Musique

Cameroun : le hip-hop kamer gêné par le cas Valsero, arrêté samedi aux côtés de Maurice Kamto

Valsero, rappeur Camerounais. © AIMAY MÉNOBA POUR J.A.

Si les rappeurs camerounais demandent tous la libération immédiate de leur confrère arrêté le 26 janvier lors d'une manifestation de l'opposition, ils regrettent son engagement aux côtés du leader du MRC Maurice Kamto.

Personne, dans le milieu du hip-hop, n’a vraiment été surpris par l’interpellation. Déjà en 2008, dans sa « Lettre au Président », Général Valsero clamait clairement son opposition à Paul Biya. Depuis, le chanteur et animateur radio n’avait jamais baissé la garde. En septembre, il prenait néanmoins un virage partisan, annonçant, à la tête du mouvement de jeunes « Les enfants de la révolution », apporter son soutien « physique, matériel, psychologique » au candidat à l’élection présidentielle Maurice Kamto.

« Quelque part, son titre « Zombie », qui vient de sortir, était encore plus radical que la « Lettre au Président », analyse pour Jeune Afrique Izmo le rapologue. Dans son clip, les zombies [dont l’un d’eux porte un t-shirt « Votez Biya »] étaient les victimes du système, qui les aveugle et les manipule. »


>>> À LIRE – Cameroun : indignation de l’opposition après l’arrestation de Maurice Kamto


Harangueur de foules, homme influent, notamment auprès de la jeunesse, le rappeur a été arrêté aux côtés de 216 autres manifestants, samedi 26 janvier lors d’une marche de protestation du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC). Aussitôt la nouvelle connue, le milieu musical s’est ému de l’arrestation. L’animateur de RFI Claudy Siar, l’artiste zouglou ivoirien Soum Bill, parmi beaucoup d’autres, ont demandé sa libération immédiate.

Les grands anciens du hip-hop kamer ont aussi pris la défense de leur frère d’arme… dans des messages plus nuancés. Krotal, par exemple, écrivait sur sa page Facebook : « Bien qu’ayant très souvent des approches et des points de vue différents sur la méthode, nous partageons une passion, un parcours, une histoire commune… Libérez VALSERO, CLPP !!! » [CLPP : Comité de libération des prisonniers politiques].

Divergences d’opinion

Joint par Jeune Afrique, Krotal rappelle son « estime et son amitié » pour le musicien, « un petit frère » qu’il connaît depuis 25 ans, et à qui il a permis d’enregistrer pour la première fois en studio, lorsqu’il était encore dans le collectif K’ROZ’N. « Si on peut le libérer, qu’on le libère », répète-t-il… avant de regretter l’engagement partisan de Valsero. « Nous tous, dans le milieu hip-hop, sommes proches des mouvements citoyens africains, mais on ne peut cautionner un rapprochement avec ce parti. Ce n’est pas comme ça qu’on va régler les problèmes du Cameroun. »

Le rappeur ne cache pas son antipathie pour le MRC. Il dénonce aussi du côté des anti-Biya le saccage récent des ambassades européennes et les exactions de la « brigade anti-sardinards » contre certains artistes se produisant en Europe (Coco Argentée, Lady Ponce, Ben Decca…).

Il faut s’engager, écrire des textes de combat, mais on ne s’aligne pas derrière un camp

Izmo le rapologue est sur la même ligne. « Valsero est un frère. On a partagé beaucoup de choses depuis quinze ans que l’on se connaît. Il faut s’engager, écrire des textes de combat, mais on ne s’aligne pas derrière un camp », estime le rappeur, qui pense que Valsero a pu se faire acheter ou manipuler par le MRC. « Nous en avons souvent discuté avec lui, on s’est beaucoup disputé, mais on le soutient. On ne veut évidemment pas qu’il parte en taule ou qu’il lui arrive du mal ! »

Eboo, co-fondateur du crew Ak Sang Grave et précurseur du rap kamer, regrette quant à lui que Valsero « s’appuie sur son influence pour envoyer des jeunes dans la rue, avec tous les risques que cela comporte en ce moment. » Quand on s’étonne de la prudence du rappeur, celui-ci rétorque : « On sait que le régime n’est pas parfait, mais tout casser n’est pas la solution. Le régime est vieillissant, les vieux vont finir par partir d’eux-mêmes. »

Malgré leurs divergences avec Valsero, les rappeurs sont décidés à se mobiliser pour sa libération. Président du Syndicat national des acteurs de musiques urbaines du Cameroun, Krotal envisage d’organiser un concert de soutien. « Et pourquoi pas sensibiliser en même temps les gens sur les dérives politiques. »

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