Musique

[Chronique] Bilal Hassani : les raisons du buzz franco-marocain autour du chanteur queer

Par

Damien Glez est dessinateur-éditorialiste franco-burkinabè

© Glez

Français ? Marocain ? La nationalité de Bilal Hassani, candidat androgyne de la France au concours Eurovision de la chanson 2019, a suscité une vague de fake news et de réactions variées. Le royaume chérifien ne sait pas très bien s’il doit se réjouir…

Lorsqu’un youtubeur exubérant, narcissique et baptiseur de perruques devient l’un des 43 candidats au concours de chansons le plus kitsch de la planète, il n’y a, a priori, rien de nouveau sous le soleil. C’est ce samedi 26 janvier que les téléspectateurs et un jury international ont choisi Bilal Hassani comme représentant de la France à l’édition du Concours Eurovision qui débutera en Israël le 14 mai prochain.

Déjà remarqué via le télécrochet « The Voice Kids » et des apparitions tonitruantes sur les réseaux sociaux, le phénomène queer de 19 ans – qui comptabilise 831 830 abonnés sur sa chaîne YouTube et plus de sept millions de vues sur « Roi », la chanson qu’il interprétera à l’Eurovision – ne devait susciter que le cyberharcèlement classique de haters professionnels qui ne digèrent pas la popularité iconoclaste. Mais voilà que l’Afrique s’invite au débat…

Fake news autour de sa nationalité

Le Maghreb et la France connectés s’émeuvent du double flou qui entourerait le genre et la nationalité du jeune chanteur. Efféminé, voire androgyne, interprète du titre « Roi » qui prône l’acceptation de soi, Bilal Hassani a toujours refusé de s’identifier par un genre particulier. Reste la question de sa nationalité…

Présumé Français dans ses différentes biographies, le garçon à perruque hyperoxydée postait, en septembre dernier, une vidéo ironique intitulée « Je suis Marocain ». Il y précisait très clairement : « je suis né en France, je suis français, mais je suis d’origine marocaine de père et de mère ». Là aussi, où est le souci ?

Écartons d’emblée la revendication chauvine qui voudrait que chaque pays ne soit représenté, comme en football, que par ses ressortissants. En 1988, la Québécoise Céline Dion remportait l’Eurovision pour la Suisse, 23 ans après la Française France Gall, victorieuse pour le Luxembourg. Ce sont des dents françaises qui ont grincé, en gobant la rumeur du site d’extrême droite « La Gauche M’a Tuer » selon laquelle ladite vidéo d’Hassani aurait été intitulée « Je suis pas Français, je suis Marocain ! ». Signe des temps : la fake news a nécessité la mise en branle du service de fact-checking de la très sérieuse Agence France-Presse.

God save the queer ?

Côté marocain, les positions sont variées : un agacement guère plus perfide que celui de nombreux Franco-Français ; l’appropriation hâtive d’une marocanité approximative d’Hassani par des défenseurs des droits LGBT ; une moquerie potache qui pourrait se muer en fan-attitude de la vingt-cinquième heure, pour peu que le chanteur remporte le concours à Tel-Aviv.

Couronné, celui qui chante « quand je rêve, je suis un roi » pourrait bien être adopté par une monarchie qui ne boude jamais un diadème. God save the « roi » ? God save the queer ?

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