Industrie

À Djibouti, Eiffage se lance dans le dessalement pour conquérir de nouveaux marchés

Chantier de l’usine de dessalement Eiffage-Tedagua, à Djibouti. © Nelly Fualdes

Pour sa première usine, à Djibouti, le géant français du BTP s’est associé à l’espagnol Tedagua, leader européen dans le domaine. Mais Eiffage a désormais dans le viseur d'autres marchés en Afrique, que le groupe pourrait cette fois rafler en solo. Il est notamment question d'une usine de dessalement à Dakar.

À Doraleh, dans la banlieue nord de Djibouti, quelque 200 ouvriers, employés par la société yéméno-djiboutienne Hawk et la djiboutienne Awad, les principales sous-traitantes, s’activent sur le chantier de la future usine de dessalement. Prévue pour être livrée en septembre 2020, l’usine traitera dans un premier temps 22 500 m3 d’eau par jour mais est conçue pour pouvoir doubler à terme ses capacités, ce qui lui permettrait de répondre à 60 % des besoins de la capitale djiboutienne, qui dépend actuellement à 98 % de l’Éthiopie.

L’appel d’offres pour ce projet à 63 millions d’euros, qui constitue un don de l’Union européenne à Djibouti et au financement duquel le gouvernement de Djibouti contribue à hauteur de 3,9 millions d’euros, a été remporté en juillet 2017 par la joint-venture entre le français Eiffage et l’espagnol Tedagua. 

« Eiffage connaît bien la problématique du traitement des eaux, mais c’est la première fois que nous nous lançons dans le marché spécifique du dessalement », précise Claude Auger, qui dirige la structure sur place. D’où l’association avec Tedagua, qui a à son actif 150 usines fonctionnelles, pour un traitement de 900 000 m3 d’eau par jour.

L’espagnol a notamment construit pour la Sonatrach en Algérie l’usine de dessalement de Beni Saf, considérée comme l’une des plus grandes du monde avec sa capacité de 200 000 m3 par jour.

Une technologie énergivore

La technologie utilisée par Eiffage et Tedagua est celle de l’osmose inverse, qui consiste à filtrer l’eau via différentes membranes qui en retirent le sel et tous les minéraux, puis à la reminéraliser. « C’est un système très utilisé dans les pays du Golfe, mais son gros bémol est d’être très consommateur en électricité », explique Claude Auger, avant de préciser que la fourniture énergétique n’est pas comprise dans le contrat : « C’est au gouvernement djiboutien de fournir, par l’intermédiaire de la société publique d’électricité EDD, les 12 MW nécessaires au fonctionnement de l’usine ».

Un enjeu de taille, car si Djibouti vise officiellement un objectif de « 100 % d’énergie renouvelable et locale en 2020 », selon les mots de son ministre de l’Énergie, Yonis Ali Guedi, le pays est encore dépendant à 80 % des importations éthiopiennes en matière d’électricité.

La géothermie, qui représente un potentiel réel, n’est pas encore exploitée. Parmi les autres projets en cours, un contrat de concession pour une exploitation d’éoliennes de 60 MW avec l’AFC, dans la région du Goubet, l’implantation de 495 hydroliennes, dont 80 au 1er semestre 2020, par la société française Blue Shark Power, pour une puissance installée de 120 MW dans la Passe du Goubet, ou encore la combinaison énergétique solaire, éolien, géothermie et biomasse pour 500 MW promise dans les dix ans par le japonais Miraisozo Inc.

Nouvelles cibles

L’eau portable produite sera ensuite envoyée à Balbala, le point culminant de la ville, d’où l’Office national de l’eau et de l’assainissement de Djibouti (Onead) se chargera de sa distribution. Pour Claude Auger, « les délais de livraisons devraient être tenus, malgré quelques contretemps au moment du lancement des travaux [lire ci-dessous]« .

Le groupement Eiffage-Tedagua conservera ensuite l’exploitation du site pendant cinq ans, « le temps de former des ingénieurs à même de prendre le relais ». Une vingtaine de personnes, ingénieurs, techniciens spécialisés et ouvriers, travailleront à terme sur le site de 3 hectares.

Eiffage, arrivé à Djibouti pour ce chantier, n’est pas sûr d’y rester au-delà de son contrat « Nous regardons les autres projets en cours, mais n’avons rien de concret pour l’instant », fait savoir Claude Auger, qui affiche 35 ans de gestion de projets à l’export – 25 chez Eiffage et 10 chez son concurrent Vinci – du Gabon à la Birmanie en passant par la construction du plus grand mall d’Europe en Pologne.

En revanche, la société français compte s’inscrire durablement dans le secteur du dessalement. Eiffage, « ne communique pas sur les dossiers en cours d’appel d’offres », serait notamment en course, selon nos informations, pour le marché de l’usine des Mamelles, à Dakar. Un projet de traitement de 50 000 m3/par jour, extensible à 100 000 m3/jour, dont le coût de 135 milliards de francs CFA (206 millions d’euros) sera porté par le Jica, l’organe de la coopération japonaise.


Un voisin encombrant

À Doraleh, à quelques mètres du chantier Eiffage-Tedagua, se dresse l’immense base militaire chinoise, protégée par ses hauts murs et surveillée en permanence. Pour les journalistes comme pour les passants, pas question de sortir un téléphone ou un appareil photographique à proximité de cette enceinte où 3 000 à 4 000 soldats et officiers ont déjà pris leurs quartiers – ils devraient être 20 000, à terme.

Si, désormais, les relations entre la joint-venture franco-espagnole et les dirigeants de la base militaire sont plutôt cordiales, Claude Auger a eu la surprise, voici quelques mois, de voir apparaître une avancée sur la mer, permettant aux soldats chinois d’accéder à leurs bateaux.

Cette construction, dont l’industriel n’était pas prévenu, risquait d’avoir pour conséquence de fausser les courants tels qu’analysés par les études d’impact du projet, qui avaient déterminé où rejeter la saumure – avec 100 litres d’eau pompés, la méthode de l’osmose inverse permet en effet de produire 50 litres d’eau potable, tandis que 50 litres d’eau extrêmement salée.

« Pour minimiser l’impact environnemental de ces rejets, les études en courantologie doivent déterminer à quel endroit précis l’eau doit être rejetée pour être dispersée le plus rapidement possible », précise le responsable du projet, qui a dû commander de nouvelles études.

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