Politique

Centrafrique : un accord de paix peut-il sortir des négociations de Khartoum ?

A Bangui, lors de la visite d'Antonion Guterres, le secrétaire général des Nations unies, en octobre 2017. © Joel Kouam/AP/SIPA

La dernière phase des négociations menées sous l'égide de l'Union africaine a démarré jeudi dans la capitale soudanaise. Mais un accord de sortie de crise en Centrafrique sera difficile à atteindre, tant les positions des acteurs de la crise semblent inconciliables.

Comme un signe, c’est dans une ville en pleins troubles politiques et sociaux que les délégations se sont rendues pour cette ultime tentative de trouver une sortie de crise en Centrafrique. Une réunion dont la durée n’a pas été fixée, tant l’importance de trouver une issue est grande. Lors de la cérémonie officielle, qui s’est déroulée jeudi 24 janvier dans la soirée à Khartoum, tous se voulaient pourtant optimistes sur l’issue de cette rencontre.

« Nous avons beaucoup d’espoir, et j’espère que nous serons tous bientôt réunis à nouveau pour célébrer la conclusion d’un accord et préparer sa signature à Bangui », a ainsi déclaré Jean-Pierre Lacroix, le responsable des opérations de maintien de la paix de l’ONU.

Les chefs de 14 groupes armés présents

Vincent Fournier / J.A.

La présence à Khartoum des principaux chefs des 14 groupes armés anti-balaka et ex-Séléka, tels que Nourredine Adam, du Front populaire pour la renaissance de la Centrafrique (FPRC) – qui sera représenté aux négociations par une délégation -, Armel Sayo du groupe Révolution et Justice (RJ), ou encore Sidiki Abass, des 3R, peut néanmoins laisser penser que ceux-ci ne souhaitent pas être les laissez-pour compte d’un processus crucial pour leur survie politique.


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Même Ali Darass, le dirigeant de l’Union pour la paix en Centrafrique (UPC), groupe armé impliqué jusqu’à mercredi soir dans des affrontements avec la Minusca et les Forces armées centrafricaines (FACA) à Bambari, et qui avait fait part de son refus de se rendre à Khartoum, serait arrivé dans la capitale soudanaise.

Un absent de marque, cependant : l’ancien président François Bozizé. Ce dernier a fait part jeudi de sa « grande surprise d’être tenu une fois de plus à l’écart d’une réunion si décisive », dans une lettre adressée au président de la Commission africaine Moussa Faki Mahamat.

Revendications et lignes rouges

Jerome Delay/AP/SIPA

Nous sommes dans un pays qui depuis vingt ans passe d’accords en amnisties et d’amnisties en accords

En dépit du premier succès de ce rassemblement, les difficultés pour trouver une entente sont immenses, tant les revendications des groupes armés et les lignes rouges posées par le gouvernement et l’Union africaine peuvent paraître inconciliables.

L’initiative africaine se base en effet sur les conclusions du forum de Bangui de 2015, des consultations populaires qui avaient notamment débouché sur l’affirmation du principe d’une « impunité zéro », et « l’inéligibilité des responsables politiques auteurs des conflits ».

Pour Martin Ziguélé, ancien Premier ministre, ex-candidat à la présidence de la République, et membre de la délégation en tant qu’observateur politique de la majorité à Khartoum, ces aspirations de la population centrafricaine sont logiques.

« Si un groupe armé arrivait au pouvoir, accepterait-il l’impunité ? Nous sommes dans un pays qui depuis vingt ans passe d’accords en amnisties et d’amnisties en accords. Qu’est-ce qui fait que tout cet échafaudage n’a pas tenu ? Je pense que la question est profonde, et nous allons en discuter profondément », a-t-il déclaré à Jeune Afrique, juste avant d’embarquer pour Khartoum à l’aéroport de M’Poko, mardi.


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« Conditions non négociables »

Jerome Delay/AP/SIPA

La justice internationale a déjà commencé à rattraper quelques acteurs de la crise

Dans la synthèse des revendications récoltées par l’Union africaine lors des précédentes réunions avec les groupes armés, le partage du pouvoir avec le gouvernement et l’adoption d’une loi d’amnistie ressortent pourtant parmi les deux premiers points des douze « conditions non négociables ».

« Le message que nous adressons à tous les Centrafricains, c’est que l’on puisse s’aimer, que l’on puisse avoir le sens du pardon », expliquait ainsi le général Ziwo, porte-parole du groupe 3R, avant son départ de Bangui.

La question est d’autant plus épineuse que la justice internationale a déjà commencé à rattraper quelques acteurs de la crise. Deux anciens chefs anti-balakas, le député Alfred Yekatom, ex-chef rebelle, et le patron de la Fédération centrafricaine de football et ancien leader anti-balaka Patrice-Edouard Ngaïssona, ont ainsi été arrêtés et transférés à la Cour pénale internationale (CPI).

Une menace qui pèse sur de nombreux dirigeants de groupes armés présents à Khartoum, ce qui explique en grande partie le choix de ce « terrain neutre » pour accueillir un tel rassemblement de personnalités poursuivies par la justice internationale. À Bangui, une Cour pénale spéciale est également désormais opérationnelle, et devrait prochainement débuter des enquêtes visant certains de ces dignitaires.

Les participants pourraient peut-être néanmoins s’entendre sur une des revendications : la décentralisation de l’État. Ce processus fait partie d’un projet de loi gouvernemental, et les groupes armés appellent de leur côté à son accélération et vont même plus loin en parlant «  d’autonomisation ».

En coulisses, un projet d’État fédéral, soutenu par des partenaires extérieurs, a même été évoqué. Mais la proposition fait grincer des dents à Bangui. Beaucoup craignent en effet l’hypothèse d’une partition du pays, qui s’opposerait là encore aux conclusions du forum de Bangui, et, surtout, à l’une des trois valeurs de la devise même du pays : l’Unité.

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