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Catastrophe industrielle

Skikda, lundi 19 janvier, 18 heures 40. Le pôle pétrochimique de cette ville balnéaire située à 300 km à l’est d’Alger est le théâtre d’une forte explosion. Bilan : 27 ouvriers tués, 74 blessés, et des dégâts considérables. C’est la plus grande catastrophe industrielle de l’histoire de l’Algérie indépendante. La moitié du complexe de gaz naturel liquéfié (GNL) est réduite en cendres.

Les premiers éléments d’enquête indiquent que l’incendie est dû à une déflagration intervenue dans la chaudière de l’unité 40, qui a coïncidé avec une forte fuite de gaz dans les trains de liquéfaction des unités 20 et 30. Ces infrastructures, réalisées par l’entreprise britannique Pritchard, datent de 1978 et sont entrées en production en 1981. Les conséquences de cette nouvelle épreuve sont moins tragiques que celles de la série noire vécue par les Algériens ces deux dernières années : inondations meurtrières à Bab el-Oued en novembre 2001 (un millier de victimes) ; crash d’un Boeing 737-800 à Tamanrasset en février 2003 (107 morts) ; violent séisme dans la région d’Alger et de Boumerdès en mai 2003 (2 300 morts et 5 milliards de dollars de dégâts).
L’explosion du complexe de GNL de Skikda aurait pu être plus meurtrière si elle avait eu lieu dans la journée. À 18 heures 40, près de 3 000 travailleurs avaient quitté leur unité. La mise en oeuvre du plan élaboré par l’entreprise de gestion de la zone industrielle et la Sonatrach, groupe pétrolier algérien propriétaire de la plate-forme, a été efficace. Il a permis de circonscrire le feu aux seules unités touchées. Les autres installations ont donc été préservées de l’incendie, notamment les zones de stockage de gaz liquéfié. Contrairement aux catastrophes de Bab el-Oued et de Boumerdès, les conséquences financières ne sont pas exorbitantes, car le complexe était assuré contre les risques majeurs. Cela dit, il y aura certainement un manque à gagner. Le pôle pétrochimique de Skikda assurait 27 % des exportations de GNL vers l’Europe. Le président Abdelaziz Bouteflika, qui s’est déplacé sur les lieux du sinistre quelques heures après l’accident, a rassuré les partenaires de l’Algérie : « Nous respecterons nos engagements commerciaux, et tous nos clients seront approvisionnés dans les temps. » Comment ? En recourant aux capacités d’exploitation non utilisées du complexe d’Arzew, à l’ouest du pays, et en utilisant les deux gazoducs qui alimentent l’Europe (le gazoduc Maghreb-Europe, qui transite par le Maroc, et le gazoduc Mattei, qui relie l’Algérie à l’Italie en passant par la Tunisie).

L’économie algérienne sera tout de même touchée. Car trois unités de production (500 millions de dollars chacune, même si ce coût a été fortement amorti), qui représentent 10 % des capacités d’exportation de gaz, principale source de revenus pour le Trésor public, devront être totalement reconstruites. Mais à quelque chose malheur est bon : le drame de Skikda devrait inciter le gouvernement à lire plus attentivement les recommandations du Conseil national économique et social (CNES), qui demandait, dans un rapport remis en mai 2003, une meilleure approche pour l’implantation des zones industrielles loin des milieux urbains. L’explosion de Skikda vient rappeler qu’une réglementation sur la prévention des risques majeurs n’est pas un luxe.

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