Télécoms

En Ouganda, Museveni met la pression sur MTN

Kiosque de mobile-money à Kampala (Ouganda). © Stephen Wandera/AP/SIPA

Alors que le président ougandais cherche à obtenir une cotation de l'opérateur sud-africain sur le Uganda Securities Exchange, trois cadres exécutifs ont été expulsés depuis le début de la semaine.

Après les expulsions, en début de semaine, du Français Olivier Prentout, directeur marketing de MTN Ouganda, et de la Rwandaise Annie Bilenge Tabura, directrice des ventes et de la distribution, la directrice du mobile money au sein de la filiale, l’Italienne Elsa Muzzolini, a à son tour dû quitter le pays le 23 janvier, a annoncé à l’AFP Fred Enanga, un porte-parole de la police ougandaise.

À l’instar de ses deux collègues, expulsés sur des motifs d’« atteinte à la sécurité nationale », la cadre supérieure est accusée d’« incitation à la violence ». Elle aurait « envoyé de l’argent à Bobi Wine« , un des principaux opposants au président ougandais Yoweri Museveni, a-t-elle expliqué à ses collègues après son interrogatoire.

Négociations sur le montant de la licence

Alors que ces expulsions s’enchaînent en Ouganda, le chef de l’État, Yoweri Museveni, à Davos pour le Forum économique mondial qui se tient du 22 au 25 janvier, a annoncé sur Twitter avoir rencontré le patron de MTN, Rob Shuter, et lui avoir « conseillé d’inscrire l’entreprise au Uganda Stock Exchange [officiellement appelé Uganda Securities Exchange, ndlr] afin que les Ougandais puissent devenir actionnaires » du premier opérateur télécom du pays.

Le président ougandais explique aussi, toujours sur Twitter, avoir « mis en garde [le dirigeant de MTN, ndlr] contre des fraudes dans le secteur des télécoms, consistant à ne pas déclarer tous les appels passés par les utilisateurs et visant à « priver le gouvernement de certains revenus ».

En juillet 2018, MTN Ouganda avait dit avoir été la cible d’une perquisition menée par des personnes affirmant appartenir aux services de renseignement ougandais. La société de télécoms avait à l’époque qualifié cette action de « criminelle » et soutenu que deux de ses contractants avaient été « kidnappés » par ces hommes, et forcés à leur fournir l’accès au principal centre de données de MTN Ouganda.

L’opérateur, qui compte plus de 10 millions de clients en Ouganda, est également toujours en négociation avec l’État, avec qui il n’a pu trouver un accord sur le montant des frais de renouvellement pour dix ans de sa licence, expirée depuis octobre 2018.

Pressions et réactions

Les pressions étatiques contre les opérateurs et leurs agents locaux sont monnaie courante à travers le continent. Depuis la mesure d’expulsion notifiée au directeur général de MTN, Stephen Blewett, en novembre 2017 (et annulée en mai 2018), pour « activités attentatoires à la sécurité et à l’ordre public », après l’ouverture d’une procédure de sanction contre l’opérateur à la fermeture brutale des locaux d’Orange et d’Airtel en décembre 2018 pour « non-paiement d’impôts », les relations entre États et opérateurs se tendent dangereusement depuis quelques années.


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Mais cette fois-ci, l’affaire pourrait bien sortir du strict cadre des relations entre un État et une entreprise : si la France et l’Italie n’ont pas officiellement réagi à l’expulsion de leurs ressortissants, Kigali semble ne pas avoir apprécié qu’Annie Bilenge Tabura ait dû quitter le pays sur des motifs de sécurité nationale. Olivier Nduhungirehe, le secrétaire d’État rwandais en charge de l’East African Community (EAC), dont l’Ouganda est membre, s’est ainsi exprimé très vigoureusement sur le réseau social Twitter le 23 janvier. « Apparemment, marcher et travailler en Ouganda quand on est Rwandais est devenu un crime. Les seules activités permises pour les Rwandais en Ouganda semblent être de comploter contre leur pays, d’entraîner des forces du Rwanda National Congress et de la plateforme [d’opposition] P5 et de dénoncer leurs camarades rwandais », a ainsi déclaré le ministre.

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