Transport aérien

Premier vol sur la ligne Dakar-Paris : Air Sénégal est-il prêt ?

Air Sénégal © Ministère des transports aériens du Sénégal (via Twitter)

Alors que le premier vol commercial à destination de Paris est prévu pour le 1er février, l'Airbus commandé par Air Sénégal n'a pas encore été officiellement livré. C'est donc avec un appareil de location que commenceront les rotations.

Comme cela se murmurait déjà depuis plusieurs jours au sein des équipes d’Airbus et du motoriste Rolls Royce, le premier Airbus A330 neo d’Air Sénégal baptisé « Casamance » effectuera ce jeudi 31 janvier, dans l’après-midi, une première rotation « surprise » à Dakar pour être présenté au président-candidat Macky Sall, qui prononcera un discours et visitera la cabine. Puis l’appareil reprendra les airs dans la soirée. Direction Toulouse.

Faute de pouvoir assurer le premier vol Dakar-Paris du nouveau pavillon sénégalais le 1er février, l’appareil, fraîchement sorti d’usine, devra suivre une série de vols-tests et d’épreuves de certifications avant d’être livré officiellement et d’entrer en exploitation dans quelques semaines.

Pas de retard donc pour le moment d’un point de vue contractuel, puisque quand un avionneur s’engage à livrer un appareil, c’est sous trente jours, cela peut donc être au début comme à la fin du mois. Mais il a fallu faire vite. Airbus a dû accélérer le processus de fabrication sur ses chaînes pour rendre la commande d’Air Sénégal prioritaire, devant celle d’Air Mauritius, alors que le pavillon national doit reprendre le 1er février l’exploitation des droits de trafic sénégalais, dont Corsair avait la charge depuis la fin de Sénégal Airlines. Le surcroît de commandes met de plus en plus la pression sur les motoristes qui doivent accélérer la cadence.

Tarifs compétitifs

C’est donc un Airbus A340 de réserve, loué à la société portugaise HiFly et affrété ces derniers mois par Corsair, Air New Zealand et Norwegian, qui assurera les premiers vols long-courrier de la compagnie.

Sur cette route, Air Sénégal fera face à Air France qui, contrairement aux rumeurs de ces dernières semaines, ne pourra pas déployer d’A380 sur la ligne. En effet, les tapis à bagage sous-dimensionnés de l’aéroport dakarois ne permettent pas pour le moment de décharger les bagages d’un aussi gros porteur. Commercialement, la compagnie sénégalaise se positionne avec des tarifs compétitifs, juste en dessous des prix proposés jusque-là par Corsair et donc d’Air France, souvent élevés.

Le lancement de la desserte ne s’est pas fait sans accroc. Jusqu’à ces dernières semaines, Corsair espérait un report du Dakar-Paris d’Air Sénégal pour rester sur cette ligne qui figurait parmi ses plus rentables, et des plus stratégiques pour une compagnie en vente. Quant à la Royal Air Maroc, dont le Casablanca-Dakar est la route la plus fréquentée (avec notamment des passagers en provenance de la France), et qui a plusieurs fois tapé à la porte pour devenir actionnaire d’Air Sénégal, elle regarde avec attention l’émergence du nouvel acteur, lancé à la vitesse d’une start-up.

75 % du chiffre d’affaires escompté via le Dakar-Paris en 2020

Car après avoir ouvert depuis mai dernier huit lignes domestiques et régionales (Ziguinchor, Conakry, Praïa, Bamako, Cotonou, Abidjan, Banjul, Bissau) et accueilli quatre appareils (2 ATR et 2 A319), Air Sénégal franchi un nouveau pallier avec ce long courrier.

Comme nous le confie Jérôme Maillet, directeur de la stratégie et des investissements de la compagnie, « cette route est essentielle pour le business model d’Air Sénégal puisqu’elle générera à elle seule près de 5 millions d’euros de chiffres d’affaires dès le mois de mars ». Le numéro deux de la compagnie table sur 100 millions d’euros de chiffres d’affaires en 2019 et 300 millions en 2020, dont les trois-quarts en provenance du long-courrier. Une stratégie à rebours d’Air Côte d’Ivoire, Asky ou encore Air Burkina, restés cantonnés aux marchés domestique et régional.

La direction d’Air Sénégal préfère frapper un grand coup en engageant tout de suite des investissements importants, plutôt que d’accumuler les pertes sur le régional, où le trafic reste encore faible, aux alentours de 300 000 passagers par an, l’équivalent d’un Paris-Nice. « Une compagnie qui ne dispose que d’une demi-douzaine d’avions est encore plus exposée à la concurrence, il lui faut croître très vite », expliquait Jérôme Maillet à JA en décembre 2017.

Deuxième route intercontinentale

La compagnie dirigée par Philippe Bohn, ancien « Monsieur Afrique » d’Airbus, recevra un deuxième A330 neo en fin d’année, ce qui lui permettra d’ouvrir une deuxième route intercontinentale. Mais pour l’équipe dirigeante de la compagnie, pas de précipitation : il faudra au minimum être assuré d’avoir 25 000 nouveaux passagers pour pouvoir ouvrir une nouvelle desserte intercontinentale. Londres, New York, Dubaï ou encore Sao Paulo sont regardés.


>>> À LIRE : Transport aérien : le rêve américain des compagnies africaines


Des objectifs audacieux qui s’accordent avec les ambitions du Sénégal d’attirer de plus en plus d’investisseurs, stimulés par la découverte d’hydrocarbures et le dynamisme économique qui devrait en découler. C’est sur cette vague qu’entend surfer Air Sénégal tout en en étant le porte-drapeau.

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