Politique

RDC : quand Mbusa Nyamwisi agite le spectre de la lutte armée

Antipas Mbusa Nyamwisi, ancien ministre de RDC.

Antipas Mbusa Nyamwisi, ancien ministre de RDC. © DR / Mbusa Nyamwisi

Ancien membre de plusieurs mouvements rebelles ayant pris les armes contre Mobutu Sese Seko, Laurent-Désiré et Joseph Kabila, l’opposant congolais en exil Antipas Mbusa Nyamwissi en appelle à mots à peine couverts a la lutte armée suite à la victoire de Félix Tshisekedi à la présidentielle.

« En vidant toutes les institutions de leur substance, Kabila et ses complices ont tué l’ordre politique né du dialogue de Sun City. Il ne nous reste plus que la résistance [sur la base] de l’article 64 de la Constitution. » En publiant ces deux phrases sur son compte Twitter, mercredi 23 janvier à la veille de l’investiture officielle de Félix Tshisekedi comme nouveau président de la RDC, Antipas Mbusa Nyamwisi évoque en fait, en filigrane, un appel à la lutte armée.

L’article 64 et le « résistance »

L’article 64 de la Constitution que l’opposant en exil entre l’Afrique du Sud et l’Europe évoque stipule en effet que « tout Congolais a le devoir de faire échec à tout individu ou groupe d’individus qui prend le pouvoir par la force ou qui l’exerce en violation des dispositions de la présente Constitution ».

Quant-à l’accord signé en 2002 à Sun-City (Afrique du Sud) entre le Rassemblement congolais pour la démocratie/Mouvement de libération (RCD/ML), le Rassemblement congolais pour la démocratie/National (RCD/N), les Maï-Maï, l’opposition politique et la société civile. Il avait alors notamment permis la mise en place d’une transition politique et la fin de la guerre, instituant un gouvernement dirigé par un président et quatre vice-présidents.


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Contacté par Jeune Afrique, Antipas Mbusa Nyamwissi persiste et signe. Pour lui, l’élection de Félix Tshisekedi relève d’une « tricherie » au préjudice de Martin Fayulu, qu’il a soutenu au sein de la coalition Lamuka (réveillez-vous, en lingala), aux côtés notamment de Moïse Katumbi et de Jean Pierre Bemba. »Ce qui s’est passé avec l’élection de Félix Tshisekedi est un coup d’État », martèle-t-il.

« Mbusa Nyamwissi n’a pas les moyens de recourir aujourd’hui à la rébellion »

Son message est-il un appel à la lutte armée ? À cette question, Antipas Mbusa Nyamwisi – qui a participé activement à plusieurs rébellions – se contente de répéter ce qu’il a écrit sur le réseaux social : « Il ne nous reste plus que la résistance, en suivant l’article 64 de la Constitution. »

« Antipas Mbusa Nyamwissi n’a pas les moyens de recourir aujourd’hui à la rébellion, même si la tentation est grande », tempère cependant l’un des ses collaborateurs, contacté par JA. « C’est lui le leader politique dans le grand nord de la province du Nord-Kivu. Et là bas, la frustration est telle que, si quelqu’un lance une rébellion armée, il y aura beaucoup d’adhésions. Les gens ont le sentiment d’être abandonnés par le pouvoir central, de subir l’insécurité et d’avoir été exclus des dernières élections », ajoute cette source, sous couvert d’anonymat.

Ses alliés au sein de la coalition Lamuka, au premier rang desquels Moïse Katumbi, Jean Pierre Bemba et Martin Fayulu, n’ont pour leur part pas évoqué cette possibilité. « La lutte restera pacifique », assure Ève Bazaiba, secrétaire générale du Mouvement de libération du Congo (MLC, de Jean-Pierre Bemba). Contacté par Jeune Afrique, les cadres d’Ensemble, le mouvement de Moïse Katumbi, n’ont pour leur part pas souhaiter communiquer sur la question.

Influent dans l’Ituri et le Nord-Kivu

Pendant la campagne, c’est lors de ses déplacements dans la zone d’influence d’Antipas Mbusa Nyamwisi – la province de l’Ituri, et la zone du « grand nord » de la province du Nord-Kivu (Béni, Butembo, et Lubero), où les rebelles Maï-Maï, FDLR et ADF sont actifs –  que Martin Fayulu a rassemblé le plus de monde à ses meetings. Et dans les chiffres du décompte parallèle mené par la Cenco, Martin Fayulu est crédité de plus de 80% des voix dans l’Ituri et à Lubero.


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Né le 15 novembre 1959 au Nord-Kivu, l’ancien chef rebelle Antipas Mbusa Nyamwisi a rejoint Joseph Kabila, au profit duquel il s’est désisté en 2006. Il ensuite été ministre des Affaires étrangères dans le gouvernement de coalition dirigé par Antoine Gizenga. En 2008, il est devenu ministre de la Décentralisation et de l’Aménagement du territoire dans le gouvernement Muzito.

Il a ensuite quitté le gouvernement pour se représenter à l’élection présidentielle de novembre 2011, remportée par Joseph Kabila. Élu député national à Butembo, son mandat sera invalidé en 2012 pour absentéisme, avant qu’Antipas Mbusa Nyamwissi ne partent en exil et deviennent l’un des plus farouches opposants à Kabila. Son parti, le Rassemblement congolais pour la démocratie-Kisangani/Mouvement de libération (RCD-K/ML), est membre de la plate forme Ensemble de Katumbi, lui-même partie prenante de la coalition Lamuka. certains observateurs lui reprochent également d’entretenir des liens avec des groupes armés, dont des groupes Maï Maï qui écument l’Est de la RDC.

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