au Caire.

Diplômé de l’université du Maryland (États-Unis), Ehab Badawy débute en 1991 sa carrière au sein du ministère des Affaires étrangères égyptien. Avant de prendre ses fonctions d’ambassadeur à Paris en 2014, il a été chargé des affaires africaines et de la francophonie auprès de la même ambassade. Il a également, entre 2013 et 2014, été le porte-parole du président égyptien.


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Jeune Afrique : L’Égypte va prendre la présidence de l’Union africaine. On la qualifie pourtant souvent de pays arabe ou méditerranéen…

Ehab Badawy : Souvenez-vous que Hérodote disait de l’Égypte qu’elle est « un don du Nil » ! Nous sommes dépendants du fleuve, qui nous ancre sur le continent et nous lie à l’Afrique. Certes, l’Égypte a une composante méditerranéenne, arabe, islamique, copte, etc. Mais nous sommes Africains. Nous sommes d’ailleurs très fiers d’accueillir la CAN 2019, qui témoigne de notre attachement au continent. Nous invitons tous nos amis africains à venir assister à la compétition chez nous.

Quelle vision pour le continent le Caire défendra-t-il ?

Dans les années 1960 et 1970, la politique africaine de l’Égypte a surtout consisté à encourager le mouvement des indépendances sur le continent. L’action égyptienne en Afrique s’organisera cette fois selon deux volets : sécuritaire et économique. Nous voulons notamment renforcer les mécanismes régionaux de prévention et de gestion des conflits, réformer le Conseil de paix et de sécurité, améliorer la transparence des institutions. De manière générale, notre action visera à privilégier la diplomatie préventive et à soutenir les médiations dans les conflits que connaît le continent.

Au niveau économique, nous allons appuyer les avancées sur la zone de libre-échange, afin de favoriser l’intégration économique du continent

Au niveau économique, nous allons appuyer les avancées sur la zone de libre-échange, afin de favoriser l’intégration économique du continent, grâce entre autres à la promotion du commerce intra-régional, au développement des infrastructures et à l’harmonisation des systèmes agricoles et piscicoles à travers l’Afrique. Le tout dans la perspective de développer la sécurité alimentaire dans le cadre de l’agenda 2063.

On imagine que le dossier libyen tiendra une place de choix dans la politique continentale de l’Égypte. Va-t-elle pousser pour une plus grande implication de l’Union africaine dans ce dossier ?

Une chose est sûre : la crise libyenne est l’une des plus menaçante pour la stabilité de la région. Nous pouvons accompagner les Libyens dans le processus politique, et nous le ferons dans le cadre de l’UA, mais notre ligne a toujours été de permettre aux Libyens de résoudre eux-mêmes leurs problèmes.

L'ambassadeur d'Égypte à Paris, Ehab Badawy.

L'ambassadeur d'Égypte à Paris, Ehab Badawy. © DR

Quels ont été les principaux enseignements de la visite, du 27 au 29 janvier, du président Macron en Égypte ?

La visite a permis de consolider le partenariat stratégique entre nos deux pays, sur la base de nos intérêts mutuels. Elle a permis de confirmer une vision commune dans le combat contre le terrorisme, le dossier libyen, le processus de paix en Palestine, la crise yéménite et même la Syrie.


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Elle a également eu pour objet de renforcer le partenariat économique. La France, via ses entreprises Total, Saint-Gobain, ou encore Sanofi, est pourvoyeuse de près de 40 000 emplois directs en Égypte, et contribue à 350 000 emplois indirects. L’engagement économique de la France en Égypte est divers et multiple, comparé à d’autres puissances qui investissent dans notre pays. Au niveau des la formation de nos cadres, l’académie de la jeunesse égyptienne fonctionnera selon le modèle de l’ENA française.

Sur un plan plus politique, la France est un pays qui connaît parfaitement la région et qui dispose d’une vision qui lui est propre. Le discours à l’ONU de l’ancien ministre des Affaires étrangères, Dominique de Villepin, est encore une référence pour de nombreux Égyptiens.

2019 voit aussi le lancement de l’année culturelle France-Égypte. Quelle en est la signification ?

Les Égyptiens n’oublient pas que la France a contribué à la connaissance de leur propre histoire et de leur propre patrimoine. La présentation du trésor de Toutankhamon à Paris, fin mars, sera l’apogée de cette année culturelle. En 1967, « Toutankhamon et son temps », au Petit Palais, avait battu tous les records de fréquentation. J’ai bon espoir que « Toutankhamon 2 » dépasse cette performance !

Le président Macron a survolé, à la demande du président Sissi, la nouvelle capitale administrative. Qu’attend l’Égypte de la France dans ce projet ?

C’est un symbole fort de la résilience égyptienne, après des années post-Printemps arabe qui ont été très difficiles pour nous. 13 nouvelles villes doivent ainsi sortir de terre, qui répondront au besoin de logements des Égyptiens. Les droits de l’homme, c’est aussi le droit de se nourrir, de travailler et de se loger.

Les droits de l’homme, c’est aussi le droit de se nourrir, de travailler et de se loger

Le président Sissi a pris des mesures courageuses pour relancer l’économie du pays, dont la réduction des subventions sur l’essence, qui doivent être recalculées pour réellement bénéficier aux plus démunis. Il y a aussi le projet pharaonique du Grand musée égyptien, le plus grand musée archéologique au monde, qui sera inauguré vraisemblablement en 2020. Cette nouvelle capitale administrative est le symbole de la relance égyptienne.

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