Electricité

Maroc : le développeur de barrages Platinum Power au cœur d’un conflit entre ses actionnaires

Image d'illustration d'un projet hydroélectrique de Sarine Engineering, co-entreprise de Platinum Power et de Groupe E. © DR

Alors que le conflit entre les deux actionnaires principaux du groupe fait rage, l'énergéticien Platinum Power connaît de sérieux problèmes financiers et ses projets sont à l'arrêt. Retour sur une affaire qui secoue les cercles économiques marocains.

Le développeur de barrages Platinum Power continuera finalement d’exister. Le 5 février, ses actionnaires se réunissaient dans le cadre d’une assemblée générale extraordinaire, afin de statuer sur la situation de l’entreprise. Ceux-ci ont finalement décidé la continuation de l’activité, malgré la consommation des trois quarts du capital. Cette décision a été prise en l’absence de l’actionnaire américain Michael Toporek, patron du fonds d’investissement Brookstone Partners.

Le PDG de Platinum Power, Omar Belmamoun, était cependant appelé à se présenter devant le tribunal de commerce de Casablanca. L’entreprise fait l’objet d’une procédure d’alerte initiée par un commissaire aux comptes, jugeant que la continuité de l’exploitation risquait d’être compromise. Depuis plusieurs semaines, les conflits internes ont été étalés sur la place publique, révélant notamment les difficultés financières de l’entreprise et le non-paiement des salaires.


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Le conflit, qui remonte à janvier 2018, oppose d’un côté Omar Belmamoun, PDG et actionnaire à hauteur de 41,76 % de Platinum Power, et de l’autre Michael Toporek, fondateur et dirigeant du fonds d’investissements américain Brookstone Partners, qui détient 43,67 % de la même société.

Des actionnaires impatients

Depuis sa création par les deux hommes en 2013 – réunissant autour de la table Mohamed Bouzoubâa (4,64 %) à travers son groupe de construction TGCC, Brahim El Jai (2,70 %) via le fonds AfricInvest, et Sandro Benenati (4,58 %) de MCM Consultancy – , la société, dirigée par Omar Belmamoun, n’a généré aucun dirham de bénéfice, n’a livré aucun projet, et ses fonds propres ont été consommés progressivement. Si le groupe a tissé son réseau et obtenu des contrats au Maroc, au Cameroun et également en Côte d’Ivoire pour le développement de barrages hydroélectriques, les études de faisabilité, la recherche des bailleurs de fonds et de partenaires prennent beaucoup de temps.

Les projets hydroélectriques sont par définition complexes et requièrent des études préalables exhaustives, explique Omar Belmamoun

« Les projets hydroélectriques sont par définition complexes et requièrent des études préalables exhaustives. Il s’agit concrètement d’études d’impact environnemental et social qui impliquent la gestion du déplacement de populations, explique à Jeune Afrique Omar Belmamoun, dans l’une de ses rares déclarations. Ces projets doivent répondre à un processus de consultation publique, ainsi qu’à une évaluation de l’indemnisation des populations déplacées. Tout ceci représente plusieurs années de travail. »

Les actionnaires se sont impatientés et ont commencé à protester en interne, critiquant la gestion opaque d’Omar Belmamoun. En juin 2018, l’entreprise n’a pas pu payer ses salariés. Mohammed Bouzoubâa a alors prêté 2,8 millions de dirhams (260 000 euros) à l’entreprise afin de financer quatre mois de salaires, avant de démissionner du conseil d’administration.

À la recherche de « centaines de millions de dollars »

Brahim El Jai, avant de quitter lui aussi le tour de table, avait lancé un audit qui a révélé plusieurs irrégularités. De son côté, Omar Belmamoun rejette ces accusations en bloc. Le PDG préfère parler des agrégats financiers, et des projets sur lesquels travaille l’entreprise. « Platinum Power présente aujourd’hui une absence totale d’endettement bancaire. Nous avons des actifs d’une valeur stratégique dans les trois pays dans lesquels nous opérons, à savoir le Maroc, la Côte d’Ivoire et le Cameroun », avance-t-il.

Le passif de la société s’est, au fur et à mesure, alourdi en conséquence des emprunts contractés auprès de ses actionnaires. Brookstone Partners a avancé un total de 65 millions de dirhams, en plus des 2,8 millions de Mohammed Bouzoubâa pour payer les salaires.


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Pour le moment, Platinum Power et ses projets se retrouvent dans l’impasse. L’entreprise a consommé plus des trois quarts de son capital et a besoin d’une recapitalisation. Une donne que Michael Toporek accepte, se disant prêt à faire un geste, mais si et seulement si Omar Belmamoun est révoqué comme PDG. « La principale crainte de Belmamoun n’est pas la faillite de la société, mais qu’elle réussisse sans que cela soit de son fait. Il prend en otage la société, les salariés, les fournisseurs et les projets sans se soucier de leurs sorts », estiment les avocats de Michael Toporek.

Pour Omar Belmamoun, le besoin est supérieur à ce que peut proposer Brookstone Partners. « Platinum Power présente des besoins en financement qui se chiffrent à plusieurs centaines de millions de dollars. L’entreprise a donc besoin de s’ouvrir à des partenaires stratégiques qui présentent une surface financière plus large. C’est sur ce point que les divergences s’expriment aujourd’hui, tout simplement », nous explique Belmamoun.

Les deux associés déjà en conflit

Omar Belmamoun et Michael Toporek sont déjà passés par les tribunaux pour un conflit à propos d’une autre entreprise. Les deux associés avaient scellé une première union, en fondant en 2011 le fonds d’investissement Brookstone Partners Morocco, qui a fait long feu. L’activité private equity au Maroc n’a jamais réellement décollé, les obligeant à se diversifier. En janvier 2018, l’homme d’affaires américain avait émis des soupçons sur son partenaire, en découvrant que la trésorerie de la société s’amoindrissait année après année, alors que l’activité est à l’arrêt.

Face à l’entêtement d’Omar Belmamoun et son refus de justifier ces dépenses, Michael Toporek avait enclenché une procédure judiciaire

Face à l’entêtement d’Omar Belmamoun et son refus de justifier ces dépenses, Michael Toporek a enclenché une procédure judiciaire. Le tribunal a ordonné à l’associé marocain de fournir les éléments qui pourraient expliquer la situation de la trésorerie. Selon les avocats de Toporek, Belmamoun n’a rien fourni depuis octobre dernier, date du jugement. « Je n’ai jamais refusé de justifier les dépenses de l’entreprise. J’ai également mis à disposition tous les documents requis », se défend Omar Belmamoun, qui dit avoir en sa possession tous les dossiers attestant ses dires.

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