Banque

Sim Tshabalala, le banquier qui venait de Soweto

SimTshabalala a rejoint Standard Bank en 2000. © Mariella Furrer/Cosmos

Premier Noir à la tête de la plus importante banque africaine, ce juriste de formation pilote le recentrage de Standard Bank sur le continent.

Lorsqu’on lui demande comment s’est déroulée sa première année à la tête de Standard Bank, Sim Tshabalala évoque immédiatement la situation financière de l’établissement, parle d’atteindre 15 à 18 % de rentabilité des capitaux propres d’ici à 2016 – contre 14 % aujourd’hui.

Ce n’est que si on le questionne explicitement sur son sentiment personnel que le jargon disparaît. Il évoque alors sincèrement le stress qu’implique son nouveau poste. « Il faut un certain temps pour s’y faire », reconnaît-il.

Premier directeur général noir de Standard Bank

Dans un sourire, il s’empresse d’ajouter que son rôle est « fantastique », parfaitement conscient de la responsabilité que représente la gestion de la première banque d’Afrique, vieille de cent cinquante-deux ans et riche de quelque 166 milliards de dollars (124 milliards d’euros) d’actifs. « On se sent comme un intendant posé sur les épaules des grands hommes qui ont occupé le poste avant vous. La pression est énorme. J’ai l’obligation de développer cet établissement et de le laisser dans une forme encore meilleure que celle dans laquelle je l’ai trouvé. »

En Afrique du Sud, les Blancs représentent environ 11 % de la population active, mais trustent toujours 63 % des postes de direction, 20 % seulement étant occupés par des Noirs.

Lorsque Sim Tshabalala est nommé en mars 2013, il devient le premier directeur général noir de Standard, et le deuxième parmi les quatre premières banques d’Afrique du Sud, après Sizwe Nxasana, PDG de First Rand.

Mais il n’est pas seul en poste. En effet, pour remplacer le Sud-Africain Jacko Maree, qui avait imprimé sa marque à la tête de la banque pendant plus de treize ans, Standard, détenu à 20 % par le chinois ICBC, a décidé de nommer deux dirigeants au lieu d’un.

Sim Tshabalala partage donc le poste avec Ben Kruger. Les deux hommes ont une longue expérience au sein de la banque : le premier dirigeait les opérations du groupe en Afrique du Sud, tandis que le second pilotait la banque de financement et d’investissement.

Hautes sphères

Rectificatif

Sim Tshabalala a rejoint Standard Bank en 2000, soit six ans après la première élection démocratique marquant la fin de l’Apartheid et non « vingt ans après », comme nous l’avions écrit dans son portrait paru dans l’édition n° 2798 de Jeune Afrique en page 98.

Que l’auteur de la version anglaise de cet article et nos lecteurs veuillent bien accepter nos excuses pour cette regrettable erreur de traduction

Sim Tshabalala a rejoint Standard Bank en 2000. C’était six ans après la première élection démocratique marquant la fin de l’apartheid (voir encadré), mais la couleur de la peau restait une question sensible dans une économie encore dominée par la minorité blanche. Ce n’est pas un sujet que cet homme affable de 46 ans à l’air juvénile cherche à éviter.

De sa voix mesurée et calme, il reconnaît que les « hautes sphères » de Standard Bank « reflètent l’histoire de l’apartheid ». En d’autres termes : la plupart des cadres supérieurs de la banque sont blancs. « C’est une réalité complexe, poursuit-il. Cela fait partie de notre histoire. Cette situation reflète la répartition des connaissances, des compétences et des talents. »

Le problème dépasse la banque et concerne toute l’Afrique du Sud : les Blancs représentent environ 11 % de la population active, mais trustent toujours 63 % des postes de direction, 20 % seulement étant occupés par des Noirs, selon la Commission du gouvernement pour l’équité en matière d’emploi.

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La lenteur de cette évolution s’explique en partie par le caractère très discriminatoire du système éducatif hérité du temps de l’apartheid. Mais le secteur privé est aussi parfois accusé de traîner les pieds. « Les choses ne bougent pas assez vite, reconnaît Sim Tshabalala. Mais je ne pense pas qu’il existe un accélérateur unique sur lequel il suffirait d’appuyer. Il faut que les universités forment des personnes compétentes aussi bien en sciences qu’en lettres. C’est un processus global. »

parcours tschabalalaObstacles

L’histoire de Sim Tshabalala est exemplaire, et représentative des obstacles qu’il faut surmonter quand on est un jeune Noir talentueux en Afrique du Sud. Il a grandi à Soweto, le township tentaculaire de Johannesburg où son père tenait une boutique de poulets frits. Ses parents ont épargné pour pouvoir l’envoyer, lui, l’aîné de leurs trois enfants, dans une école catholique dans la banlieue blanche où il était l’un des rares élèves noirs.

À l’époque, face aux manifestations et aux mouvements de protestation, le régime s’accrochait au pouvoir par la répression. En repensant à ces années, Sim Tshabalala confie : « J’ai passé une grande partie de ma vie avec le sentiment d’être un étranger, un outsider. À l’école, j’étais un Noir parmi les enfants blancs. Et à Soweto, j’étais aussi considéré comme un étranger parce que j’allais à l’école dans les banlieues. »

Il poursuit ses études à l’université Rhodes, dont il sort diplômé en droit, devenant ainsi le premier de sa famille à obtenir un diplôme universitaire. Plus tard, il obtient une maîtrise à l’université Notre Dame, dans l’Indiana, aux États-Unis. Après quelques années passées au sein d’un cabinet d’avocats sud-africain, Sim Tshabalala décide qu’il n’est pas fait pour cette carrière.

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Afrique du Sud : à bout de souffle

Son pays est en pleine mutation et, en 1994, il entre dans le monde de la finance en rejoignant Real Africa Durolink, une société de services financiers. Six ans plus tard, il est recruté par Standard Bank pour diriger ses activités de financements structurés.

Résolument optimistes quant à l’avenir de l’Afrique du Sud et de l’Afrique en général, les deux directeurs ont maintenant la responsabilité de parachever le recentrage de la banque sur son continent d’origine, en pleine expansion économique. « Tous les grands indicateurs de changement et de développement sont passés au vert », affirme Tshabalala.

Partage des responsabilités

Les deux dirigeants se sont partagé les responsabilités : les directeurs des opérations internationales relèvent de Ben Kruger tandis que Sim Tshabalala supervise le travail des responsables des unités africaines. Et tous deux travaillent en étroite collaboration. Au nouveau siège de la banque, à Rosebank, une banlieue de Johannesburg, ils sont assis l’un en face de l’autre, et s’entendent visiblement à merveille. « Nous avons les mêmes valeurs et le même bagage culturel, même si lui est afrikaner et moi, zoulou », dit Tshabalala.

Bien qu’il fréquente l’élite économique et politique du pays, le banquier, dont les parents vivent toujours à Soweto, n’a pas oublié ses origines. Lorsqu’on lui demande s’il se sent toujours un étranger, il répond en riant : « Je suis un outsider de l’intérieur ! »

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