Elections

[Document] Présidentielle en RDC : le rapport de la Cenco qui donnait Martin Fayulu vainqueur

L'abbé Donatien Nshole, secrétaire général de la Cenco, en décembre 2016 pendant les négociations qui ont débouché à l'accord de la Saint-Sylvestre en RDC. © John Bompengo/AP/SIPA

Le document avait pour partie fuité dans la presse dès le 15 janvier. Le rapport de la Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco) donnant Martin Fayulu vainqueur de la présidentielle est désormais disponible en intégralité.

Dès le 4 janvier, la Confédération épiscopale nationale du Congo (Cenco) affirmait connaître le nom du vainqueur de la présidentielle. Et, sans jamais révéler ni le nom de ce vainqueur ni publier les documents en sa possession, elle avait réclamé à la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) qu’elle respecte « la vérité des urnes ».


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Le document que nous publions aujourd’hui (voir l’intégralité du rapport intermédiaire en fin d’article) avait pour partie fuité dans la presse internationale quelques jours avant la confirmation par la Cour constitutionnelle de la victoire de Félix Tshisekedi proclamée par la Ceni. Dans une enquête menée conjointement, RFI, TV5 Monde et le Financial Times s’étaient également appuyés sur les chiffres de la Cenco, ainsi que sur des documents attribués à la Ceni via un lanceur d’alerte.

• Les chiffres

Selon les chiffres de la Cenco, Martin Fayulu aurait remporté la présidentielle avec 62,11% des suffrages exprimés. Viennent ensuite au coude-à-coude Félix Tshisekedi (16,93%) et Emmanuel Ramazani Shadary (16,88%). Les autres candidats se partageant, selon ces chiffres, 4,09% des suffrages exprimés.

Des chiffres en totale contradiction avec ceux délivrés dans la nuit du 9 au 10 janvier par la Ceni, qui a proclamé Félix Tshisekedi élu avec 38,57% des suffrages exprimés. Martin Fayulu, lui, a été crédité de 34,83%, devant Emmanuel Ramazani Shadary, troisième, avec 23,84%.


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Dans le détail, les chiffres figurant dans le document de la Cenco donnent Martin Fayulu très largement vainqueur dans la quasi-totalité des provinces, avec des écarts parfois particulièrement importants. Ainsi, dans la province de l’Équateur, Fayulu est crédité de 220 442 voix, devant Ramazani Shadary à 30 599 voix et Tshisekedi à 3 282 voix. Dans le Mongala, l’écart est encore plus abyssal : là où Martin Fayulu est crédité de 431 892 voix, Emmanuel Ramazani Shadary arrive loin derrière avec 28 885 voix, tandis que Félix Tshisekedi est crédité de 2 187 voix.

Dans le Nord-Kivu, là où Fayulu aurait remporté 645 566 voix, Ramazani Shadary et Tshisekedi n’en aurait, à en croire la Cenco, récolté respectivement que 156 663 et 13 389.

À l’inverse, les tendances se renversent dans trois provinces : au Kasaï-Central, au Kasaï-Oriental et Lomami. Mais là encore, les écarts entre les candidats sont importants.

Au Kasaï-Central, Tshisekedi est crédité de 655 622 voix (contre 41 226 pour Ramazani Shadary et 9 256 pour Fayulu) ; tandis qu’il aurait enregistré 454 935 voix dans le Kasaï-Oriental (contre 27 480 pour Fayulu et 11 646 pour Ramazani Shadary).

• La méthode

Pour parvenir à ces chiffres, la Cenco s’est appuyée sur la collecte de données réalisée dans les bureaux de vote par près de 40 000 observateurs.

Dans le détail, 40 850 observateurs avaient été accrédités, mais seuls 39 824 ont effectivement été déployés, compte tenu de l’absence de scrutin dans les circonscriptions de Beni, Beni Ville, Butembo Ville et Yumbi.

Le comptage parallèle des voix mené par la Cenco « se base sur les résultats du comptage des suffrages exprimés dans les bureaux de vote », lit-on dans le rapport.

La méthode employée « permet aux ONG de contribuer à la crédibilisation des résultats des élections », précise la Cenco, qui cite les cas du Ghana (2012 et 2016), de la Tunisie (2014) ou encore du Burkina Faso (2015).


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Cette méthode ne porte cependant pas sur un décompte exhaustif. Un « échantillon stratifié constitué des bureaux de vote représentant de manière proportionnelle toutes les circonscriptions des députés provinciaux de la RDC ». Selon la Cenco, cet échantillon permet de « donner des tendances avec une marge d’erreur stricte de l’ordre de 1% ».

Les chiffres ainsi obtenus sont ensuite passés par deux niveaux de vérification, pour aboutir aux résultats produits par le rapport.

• Sur le déroulement du scrutin

La première partie du rapport de la Cenco s’attarde également en détail sur le déroulement du scrutin. Principal enseignement à tirer : les machines à voter ont été les principales causes d’incidents observés par les agents de la Cenco : un tiers des problèmes répertoriés concernaient ces machines controversées (33,28% des incidents collectés). Outre les pannes observées, la Cenco cite également des cas de bureaux de vote dans lesquels les fiches de résultats issus des machines à voter n’ont pas été imprimées.


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Parmi les autres points saillants relevés par les observateurs de la Cenco, l’absence de tout ou une partie du matériel électoral dans des bureaux de vote, des problèmes dans le choix d’emplacement des isoloirs ou encore l’absence de vérification de l’encre sur les doigts des électeurs.

 

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